Le gendarme bancaire européen met en garde contre une vague d'argent sale

Danske Bank a admis avoir traité par l’intermédiaire de sa filiale estonienne 200 milliards d’euros de transactions suspectes. Un scandale qui fait encore trembler l’establishment bancaire européen. ©REUTERS

Absence de législation, d'une volonté nationale, de moyens humains, la lutte européenne contre le blanchiment d'argent s'annonce difficile. Le nouveau président de l'Autorité bancaire européenne, José Manuel Campa, tire la sonnette d'alarme.

Le scandale retentissant du blanchiment d'argent survenu auprès d'établissements comme la Danske Bank a laissé des traces. Pour rappel, la plus grande banque danoise a admis avoir traité, par l’intermédiaire de sa filiale estonienne, 200 milliards d’euros de transactions suspectes entre 2007 et 2015.

Aujourd'hui, le régulateur bancaire européen lance une mise en garde. Sa crédibilité entachée par ce scandale, l'Autorité bancaire européenne (EBA) indique, par la voix de son nouveau président José Manuel Campa, que de nouvelles mesures ne seront pas suffisantes pour résoudre le problème de l'argent sale.

"Oui, il y a eu en Europe des cas de blanchiment d'argent et dans des proportions plutôt importantes. Pour y faire face, notre système n'est pas bon."
José Manuel Campa
Président de l'Autorité bancaire européenne


Dans les colonnes du Financial Times, José Manuel Campa affirme: "Oui, il y a eu en Europe des cas de blanchiment d'argent et dans des proportions plutôt importantes. Pour y faire face, notre système n'est pas bon. Je ne crois pas que le mandat que j'ai reçu de l'EBA résoudra le problème." Selon lui, son mandat n'est nullement d'harmoniser un système anti-blanchiment au sein de l'Union tant via une régulation que des mesures. "Pour lancer un tel processus, il faut d'abord une législation." 

L'Espagnol a repris les rênes de l'institution il y a un mois. Certes, il les reprend alors que le conseil des superviseurs de l'EBA -composé des autorités nationales des 28 Etats-membres- a décidé d'enquêter sur l'échec du contrôle des autorités danoises et estoniennes qui a mené à ces opérations de blanchiment. Quatre possibles violations au droit européen ont été identifiées.

EBA toute puissante mais...

Les révélations sur la Danske Bank sont la partie visible de l'iceberg, formé des scandales de blanchiments qui touchent l'Europe depuis 18 mois. Elles pointent du doigt les carences dans l'application des mesures imposées aux banques européennes pour un meilleur contrôle de leurs clients.

Pour José Manuel Campa, tout doit partir d'une régulation européenne homogène, ce qui est loin d'être le cas actuellement. Pour tenter d'apporter une solution au scandale de blanchiment, la Commission européenne a décidé de centraliser la lutte en la matière dans les mains de l'EBA. Néanmoins, son mandat se limite à la collecte, l'analyse, la diffusion des informations pour une surveillance plus efficace et consistante des risques de blanchiment et un meilleur échange des informations. Pour effectuer ces tâches, une équipe de 10 personnes a été constituée.

Autre corde à l'arc de José Manuel Campa: une refonte des tests de résistance des banques; ces tests critiqués pour leur facilité et comme étant sujets à trop d'interprétations de la part des autorités régulatoires nationales. "Les régulateurs nationaux sont particulièrement réticents à se confronter aux banques faiblardes de leur juridiction. Ils préfèrent faire face à des banques solides." Il ajoute que s'il a été demandé au comité exécutif de l'EBA de s'assurer de la prise de décisions efficaces, impartiales et orientées au sein de l'UE, elles se heurtent à la résistance des gouvernements nationaux. "Personne ne veut vraiment que son voisin jette un oeil sur ce qu'il prépare dans sa cuisine", reconnaissait la semaine dernière Olivier Guersent, de la DG Stabilité financière

Notons que la dernière mission de Campa est de rééquilibrer les règles des "prêteurs traditionnels" face à l'arrivée des fintechs.

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