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analyse

Le retrait du cash se fera sous la marque Bancontact

©Wouter Van Vooren

Batopin, la coentreprise lancée par le Big Four bancaire belge pour remplacer ses distributeurs de billets, a entamé l'exploitation de son réseau, sous la marque Bancontact.

Depuis ce mardi, les chalands qui déambulent dans les allées du Westland Shopping Center d’Anderlecht ou dans le centre de Stavelot peuvent découvrir ce qui va représenter l’un des principaux outils des Belges pour leur gestion du cash dans les années à venir. Ce sont en effet deux des six sites choisis par Batopin, la joint-venture mise sur pied par les quatre plus grandes banques du royaume (Belfius, BNP Paribas Fortis, ING, KBC) pour remplacer leurs propres réseaux de distributeurs de billets, afin de placer leurs premiers ATM. Nimy, Clavier, Gand et Lierneux sont les autres communes choisies pour ce test grandeur nature.

Rien de révolutionnaire dans ces nouveaux appareils mais ils permettent de réaliser les fonctionnalités de base que nous connaissons pour ce type de machines, à savoir effectuer des retraits, changer son code pin, vérifier son solde ou déposer du liquide (dans ce dernier cas, uniquement pour les clients d’une des quatre enseignes partenaires).

98,79
%
Selon Batopin, 98,79% de la population belge aura un DAB à moins de 5 km de son domicile.

D’ici 2024, ces dispositifs, marqués du logo et des couleurs de Bancontact car bien connus du public, remplaceront tous les distributeurs automatiques de billets (DAB) des quatre établissements à travers le pays. Les agences de ceux-ci ne permettront plus de retirer de billets, car ces nouveaux automates seront installés dans des endroits stratégiques. Batopin a ainsi déjà noué un partenariat avec la SNCB pour l’installation de ses dispositifs dans les gares. Pas moins de 79 stations ont déjà été choisies à cet effet. "Cela illustre l’importance que nous accordons à la mobilité dans notre démarche", explique Kris De Ryck, le CEO de Batopin. "Nous pourrions potentiellement choisir n’importe quelle gare, mais nous ne le ferons que pour celles qui nous semblent intéressantes", précise-t-il.

Il faut que dire que les places seront chères. Actuellement, les réseaux cumulés des quatre banques comptent quelque 5.000 DAB répartis sur environ 2.500 sites, le plus souvent des agences. Ces dernières sont cependant souvent très proches les unes des autres, comme le révélait notre analyse sur les différents réseaux d’ATM en Belgique. Ainsi, la moitié des appareils se trouvent à moins de 185 mètres d'un autre distributeur.

"La pandémie a créé un effet choc dans la chute de l'utilisation du cash."
Kris De Ryck
CEO Batopin

Au cours des quatre prochaines années, ce nombre va progressivement fondre pour terminer par être divisé par plus de deux. À terme, il y aura quelque 2.200 automates répartis sur 675 à 725 sites. Ceux-ci sont sélectionnés en fonction d'une promesse: proposer un distributeur à 95% des Belges à moins de cinq kilomètres de leur domicile.

Couverture wallonne en progression

Dans le nouveau plan dévoilé ce mercredi par la coentreprise, on peut lire que ce seront finalement 98,79% de la population qui devraient pouvoir disposer de liquide dans les limites de cette distance. Un taux qui prend en compte les autres réseaux de distributeurs, notamment celui de Jofico, une autre coentreprise mise sur pied par les "petites" banques (Argenta, Axa Banque, Bpost, Crelan et VDK bank), et celui de Beobank.

La Wallonie sera la gagnante de cette nouvelle disposition, selon ces données approuvées par la Banque nationale. Le taux de couverture y passera de 96 à 96,9%. Aussi, seules sept communes wallonnes n'auront aucun distributeur sur leur territoire, contre neuf actuellement. Les provinces de Namur et du Luxembourg demeurent les parents pauvres en la matière, avec des taux de couverture respectifs de 91,37% et 85,73%.

153
millions
Il y a eu 153 millions de retraits en cash l'an passé, soit une chute de 36% par rapport à 2019.

Batopin se défend d'avoir délaissé ces provinces. "Nous avons ajouté 24 localisations supplémentaires par rapport à notre plan de départ", fait valoir Kris De Ryck. "Celles-ci ne sont pas rentables, mais elles nous permettent d'améliorer la couverture." Quant aux communes non desservies, il rétorque que des distributeurs sont accessibles dans les communes voisines, à l'intérieur de ce fameux périmètre des cinq kilomètres.

Toujours est-il que les faits sont là: même si l'accès au cash est censé être mieux réparti, le nombre de points de retrait va inéluctablement poursuivre sa chute. Alors qu'on comptait encore plus de 8.600 DAB en Belgique il y a cinq ans, ce total risque d'être divisé par plus de deux d'ici 2025.

Désamour du cash?

"C'est la conséquence de la chute de l'utilisation du cash", estime Kris De Ryck. "C'est un mouvement essentiellement en marche depuis 2012, mais la pandémie a créé un effet choc supplémentaire." Et de l'illustrer par ce chiffre: il y a eu 240 millions de retraits en 2019, contre 153 millions l'année passée, soit une chute de 36%.

Parallèlement, il est devenu plus facile de payer de manière électronique, le coût des terminaux s'effondrant et les nouvelles solutions pullulant (Payconiq, Apple et Google Pay, etc.). L'avènement des technologies sans contact semble être le dernier clou du cercueil de l'argent liquide.

Un argument qui n'est pas partagé par tout le monde. Le réseau Financité, qui milite pour une finance responsable et solidaire, cite une étude de la Banque centrale européenne qui stipule que 58% des transactions en Belgique se faisaient encore en liquide en 2019. Ce qu'il a incité à lancer une pétition contre la réduction des réseaux de distributeurs.

Pour les banques, il y a évidemment d'autres raisons à procéder de la sorte. Si laisser la possibilité à leurs clients de retirer de l'argent est une obligation légale, ce métier n'est pas très rentable et présente par ailleurs des risques en termes de sécurité, notamment lors du transport des billets. Un réseau commun leur permet de mutualiser les coûts, même si Batopin réalise un investissement de quelque 100 millions d'euros dans le matériel pour ce faire.

"Inacceptable", selon Ecolo-Groen

Pour Ecolo-Groen, cette annonce manque de pertinence et n'est pas compatible avec l'aménagement du territoire fragmenté en Belgique.

La norme devrait être la suivante: au moins un guichet automatique dans chaque zone résidentielle et les zones rurales, quelle que soit la distance entre deux guichets", explique le député fédéral Nicolas Parent.

Ecolo-Groen pointe également un autre problème : "les opérations traditionnelles telles que les virements ne seront pas possibles via les simples distributeurs Bancontact, hors agences". Les Verts craignent donc "'que certains citoyens, souvent plus vulnérables, pâtissent plus que d'autres de cette situation: les personnes âgées, les personnes défavorisées sur le plan numérique ou précarisées."

Le résumé

  • Les premiers distributeurs du réseau Batopin ont été mis en service cette semaine.
  • Ce nouveau réseau, qui sera exploité sous la marque Bancontact, va remplacer à terme ceux des quatre grandes banques.
  • La couverture du territoire doit être améliorée, tout en réduisant le nombre de distributeurs.
  • L'opération pose cependant la question de l'utilisation de l'argent liquide.

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