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Le secteur financier se prépare à un télétravail structurel à mi-temps

Après plus d'une année de confinement, le retour au bureau pourrait provoquer quelques migraines, pour les patrons comme pour les salariés. ©Bloomberg

Le télétravail était déjà dans la culture des entreprises financières du Royaume. La pandémie, qui a renvoyé tout le monde chez soi, force désormais à réinventer une façon de travailler où la vie privée n'est pas laissée de côté.

"Le télétravail me convient plutôt très bien. La charge de travail est toutefois trop importante par rapport à l’horaire que nous sommes censés prester. Néanmoins, c’est vrai que retourner de temps en temps au bureau permettrait de garder des liens avec les collègues de l’équipe et des autres services. Et puis mes copines du midi me manquent."

Depuis la mi-mars 2020, Carine n'est retournée que quatre jours dans les locaux d'Axa. À l'époque, le gouvernement, emmené alors par Sophie Wilmès, décidait pour contenir la pandémie un premier lockdown.

Les ordinateurs désertaient les plateaux paysagers pour s'installer dans les salons des salariés, avec pour certains un bref retour lors de la période estivale, ou sporadiquement, comme actuellement.

Aujourd'hui, le mouvement inverse s'amorce. Lors du dernier Codeco, il a été décidé, à partir du 9 juin, d'assouplir la règle en matière de télétravail (un jour au bureau). Mais, après plus d'une année de confinement, le retour au bureau pourrait provoquer quelques migraines, pour les patrons comme pour les salariés.

Entre défenseurs et détracteurs

Même si le télétravail était déjà répandu dans les établissements bancaires et d'assurance, les services IT et de DRH ont tourné à plein régime pour garantir une poursuite sans faille de l'activité. La machine, désormais bien rodée, est la preuve que le travail à distance fonctionne.

"Un certain nombre de collègues demandent à revenir, mais une majorité voit aussi les avantages du télétravail."
Belfius

"Un certain nombre de collègues demandent à revenir, mais une majorité voit aussi les avantages du télétravail", reconnait-on chez Belfius.

Au sein d'Ethias, on note même une véritable appréhension à la perspective d'un retour sur site. "Nous avons prévu un accompagnement spécifique si nécessaire." Un tel accompagnement est répandu dans ces entreprises. Chez Axa, il est accessible 24h/24, 7 j/7, tant pour les collaborateurs que pour les membres de la famille vivant sous le même toit.

Le télétravail a, en effet, ses défenseurs et ses détracteurs. Les uns louent le gain de temps dans les trajets, la concentration accrue dans son travail... Les autres dénoncent la difficulté des réunions en visioconférence, le manque de contacts qui entrave la productivité ou le bien-être psychosocial mis à mal.

Récemment, AG Insurance a lancé le #ShareTheFlag. Objectif: faire voyager 200 drapeaux à travers la Belgique, en les faisant circuler parmi un maximum de collègues. "Le succès de cette initiative est la preuve que les collaborateurs ont hâte de passer à nouveau du temps avec leurs collègues, de vivre de vrais moments d'échange; et pas uniquement derrière un écran."

Plus à la maison...

Si un jour ou l'autre, il faudra retourner dans les bureaux, les acteurs du secteur financier sont bel et bien conscients que le "métro-boulot-dodo" a évolué et qu'il va falloir s'y adapter.

Ils prônent toutefois tous un retour progressif, voire volontaire. La sécurité sanitaire est avancée, mais aussi une transition douce dans l’organisation vie privée-vie professionnelle des collaborateurs.

"La plupart de nos collaborateurs sont parvenus à réinventer leur façon de travailler et à intégrer rapidement de nouvelles façons d’agir et d’interagir avec leurs collègues et leurs clients."
BNP Paribas Fortis

"Avec la crise sanitaire, la plupart de nos collaborateurs sont parvenus à réinventer leur façon de travailler et à intégrer rapidement de nouvelles façons d’agir et d’interagir avec leurs collègues et leurs clients, via un certain nombre d’outils."

La direction de BNP Paribas Fortis concède que plusieurs scénarii sont sur la table. "Nous réfléchissons à des solutions qui permettraient aux collaborateurs de travailler deux jours par semaine en présentiel et deux jours par semaine en télétravail. Le cinquième jour, ils viendraient soit au bureau, soit dans un bureau satellite." Les modalités doivent encore être discutées avec les partenaires sociaux.

La direction d'ING Belgique et les syndicats ont, pour leur part, déjà signé une nouvelle convention collective de travail (CCT), prévoyant un taux de télétravail de 50%. "Nous menons une réflexion sur  le type de tâches pour lesquelles les collaborateurs devraient revenir au bureau, afin de définir de quels équipements ils auraient besoin."

Ethias envisage jusqu'à 60% de télétravail, avec un jour en présentiel. Une stratégie que l'assurance dit totalement intégrée dans sa volonté d'être le premier acteur digital d'assurance.

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75% des salariés Benelux d'Allianz ont déjà opté pour le régime full flex: minimum 1 jour par semaine au bureau avec une totale liberté quant à la planification du timing vie professionnelle/vie privée en fonction des besoins.

75% des salariés d'Allianz Benelux ont déjà opté pour le régime full flex: minimum 1 jour par semaine au bureau, avec une totale liberté quant à la planification du timing vie professionnelle/vie privée en fonction des besoins.

Permettre davantage de jours de télétravail est aussi en discussions au sein d'Axa. L'assureur acceptait déjà 2 jours par semaine, il serait question de passer à 3 jours généralisés,voire plus dans certaines fonctions. Idem au sein de Belfius, qui fixerait la limite à 100 jours par an.

