Le top de Fortis a agi "dans la panique"

Le tribunal de commerce néerlandais a diffusé mercredi les 582 pages du rapport définitif des experts dans l’affaire Fortis. Plutôt que des problèmes de transactions, c'est la communication qui est mise en cause.

Le tribunal de commerce néerlandais a diffusé mercredi les 582 pages du rapport définitif des experts dans l’affaire Fortis. Cette procédure judiciaire aux Pays-Bas et donc le rapport rendu par les trois experts portent à la fois sur l’acquisition d’ABN Amro, sur la publication d’informations par Fortis entre octobre 2007 et octobre 2008, et sur les événements de septembre à octobre 2008 qui ont conduit à la vente des actifs aux États belge et néerlandais, et dans un second temps à BNP Paribas.

Cette procédure judiciaire fait suite à une demande de deux associations d’actionnaires néerlandaises, ESG et VEB.

Les trois enquêteurs ont interrogé au total 42 personnes dont le Premier ministre de l’époque, Yves Leterme, les ministres belges et néerlandais des Finances du moment, Didier Reynders et Wouter Bos ainsi que Louis Cheung, responsable de Ping An.

Le rapport du tribunal de commerce néerlandais concernant la saga Fortis n’est vraiment pas tendre avec les anciens patrons de la banque. Les enquêteurs mettent principalement en cause la communication et notamment "des déclarations qui ne correspondent pas à la réalité" et de "l’information extrêmement inadéquate et incomplète".

Les experts pointent en particulier des déclarations de l’ancien homme fort du groupe, Jean-Paul Votron, à propos de la solvabilité de Fortis, lors de l’Investor Day à Bruxelles, le 22 mai 2008, déclarations "qui ne correspondaient pas à la réalité" que vivait la société.

Les critiques portent également sur la politique de gestion de la crise traversée par la banque. Fortis était ainsi "à la dérive" pendant la majeure partie de la période la plus difficile de son existence, selon les experts. "Dans les jours qui ont précédé le 26 septembre 2008 et ce jour-là, Fortis a été peu efficace et a agi dans la panique et de manière incohérente", ressort-il du rapport.

À propos de Filip Dierckx, le dernier patron opérationnel de Fortis avant son démantèlement, les experts concluent que sur base de sa connaissance de la gestion quotidienne du groupe et de son expérience des salles de marchés, il devait être au courant des conséquences très sérieuses (sur la liquidité) induites par la crise du subprime sur la situation de Fortis.

Réactions

Les réactions n’ont pas manqué à la suite de la diffusion de ce rapport très attendu.

De son côté, la société Ageas (ex-Fortis Holding) insiste sur le fait que les experts ne remettent pas en cause les transactions effectuées mais certains points de la communication. "Les experts concluent que les événements de septembre et octobre 2008 ne peuvent être isolés de la crise financière générale d’une ampleur sans précédent et que les transactions avec les États belge et néerlandais et avec BNP Paribas constituaient probablement la meilleure issue possible dans les circonstances qui prévalaient. Les experts critiquent toutefois la manière dont l’ex-Fortis a communiqué à certaines occasions durant la période intermédiaire", reconnaît le groupe d’assurance.

Quant à Deminor, elle relève le fait que de nombreuses critiques formulées par les experts apportent de l’eau au moulin de l’association de défense des actionnaires minoritaires. Pierre Nothomb, l’un des responsables de Deminor, souligne d’ailleurs que les enquêteurs ont longuement investigué sur l’information transmise aux actionnaires, lors de nombreux entretiens.

Néanmoins, Pierre Nothomb se déclarait peu surpris de voir les enquêteurs ne pas remettre en cause les différentes transactions. Une remise en cause qui aurait pu avoir un effet boule de neige.

 

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