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Les agences, bientôt vestiges d'une banque révolue?

©Bloomberg

Belfius a annoncé ce vendredi matin la fermeture de 23 agences en Flandre. Depuis plusieurs années, les principaux établissements bancaires du pays réduisent la voilure. Les progrès en matière de solutions numériques et les néobanques devraient encore amplifier le mouvement dans les prochaines années.

En 2016, ING annonçait un important plan de restructuration impliquant la fermeture de la moitié de ses agences à l'horizon 2021. Au début de cette année, BNP Paribas Fortis faisait part de son intention de supprimer 267 de ses 678 offices d'ici 2022. À l'automne, c'était au tour de KBC d'officialiser la transformation de 65 agences en sites totalement automatisées et la disparition de 51 bureaux supplémentaires.

Aujourd'hui, c'est au tour d'un autre acteur majeur du secteur belge, Belfius, d'annoncer la réduction de sa structure, avec la liquidation de 23 établissements. Une ligne supplémentaire qu'il faut ajouter à cette litanie non exhaustive, conséquence d'un mouvement de fond amorcé depuis les années 1990. Selon les derniers chiffres de Febelfin, la fédération représentant les institutions financières belges, la Belgique comptait 5.126 agences fin 2018. Elles étaient encore 8.259 en 2008. Au total, le nombre de points de contact physique a donc diminué de quelque 38% au cours des dix dernières années.

L'évolution est similaire au niveau européen. En 2016, la Banque centrale européenne calculait que 6.939 succursales bancaires avaient fermé leurs portes. Depuis la crise bancaire de 2008, plus d'un cinquième des agences du continent se sont évaporées.

Le comportement du client

"Si votre client n’est pas intéressé par vos services, et qu’il voit que votre voisin propose mieux, que fait-il? Il s’en va chez lui et vous n’avez plus de revenus."
Johan Thijs
CEO de KBC

Pour expliquer sa décision, la direction de Belfius met en avant la progression de l'internet et du mobile banking. "Les clients font un usage maximum du digital. Ils ne se déplacent plus que pour obtenir un crédit ou pour un conseil bien spécifique", justifie la banque publique. Un argument également employé par KBC en septembre dernier: 56% de sa clientèle belge utilise exclusivement les canaux digitaux pour interagir avec elle. À l’opposé, ils ne sont plus que 23% à effectuer toutes leurs opérations en agence.

Johan Thijs, le CEO de KBC, ne voulait d'ailleurs pas évoquer les taux historiquement bas et les marges de plus en plus grignotées pour motiver cette restructuration. C'est "le comportement du client" et uniquement celui-ci qui induit les fermetures. "Si votre client n’est pas intéressé par vos services, s’il voit que votre voisin s’est adapté et propose mieux, que fait-il? Il s’en va chez votre voisin et vous n’avez plus de revenus, peu importe la marge."

Aujourd'hui, le client est effectivement en mesure de gérer la majorité des opérations bancaires depuis sa poche. Selon une récente étude menée par IPG Mediabrands auprès de 1.000 Belges, pas moins de 75% des personnes interrogées ont installé une application bancaire sur leur smartphone.

L'émergence des néobanques

Les nouveaux acteurs de la finance prennent cette vague et ne s'embarrassent pas d'agence physique. N26 et Revolut, deux des néobanques les plus en vue du continent et présentes en Belgique, sont 100% mobiles. Elles revendiquent toutes les deux le statut de licorne (valorisation de plus d'un milliard de dollars) et des millions de clients dans des dizaines de pays sans proposer un seul guichet.

Pourtant, les banques belges affirment que les agences ont encore un avenir. "Le réseau demeure primordial, nous sommes un bancassureur omnichannel", se défendait Belfius vendredi matin. Clemens Scholzen, le CEO de CBC, insistait lui aussi récemment sur l'importance qu'accord son entreprise au "phygital", le mariage entre les approches physique et digitale.

Si la fusion entre Crelan et Axa Banque se concrétise, la nouvelle entité comptera quelque 1.150 agences dans le pays...

D'autres fermetures en perspective

De simples déclarations de bonnes intentions? Les perspectives demeurent sombres pour les agences. Tout porte à croire que les banques vont continuer à élaguer leur réseau pour promouvoir davantage encore les solutions numériques qu'elles développent frénétiquement.

On devrait très prochainement connaître la conclusion des négociations actuellement menées par Crelan pour le rachat d'Axa Banque Belgique. Si l'opération se concrétisait, la nouvelle entité deviendrait la cinquième banque du royaume, avec un réseau de 1.150 agences. Une structure très lourde alors que les plus grandes banques du pays tournent actuellement avec 600 comptoirs, voire bien moins...

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