Le Crelan, comme KBC, réfléchit à sa "New Way of Working", qui vise une plus grande autonomie du collaborateur dans son organisation et son lieu de travail, tout en restant performant.

... mais pour quelles tâches?

"Je souhaite retourner au bureau pour ne plus avoir le casque collé aux oreilles toute la journée, c'est vraiment usant. Sinon, aucune autre de mes tâches ne nécessite vraiment une présence sur place. Même l'e-learning prend le pas sur la formation classique," reconnaît Carine.

Cependant, la nouvelle organisation de travail suscite encore de nombreuses interrogations. Il y a d'abord la nécessité de faire revenir les gens au bureau pour faire d'autres tâches que celles exécutables à distance. Tous sont ainsi d'accord pour privilégier sur site les activités de collaboration, d’échanges, de networking, de brainstorming

"Avec le coronavirus, d'un jour à l'autre, nous avons dû changer la façon dont nous travaillions auparavant. Cela a demandé beaucoup d'efforts du service informatique, mais aussi de chaque individu." Un an plus tard, Allianz avoue encore peaufiner le système.

Ensuite, le télétravail a aussi ses limites. La direction de BNP Paribas Fortis rappelle notamment les exigences techniques et fonctionnelles pour les agences qui, en 2020, ont enregistré près de 3 millions rendez-vous en face à face, et près de 8 millions de prises d'appel. Les règles de conformité ont aussi leurs exigences, qu'il est difficile de gérer à distance.

Le bureau autrement

Enfin, le télétravail n'est pas qu'une question d'humains. Plus de salariés à distance se traduit aussi par un besoin immobilier moindre, ou différent.

Axa, en emménageant dans son nouveau site place du Trône, a déjà anticipé ce mouvement. "Nos 2.600 collaborateurs qui travaillent au siège bruxellois se partagent 1.540 postes de travail. On recense donc six postes de travail pour dix collaborateurs, contre sept auparavant. Nos bâtiments sont donc déjà adaptés aux besoins du télétravail, mais cela n’empêche pas de réanalyser les besoins, afin de vérifier qu’ils n’aient pas évolué dans l’après-Covid."

"Si le nombre de m² par personne et la qualité des espaces vont s’accroître, il apparaît aussi que nous aurons quelques étages excédentaires à la tour Rogier que nous mettrons sur le marché en location."
Belfius

Même réflexion au sein d'Ethias, qui devrait investir son nouveau site liégeois à l'horizon 2024. "Nous profiterons de ces travaux pour imaginer une nouvelle gestion des espaces. Tout le monde aura toujours une place lorsqu’il viendra au bureau, mais nous voulons aussi augmenter le nombre d’espaces de collaboration et de rencontre, tout en rationalisant l’utilisation de nos m²."

Ailleurs, des espaces de bureau plus collaboratifs, polyvalents devraient être aménagés. "Si le nombre de m² par personne et la qualité des espaces vont s’accroître, il apparaît aussi que nous aurons quelques étages excédentaires à la tour Rogier, que nous mettrons sur le marché en location", reconnait-on chez Belfius.

Entré dans les mœurs

Le télétravail a donc sans conteste fait davantage d'adeptes auprès des salariés, mais aussi des directions. Il est naturellement en passe de devenir un élément important du package salarial.

"La société évolue très rapidement, et il est important que nous offrions à tous les employés la possibilité de trouver un bon équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle", admet-on chez ING.

Au sein d'Axa, c'est même stratégique: "faire du groupe l’une des meilleures entreprises où travailler."

Le coût du télétravail

Le télétravail forcé, durant cette crise pandémique, est-il financièrement une aubaine ou un poids?
Au sein de la FEB, on reconnait n'avoir aucune estimation chiffrée. "C’est surtout beaucoup de pertes de revenus et des coûts supplémentaires pour organiser le télétravail."
Certes, les différents acteurs le reconnaissent: des bureaux vides, ce sont des bureaux qu'il ne faut ni chauffer ni éclairer, des machines à café qu'il ne faut pas remplir.
A contrario, il y a fallu investir pour sécuriser les espaces de travail avec des masques, du gel hydroalcoolique, des plexiglas, une signalétique, des autotests, des équipes de nettoyages renforcées...

Les salariés du secteur financier ont aussi perçu des indemnités liées au travail à distance. On énonce le montant de 129,48 euros par mois (entre mars et décembre 2020) chez Allianz , 7,50 euros par jour chez ING ou 3,50 euros (en plus de la prise en charge des frais totaux de connexion internet et de communications téléphoniques déjà inscrits dans la CCT) chez BNP Paribas Fortis.
Ces indemnités sont appelées à être coulées dans les CCT sur la nouvelle organisation de travail. Chez ING, le montant pour le télétravail sera ainsi plafonné à 85 euros par mois et à 60 euros chez Allianz.
À l'automne dernier, Wikipower avait chiffré à 18 euros par mois (pour un chauffage électrique) et de 12 euros par mois (avec un chauffage au gaz naturel), le coût total pour le salarié en électricité et chauffage. Il ajoutait aussi qu'il fallait tenir compte des économies effectuées sur les trajets domicile-travail, et pour lesquels une intervention patronale est aussi souvent prévue.

Le résumé

  • Mars 2020, la pandémie vidait les plateaux paysagers des banques et des compagnies d'assurance.
  • Désormais, un retour au "métro-boulot-dodo" n'est plus possible.
  • Le télétravail pourrait atteindre les 50%, voire plus dans le secteur financier.
  • Une nouvelle organisation de travail est en réflexion: pour quelle tâche faut-il revenir sur le site? Comment rendre les espaces plus polyvalents, en faire des lieux de rencontre? La totalité des immeubles est-elle encore nécessaire?

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