Le "coup de gueule" des actionnaires de Deutsche Bank

©Arne Dedert/dpa

Cours de Bourse à la cave, performances médiocres, déficiences dans la lutte antiblanchiment: Deutsche Bank a essuyé lors de son assemblée générale les critiques d'actionnaires dubitatifs sur les nouvelles promesses de redressement du patron Christian Sewing.

Après les discussions avortées de fusion avec Commerzbank, Deutsche Bank faisait ce jeudi face à ses actionnaires. L'ambiance y était pour le moins électrique.  

Paul Achleitner, le président autrichien de la banque sur qui s'est concentrée la colère des actionnaires à cause de la débandade du groupe, s'est coûte que coûte défendu. "Jamais nous n'avons eu de pressions politiques dans le dossier Commerzbank. C'était la décision de la direction de commercer et d'arrêter les discussions. Cette fusion devait répondre à un point: créer un avantage économique pour Deutsche Bank."

Il a aussi défendu bec et ongle le bilan de la première année de son CEO, Christian Sewing. "Il avait une triple mission et a effectué chacun de ces points. Il a donc toute notre confiance et notre soutien."

Et maintenant?  

Nous allons accélérer la transformation en concentrant notre banque sur des activités rentables et en croissance, particulièrement pertinentes pour nos clients
Christian Sewing
CEO de Deutsche Bank

Pour Paul Achleitner, le groupe va poursuivre sa croissance organique tant en Allemagne qu'à l'international et va encore mieux gérer ses risques. Christian Sewing va plus loin.

On savait, au lendemain de la fin des discussions avec Commerzbank, que la pression se renforcerait sur Deutsche Bank pour opérer un changement radical étant donné qu'elle est encore et toujours un établissement systémique. Sa banque d'investissement reste trop importante et de moins en moins rentable. Et puis il y a l'action: le titre, qui a perdu 38% depuis la précédente AG et lâchait plus de 3% en milieu de journée. Le lancement d'un cinquième plan de restructuration en 5 ans était même pressenti.

Plan de transformation accéléré

Christian Sewing, CEO ©REUTERS

Aujourd'hui, Sewing n'énonce pas le mot restructuration, mais affirme toutefois être prêt à  des "réductions drastiques" dans la banque d'investissement. Il ajoute vouloir accélérer le plan de transformation. En quoi cela consiste exactement?

La semaine dernière, de grands investisseurs avaient appelé le groupe à réduire sa division internationale de banque d'investissement. Ont-ils été entendus? "Nous allons accélérer la transformation en concentrant notre banque sur des activités rentables et en croissance, particulièrement pertinentes pour nos clients", explique le CEO.

La stratégie de Deutsche Bank, c'est donc:

→ de se recentrer sur les racines européennes, avec certes encore des activités aux États-Unis et en Asie;
→ de se focaliser sur les activités avec des recettes stables.  

L'homme n'en dira pas plus. 

La banque "sans image"

La cascade de procédures judiciaires passées et à venir irrite aussi les actionnaires:

Monsieur Sewing, vous nous aviez promis l'an dernier qu'on allait s'ennuyer à l'avenir, je ne veux pas savoir à quoi cela ressemblera quand ce sera agité
Klaus Nieding
représentant de l'association de petits porteurs DSW

→ Il y a eu en juin, l'échec aux tests de résistance de la filiale américaine. Elle est jugée comme peu à même d'affronter une prochaine crise financière. 
→ Puis en septembre, le régulateur allemand Bafin demandait au cabinet KPMG d'évaluer les progrès de la banque dans la lutte contre le blanchiment, un affront à la membre du directoire qui coiffe ce domaine, la Française Sylvie Mathérat, criblée de critiques jeudi.
→ Ajoutons la perquisition de la fin novembre dans une enquête pour blanchiment d'argent déclenchée par les révélations des "Panama Papers".
→ Ce mercredi, la banque a reconnu une erreur de logiciel dans la vérification de paiements opérés par de gros clients, soulignant une nouvelle faille dans son informatique déjà décriée par le passé.
→ Aux États-Unis encore, la banque devra livrer des informations sur ses relations d'affaires avec Donald Trump, à qui elle a continué à prêter de l'argent après une série de dépôts de bilan dans les années 1990.

"Monsieur Sewing, vous nous aviez promis l'an dernier qu'on allait s'ennuyer à l'avenir, je ne veux pas savoir à quoi cela ressemblera quand ce sera agité", a ironisé Klaus Nieding représentant de l'association de petits porteurs DSW.

Une question d'homme

Au cours de cette assemblée, le président du Conseil est apparu particulièrement fragilisé. Celui, qui lors de sa nomination en 2012 était vu comme l'homme capable de redresser la banque, risque aujourd'hui de perdre la confiance des actionnaires. 

Paul Achleitner, président du CA ©REUTERS

Plusieurs représentants d'actionnaires, comme ISS et Glass Lewis, avaient annoncé qu'ils ne voteraient pas la confiance à la direction, en particulier envers le président du conseil de surveillance. L'éviction de ce dernier est aussi sur les lèvres de certains.

"La patience des actionnaires est à bout et les rémunérations des dirigeants ne sont pas en rapport avec les performances et le cours de Bourse", a tempêté Alexandra Anecke, chez Union Investment. L'avocat Klaus Nieding dénonce un cours de bourse ayant atteint son plus bas historique. "Cela reflète la grande inquiétude des investisseurs sur l'avenir de la banque."

La majorité des actionnaires présents ont toutefois soutenu à l'issue de l'assemblée la direction, bien qu'avec une marge inférieure à celle de l'an dernier. Paul Achleitner, qui a survécu à un vote de destitution par une large majorité, a indiqué qu'il resterait bien en place, reconnaissant "quelques erreurs ces sept dernières années."

Notons que le CEO de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, qui organisait aussi son assemblée générale annuelle (à Paris), a démenti être candidat à une acquisition de son concurrent allemand.

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