analyse

Les 4 grands défis de Bruno Colmant à la tête de Degroof Petercam

©Dieter Telemans

Après cinq années à la tête de la banque Degroof, qui a fusionné avec le groupe Petercam sous sa férule, Philippe Masset quitte ses fonctions de CEO de "commun accord" avec le conseil d'administration. Il est remplacé par Bruno Colmant, économiste au CV bien rempli, qui aura plusieurs défis à relever.

1) Une mise en conformité des règles anti-blanchiment

Fin avril, on apprenait que la Banque nationale avait ouvert une enquête visant la banque pour des manquements présumés aux règles anti-blanchiment. Un simple "audit des procédures de contrôle interne en matière de prévention du blanchiment des capitaux, comme (la BNB) le fait régulièrement pour les institutions bancaires qu'elle contrôle", selon Degroof Petercam, qui a ensuite exécuté les recommandations de la banque centrale.

Si la banque n'est pas soupçonnée d'avoir elle-même procédé à du blanchiment, la BNB a tenu à lui faire resserrer les boulons dans ses procédures et à être plus vigilante face à certains clients potentiellement problématiques. Degroof Petercam s'est ainsi vu sommer de mettre en place un plan d'actions qui contient notamment la nomination d'un "anti-money laundering compliance officer". La banque n'a plus communiqué à ce sujet depuis le mois de mai.

Mais selon des sources, le départ de Masset serait lié à ces pressions des autorités, tant de la Banque nationale de Belgique que de la Banque centrale européenne. Le journal De Tijd indique que le parquet de Liège enquête sur un dossier de blanchiment dans lequel Degroof Petercam est impliqué. L'information a été confirmée par la porte-parole du parquet de Liège, Catherine Collignon, qui n'a pas voulu donner plus de détails. La banque dit ne pas avoir connaissance d'un dossier visant la banque. 

2) Une fusion difficile

Janvier 2015, les comités de direction de Degroof et Petercam annoncent en grande pompe leur fusion. Leur objectif affiché était de devenir "un leader indépendant de la banque indépendante en Belgique".

Le nouveau groupe avait les moyens de ses ambitions: il constituait la première banque privée indépendante du pays avec 33,5 milliards d'euros d'actifs sous gestion dans ce segment et était également le premier acteur en fonds de pension en Belgique.

Pourtant, les derniers résultats du groupe sont décevants. Le premier trimestre 2019 a même vu les plus mauvaises performances de la banque depuis la fusion en termes de bénéfice net et de résultat brut opérationnel. Les actifs sous gestion au sein de la banque privée, la spécialité de la maison, sont restés quasi stables en cinq ans.

Pour expliquer ces mauvais chiffres, Degroof Petercam avait pointé les investissements IT et une augmentation des ressources réglementaires d'une part et des éléments exceptionnels tributaires - principalement des coûts d'intégration - d'autre part.

Les deux banques n'ont en effet jamais réussi à fusionner leurs systèmes informatiques respectifs, ce qui a engendré de gros coûts supplémentaires. De plus, les cultures des deux entités, assez différentes au départ, n'auraient pas encore réussi à s'entremêler.

3) La préparation d'une vente?

Les rumeurs vont bon train depuis plusieurs mois. Degroof Petercam serait à l'encan. La volonté de la BCE de maintenir des taux nuls et négatifs n'offre que peu de perspectives encourageantes aux petits acteurs bancaires belges, dont Degroof Petercam fait partie. Son actionnariat se fragmente entre plusieurs familles (Peterbroeck, Van Campenhout, Philippson, Haegelsteen, Cigrang, Cobepa, entre autres) et des petits actionnaires, dont plusieurs (ex-)cadres. Face aux importants investissements IT qui doivent encore être réalisés, à la pression réglementaire et au contexte de taux bas qui écrasent les marges, une vente pourrait présenter bien plus d'avantages qu'un développement par rachats. Marc Raisière n'en faisait guère de mystère dans un récent entretien accordé à L'Echo: si Degroof Petercam était à vendre, Belfius se pencherait sérieusement sur la question. Contacté par L'Echo ce vendredi, Marc Raisière nie cependant "dans toutes les langues" que Belfius aurait formulé une offre pour un rachat. ABN Amro, qui a récemment racheté la branche belge de la banque privée de Société Générale, pourrait également être un acquéreur potentiel.

4) Un climat social sous tension

Degroof Petercam emploie quelque 1.400 personnes, dont 900 en Belgique. Les différences opérationnelles et culturelles des deux entreprises n'ont pas permis de mettre en place un cadre de travail idyllique pour les travailleurs, selon une source syndicale. Même si l'institution financière n'a pas annoncé de plan de restructuration comme les gros acteurs du secteur (BNP Paribas Fortis, KBC, ING), de nombreux cadres ont quitté l'entreprise au cours des dernières années et la rotation au sein du personnel demeure importante. "Les gens sont insatisfaits et font face à des incertitudes face à l'avenir", indique cette source. Un autre représentant des employés se veut plus positif et souligne que même si certains problèmes se posaient, la direction a toujours veillé à y apporter de bonnes réponses.

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