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analyse

Le secteur bancaire européen en pleine ébullition

©REUTERS

Les rumeurs de fusions et rapprochements se multiplient. UniCredit, BBVA, ABN Amro, Deutsche Bank toutes semblent être la cible de repreneurs potentiels. Un marché plus consolidé, est-ce une bonne chose?

Sommes-nous à la veille de grandes manœuvres de consolidation dans le secteur bancaire européen? Les rumeurs vont bon train.

Selon le quotidien italien, "Il Sole 24 Ore", UniCredit attiserait la convoitise des banques néerlandaises ABN Amro et ING . Autre possibilité: un rapprochement UniCredit-Lloyds Bank, surtout maintenant qu'un regroupement entre Commerzbank et Société Générale ne semble plus à l'ordre du jour.

Le quotidien "Finanza" évoquait, lui, récemment qu'UniCredit, ABN Amro et l'Espagnole BBVA étaient des cibles européennes potentielles pour les acquéreurs. ABN Armo et BBVA étant vus comme les "plans B".

Une fusion UniCredit-Société Générale a aussi été lancée au début de l'été par le "Financial Times". Le journal britannique relatait des contacts entre les dirigeants des deux groupes. Pour rappel, le CEO d'UniCredit, Jean-Pierre Mustier, est un ancien de Société Générale.

Dans le chef d'UniCredit, on ne souhaite pas réagir à ces rumeurs. Pas plus de commentaires du côté d'ING et ABN Amro.
La banque italienne représente une capitalisation boursière de 32 milliards d'euros; celle d'ING est à 45 milliards contre 22 milliards pour ABN Amro. Pour compléter le tableau, citons le 48 milliards d'euros de capitalisation de Lloyds Bank.

Une fusion germano-helvétique?

En Allemagne, Deutsche Bank qui navigue dans la tempête depuis quelque temps est aussi au coeur de toutes les attentions et rumeurs.

Un mariage avec Commerzbank a ainsi été évoqué jusqu'au sommet de l'État. L'idée ne semble pas déplaire au patron de Commerzbank qui envisage "l'opération plutôt aujourd'hui que demain". Deutsche Bank se montre plus réticente: "Rien de tel ne sera envisagé dans les 18 prochains mois. Place pour l'heure à l'amélioration des résultats", déclarait son CEO Christian Sewing il y a quelques jours encore. Des propos qui tranchent avec l'enthousiasme de son président, Paul Achleitner, à l'égard d'un rapprochement entre les deux enseignes allemandes   

JP Morgan et la Chinoise ICBC ont aussi été citées comme chevaliers blancs potentiels pour le géant allemand, tout comme BNP Paribas qui a immédiatement démenti. Le groupe français affirme même ne pas avoir d'appétit pour de nouvelles acquisitions au moins pour 2019 et 2020.

C'est que la situation de Deutsche Bank inquiète au plus haut rang à Berlin. Il se dit qu'Angela Merkel a même demandé l'avis d'Axel Weber, ancien président de la Bundesbank désormais président d'UBS . Et donc aujourd'hui, nouvelle rumeur: et pourquoi pas un rapprochement UBS-Deutsche Bank. 

Le "Handelsblatt" rapporte que Deutsche Bank aurait passé en revue un scénario théorique de fusion avec UBS. Sur le papier, ce rapprochement serait préférable à un mariage avec Commerzbank. Deutsche Bank et UBS sont en effet davantage complémentaires dans les domaines de la banque d'investissement et de la gestion d'actifs, note le Handelsblatt.

Une fusion avec Commerzbank risque de se solder par d'importants coûts de restructuration en raison de nombreux doublons.

Faut-il un marché bancaire européen plus consolidé?

Pour l'heure, nous n'en sommes qu'au stade des rumeurs, éventuellement de l'étude de pistes stratégiques au niveau de nos banques. Mais la question rejaillit quand même: faut-il ou non un marché bancaire européen plus consolidé?

Deux théories s'affrontent: les défenseurs d'un marché avec des enseignes plus grandes et les opposants. Il est vrai qu'au lendemain de la crise financière de 2008, le régulateur a tout fait pour éviter de se retrouver une fois de plus face à des établissements bancaires au bord du gouffre, et si importants qu'on ne pouvait que sauver sous peine de voir le système s'effondrer (les too big to fail).

  • Les opposants: Cet argument reste de mise à ce jour dans le discours des opposants à la consolidation, mais pas seulement:

→ Selon des chiffres de la BCE, le poids réel de nos banques est totalement sous-estimé. Une banque comme BNP Paribas a en fait davantage de poids qu'on ne le pense. Créer de nouveaux géants n'est donc pas prioritaire.

→ Fusionner nos banques, c'est arriver à terme à moins d'enseignes. Or le nombre de banques en Europe est en recul sans cesse. Et qui dit moins de banques, dit moins de concurrence et la création de monopoles. Au final, cette situation se reflète davantage dans le portefeuille des consommateurs avec des tarifs bancaires qui ne vont guère se réduire.

→ Les défis pour les banques sont nombreux: régulations, digitalisations... Opérer des fusions n'est pas anodin et occupe souvent le management des années durant, les détournant de leurs priorités et leurs défis actuels.

  • Les défenseurs: 

Chiffres à l'appui, ils évoquent la suprématie de la finance américaine. Avoir des banques européennes plus importantes permettrait de renforcer la souveraineté de notre secteur bancaire. Cela se traduirait aussi comme un meilleur obstacle à la montée en puissance des Gafa dans le segment financier et à la main mise américaine sur la banque d'investissement, plus lucrative.  

→ Des grandes banques, c'est aussi une étape facilitée vers une réelle vision bancaire européenne, une réelle union financière et une régulation mieux implémentée.

→ Si les opposants citent un poids des banques européennes sous-estimé, les défenseurs de la consolidation soulèvent que les 10 plus grandes banques américaines représentent 63% du marché. Le top 5 en Europe vaut à peine 20% du marché.

→ Enfin, unir deux ou plusieurs banques, c'est aussi générer des économies d'échelle de quoi booster la digitalisation du secteur et peser sur les tarifs aux consommateurs.

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