analyse

Le modèle des néobanques en question

Revolut, la néo-banque la plus populaire a connu des soucis de liquidité et a dû procéder à des licenciements. Elle a par ailleurs de grandes difficultés à assumer techniquement le rythme effréné d'acquisition de nouveaux comptes.

Contrairement à la plupart des acteurs du numérique, les néobanques ont été mises en difficulté par la pandémie de coronavirus. Au point de voir resurgir des interrogations sur la pertinence de leur modèle économique.

Le Covid-19 a peut-être été le coup de grâce pour les billets et les pièces de monnaie, dont l’utilisation décline depuis plusieurs années au profit des solutions de paiement technologiques. Mais contre toute attente, les néo-banques n’ont pas du tout profité de ce contexte exceptionnel. L’effondrement du tourisme – qui constitue une part essentielle de l’activité des néo-banques grâce aux facilités de paiement internationaux et taux de change quasiment gratuits – a eu un sévère impact. Par ailleurs, dans un contexte de défiance généralisée, les banques traditionnelles ont constitué une valeur refuge, en raison notamment des dépôts garantis par l’Etat.

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Dans la City, les investissements dans la fintech ont baissé de 39% au cours des six premiers mois de l'année en comparaison du premier semestre 2019.

Dans la City, les investissements dans la fintech ont baissé de 39% au cours des six premiers mois de l’année en comparaison du premier semestre 2019. Monzo a vu sa valorisation passer de 2,6 à 1,6 milliards de dollars cet été. N26 continue d'accuser des pertes importantes (86 millions de dollars, pour 50 millions de revenus). Starling peine à augmenter sa base de clients, qui dépasse à peine 1 million. Revolut a connu des soucis de liquidités et a dû procéder à des licenciements. La néo-banque la plus populaire (13 millions de clients) a par ailleurs les plus grandes difficultés à assumer techniquement le rythme effréné d’acquisition de nouveaux comptes, et est très régulièrement amenée à priver ses utilisateurs de l’accès à leurs ressources pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Sans oublier, en parallèle, le scandale Wirecard, qui était l’un des principaux fournisseurs de cartes bancaires virtuelles des néo-banques jusqu’à la révélation de fraudes comptables cet été.

Combler un vide

La raison d’être des néo-banques est avant tout de combler un vide. Pour les grands établissements, l’activité de banque de détail n’est pas assez rémunératrice, a fortiori dans un contexte où les taux d’intérêt se sont effondrés. Elles essaient donc de trouver un juste équilibre entre l’adoption de nouveaux standards technologiques et l’abandon de leurs activités de banques de détail. La mise à jour de leurs applications et de leurs sites internet est généralement très poussive. Les centaines de milliers de suppressions de postes annoncés depuis dix ans en Europe de l’Ouest et le démantèlement de réseaux d’agences tentaculaires traduisent le basculement de leur modèle économique historique vers celui de banque d’investissement, plus rentable.

Les néo-banques essaient de ramasser les miettes qui ne permettent plus de nourrir les matodontes bancaires, mais ces miettes sont peu nourrisantes.

Les néo-banques essaient de ramasser les miettes qui ne permettent plus de nourrir les mastodontes bancaires, en misant sur des coûts réduits, notamment en ressources humaines. Mais ces miettes sont peu nourrissantes: selon Business Insider Intelligence, chaque néo-banque perd 11 dollars par utilisateur.

Les néo-banques se situent encore dans la phase 1 de leur stratégie, qui consiste à acquérir des clients coûte que coûte, avant de rentabiliser ce portefeuille, par exemple avec un système d’abonnement, qui semble voué à remplacer des services qui sont pour l’instant essentiellement gratuits.  "La croissance rapide des néo-banques démontre qu’elles ont une force d’attraction auprès des consommateurs, ce qui force leurs rivales traditionnelles à s’adapter et innover", estime Tom Merry, directeur général d’Accenture Strategy. "Mais de gros défis doivent encore être relevés pour réduire le gouffre entre leurs valorisations très élevées et leur profitabilité."
Pour l’heure, ce modèle économique est un pari, qui ne sera tenable qu’avec un nombre d’acteurs réduits, ce qui est après tout la logique première du monde post-GAFA.

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