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La valeur du temps

Journaliste

Le symbole des taux négatifs d'ING

"Les taux d’intérêt sont censés représenter la valeur du temps. Si ces taux sont négatifs, cela signifie-t-il que notre avenir ne vaut plus rien?", nous confiait un illustre banquier belge il y a quelques mois. La question est encore plus pertinente aujourd’hui.

Les taux directeurs sont nuls ou négatifs depuis plus de six ans et, avec la pandémie et le cataclysme économique qui sont entre-temps passés par là, la perspective d’une remontée des taux, déjà distante, s’est encore plus éloignée. La reprise prendra plusieurs années, estime le gouverneur de la BNB, alors que les Belges se demandent quand ils pourront retrouver un semblant de normalité.

Au niveau de leurs finances aussi, les épargnants sont bousculés dans leurs habitudes. Si cet environnement a eu quelques avantages, notamment des taux particulièrement favorables pour leur crédit hypothécaire, la rémunération de leur épargne, dont le minimum légal s’établit à 0,11%, constitue le revers de la médaille. Les quasi 300 milliards d’euros qui dorment sur les comptes épargne du pays sont ainsi lentement rongés par l’inflation.

De l’argent qui coûte aux banques, contraintes de verser des intérêts (faméliques) à leurs clients alors que la BCE ponctionne les excès de liquidités qu’elle conserve.

Triodos a été la première à s’affranchir de cette obligation en forçant ses clients à migrer vers un compte non règlementé et donc non rémunérateur à partir de décembre. Mais il s’agissait là d’une banque de niche dont les clients ne font probablement pas une fixation sur la maigre prébende qui leur était due.

L’annonce d’ING constitue dès lors un jalon d’une autre importance. Même si les taux négatifs ne concerneront qu’une infime partie de ses plus de trois millions de clients, la banque prend un virage dans lequel les trois autres grandes enseignes du pays pourraient être tentées de s’engouffrer. Et si cette décision ne concerne aujourd’hui que les particuliers les plus fortunés, rien n’interdit de penser que les intérêts négatifs frapperont l’épargnant moyen dans un avenir plus ou moins proche.

Un épargnant pour qui la portée de la décision sera financière, mais plus encore symbolique. Car les taux négatifs n’ont pas tendance à les inciter à épargner moins et consommer plus, mais leur envoient un signal négatif quant aux perspectives d’avenir, à un moment où l’on a justement besoin d’espoir dans le futur.

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