portrait

Le "Ronaldo des banquiers" à la tête d'UniCredit

Star de la finance précédée d'une réputation sulfureuse, Andrea Orcel va devenir le prochain patron de l'Italienne UniCredit. Le Romain a notamment eu un rôle central dans le rachat d'ABN Amro par Fortis en 2007.

Après la démission surprise de son CEO, le Français Jean-Pierre Mustier, en novembre dernier, la banque italienne UniCredit a jeté son dévolu sur une personnalité controversée pour le remplacer: Andrea Orcel. Le fringant quinquagénaire italien est l'un des banquiers d'affaires les plus célèbres du Vieux continent, où il a participé à plusieurs deals majeurs.

Parmi ceux-ci, nous retiendrons plus particulièrement le rachat d'ABN Amro par le triumvirat Fortis-Santander-RBS en 2007. Contacté par cette dernière alors qu'il officie pour Merrill Lynch, Andrea Orcel échafaude le montage qui permet aux trois banques de mettre la main sur leur concurrente batave pour la bagatelle de 71 milliards d'euros, peu de temps avant le cataclysme financier des subprimes et la crise mondiale qui s'en suit.

La suite est connue: Fortis est terrassée par la tempête et ne doit son salut qu'à l'intervention des pouvoirs publics avant un dépeçage qui verra les plus beaux actifs belges aboutir chez BNP Paribas et la future Ageas. Andrea Orcel s'en sort pour sa part plutôt bien: la conclusion de l'opération lui aurait permis d'empocher une commission de douze millions de dollars.

Ce n'est pas la seule fusion/acquisition que "le requin de la finance mondiale", comme l'a surnommé la presse espagnole, va marquer de son empreinte. Il a également été impliqué dans la naissance d'UniCredit, justement, en 1998 et dans celle de l'espagnole BBVA l'année suivante.

Autoritaire et impitoyable

En 2019, il défraye la chronique en quittant avec fracas la suissesse UBS, où il dirigeait la banque d'investissement, pour devenir CEO du mastodonte Santander. La banque zurichoise lui reproche de mettre les voiles pour un concurrent et refuse de lui verser son plantureux bonus d'une cinquantaine de millions d'euros. Des émoluments qu'il va alors réclamer à son nouvel employeur, mais celui-ci se cabre face à ce montant prohibitif. L'affaire est aujourd'hui du ressort des tribunaux, devant lesquels il réclame 100 millions d'euros.

Son style de management est également décrié. Andrea Orcel a une réputation de workaholique autoritaire et impitoyable. Il travaille plus de 16 heures par jour et demande une implication totale de ses équipes, les enjoignant même de renoncer à leurs vacances.

Chez UBS, il licencie des milliers de collaborateurs dont la plupart sont mis au courant en constatant que leur badge d'accès a été désactivé. "Le meilleur banquier avec qui j'ai travaillé, le pire manager aussi", résumera un de ses collègues du comité de direction.

Face au tollé que son arrivée chez UniCredit pourrait susciter, Andrea Orcel aurait proposé d'exercer pro deo la première année. Au comité de direction, il sera notamment entouré du Belge Wouter Devriendt, l'ancien CEO de Dexia, qui est directeur du département Finances.

UniCredit espère tirer parti de la grande expérience d'Orcel dans les fusions et acquisitions, alors que la consolidation du secteur bancaire doit se poursuivre en Europe. Sa méconnaissance du marché retail constitue cependant un inconvénient.

LE PROFIL

  • 1963: naissance à Rome
  • 1986: diplômé de la Sapienza
  • 1998: banquier d'affaires chez Merrill Lynch, il élabore la fusion entre Credito Italiano et UniCredito, qui donne naissance à UniCredit
  • 2007: il orchestre le rachat d'ABN Amro par RBS, Santander et Fortis
  • 2012: il intègre le comité de direction d'UBS
  • 2019: il est censé devenir CEO de Santander, mais son transfert tombe à l'eau à cause d'un différend sur ses bonus

La boucle est bouclée

Après avoir fait ses dents chez Goldman Sachs et au sein du Boston Consulting Group, Andrea Orcel intègre la banque d'affaires Merrill Lynch en 1992. En 1998, il pilote la fusion d'UniCredito et de Credito Italiano pour un montant de quelque 25 milliards de dollars. Le nouvel ensemble devient la première banque commerciale de la Botte. Un peu plus de vingt ans plus tard, il devrait prendre les commandes de l'institution qu'il a fait naître.

Le scandale du Libor

En 2011, la banque UBS révèle qu'elle et d'autres institutions bancaires ont sciemment manipulé le Libor, un taux de référence interbancaire, en violation des dispositions anticoncurrentielles. L'institution zurichoise est condamnée à payer une amende de 1,5 milliard de dollars et son patron est envoyé à Canossa, face à une commission parlementaire britannique. "Nous avons tous été probablement trop arrogants, trop convaincus que les choses étaient correctes telles qu’elles étaient. Je pense que le secteur doit changer", déclare-t-il alors.

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