Le mariage entre Deutsche Bank et Commerzbank prendra du temps

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C'est désormais officiel: Deutsche Bank et Commerzbank discutent des modalités d'une probable fusion. Le mariage mettra beaucoup du temps à se ficeler, selon les deux protagonistes, ce qui rend l'issue de l'union incertaine. A la Bourse de Francfort, les titres des deux premières banques allemandes ont ouvert en nette hausse.

Ce n'est plus une rumeur, Deutsche Bank  et Commerzbank  ont confirmé ce dimanche avoir engagé des discussions en vue d'une possible fusion. Les deux établissements bancaires ont décidé d'officialiser ces discussions après avoir chacune réuni leur directoire. "A la lumière des opportunités qui se présentent, le directoire de Deutsche Bank a décidé d'étudier des options stratégiques", explique la première banque allemande dans son communiqué. Elle prend cependant le soin de souligner qu'il n'y a aucune certitude que les discussions aboutissent à un accord et que le directoire est "concentré sur l'amélioration du profil de croissance et de la rentabilité de la banque". 

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Le président de Deutsche Bank, Christian Sewing, a aussi prévenu que des nombreux facteurs, tant économiques que techniques, pouvaient empêcher une fusion. Il est clair qu'un tel mariage prendra du temps à s'officialiser, d'autant plus que les analystes s'interrogent sur la pertinence d'un tel rapprochement et que le puissant syndicat Verdi se montre très froid à l'idée d'une fusion qui, selon lui, pourrait détruire 10.000 emplois. Seule évolution notable, la position de la deuxième banque allemande a changé. Jusqu'ici "pas demandeuse" d'une union, Commerzbank indique maintenant que l'issue des discussions était "ouverte".

25 milliards €
De capitalisation boursière
Fusionnées, les deux banques donneraient naissance à un établissement bancaire de près de 1.800 milliards d'euros d'actifs au bilan, avec une capitalisation boursière cumulée d'environ 25 milliards d'euros.

 

L'Etat allemand à la manoeuvre 

L'officialisation des discussions augmente les chances de parvenir à un rapprochement entre les deux établissements, souhait maintes fois répété par le gouvernement allemand. La perspective d'une fusion a véritablement surgi en 2016 avant que les deux banques ne décident de se concentrer sur leur propre restructuration. Le gouvernement allemand, préoccupé par la santé financière de Deutsche Bank, a fait pression sur la première banque d'Allemagne pour qu'elle discute avec sa concurrente pour retrouver son costume de champion sur les marchés internationaux.  

Il faut dire que le nouvel ensemble aura une part de marché de 20% dans la banque de détail en Allemagne et un effectif de 140.000 personnes à travers le monde. Pas de quoi impressionner Gerhard Schick, activiste financier et ancien parlementaire allemand qui explique ne pas voir "de champion national ici, mais une banque zombie fragile qui pourrait se traduire par un nouveau gouffre d'un milliard d'euros pour l'Etat allemand." 

Une bouée pour Deutsche Bank 

Mais Berlin veut y croire. L'Allemagne a grandement besoin d'un champion bancaire national fiable pour soutenir son économie axée sur les exportations. Les autorités publiques souhaitent aussi que le financement des PME locales, qui est la spécialité de Commerzbank, reste entre des mains allemandes. Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz a précisé ce dimanche qu'il restait en contact permanent avec les différentes parties. 

Deutsche Bank est sortie indemne de la crise financière de 2008, mais a ensuite perdu pied, ne parvenant pas à dégager durablement des bénéfices. En 2016, le Fonds monétaire international (FMI) l'a qualifiée de plus grand risque financier potentiel en raison de ses liens avec les autres groupes bancaires. Les autorités allemandes craignent qu'une récession ou une grosse amende, par exemple, ne compromette le fragile rétablissement de la banque.

Sur les marchés, les titres des deux établissements ont démarré en trombe, Deutsche Bank   prenant 2,9% et Commerzbank 3,8% à l'ouverture de la Bourse de Francfort. 

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