Les banques aussi ont un problème de diversité

Claire Godding est en charge des questions de diversité et d'inclusion chez Febelfin. ©Frank Toussaint

Il existe aussi un plafond de verre pour les travailleurs issus de minorités ethniques dans le secteur financier. Febelfin entend tacler le problème, notamment grâce à un réseau professionnel.

Christine (prénom d'emprunt) est conseillère dans une agence bancaire. Récemment, un couple a refusé de la rencontrer pour un rendez-vous pour la seule raison qu'elle est originaire d'Afrique subsaharienne. Une scène qui s'est produite à la réception du bureau. Christine a été soutenue par son supérieur, ses collègues et les autres clients, et les conjoints ont préféré rompre leur relation avec l'établissement plutôt que d'être servis par l'employée.

"Mais la raison pour laquelle cet exemple est si précieux, c'est qu'il a montré que nous pouvons faire quelque chose ensemble face au racisme", se réjouit Christine. "Ce n'est pas l'histoire d'une banquière noire contre un client blanc. Il s'agit de collègues blancs, de clients et de mon directeur qui ont refusé cette discrimination avec moi."

Cet exemple véridique illustre le fait que comme dans le reste de la société, le racisme demeure aussi un problème dans le secteur bancaire. Pour prendre le problème à bras-le-corps, Febelfin, la fédération du secteur financier, a lancé la semaine passée le réseau "Multicultural Bankers Network", une association qui doit permettre aux banquiers d'origines diverses de se rencontrer et d'échanger, avec un système de mentoring.

Divergences de perception

"Un des problèmes que les banquiers d'origine cosmopolite citent le plus souvent est celui de ne pas avoir l'impression de disposer des 'codes' qui leur permettent de poursuivre leur carrière", explique Claire Godding, en charge de toutes les questions portant sur la diversité chez Febelfin.

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Quelque 60% des répondants issus d'une minorité ethnique estiment que les efforts de leur banque en termes d'inclusion dans les campagnes de recrutement sont insuffisants.

Pour le lancement du Multicultural Bankers Network, Febelfin a voulu obtenir une photographie de la situation et a lancé une étude sur les discriminations dans le secteur bancaire. Au total, quelque 800 personnes actives dans la finance ont répondu à l'enquête.

Parmi les principaux enseignements de cette analyse, on peut citer la distorsion des perceptions entre les employés dits blancs et ceux issus de minorités ethniques. Ainsi, alors que seulement 25% des répondants dits blancs estiment que les campagnes de recrutement et les efforts en termes d'inclusion ne sont pas suffisants, ils sont près de 60% à penser la même chose parmi les "non-blancs".

Quant à savoir si le multiculturalisme est suffisamment inclus dans la culture d'entreprise, 61% des employés blancs estiment que c'est le cas dans le discours officiel de leur enseigne et 56% que cela se matérialise dans les faits. Les répondants des autres catégories en sont beaucoup moins convaincus: 45% des collaborateurs d'origine subsaharienne sont d'accord et 34% jugent que c'est la réalité. Chez les travailleurs d'origine nord-africaine, les résultats tombent respectivement à 33 et 24%.

Même ambition

Un constat qui est similaire pour les microagressions de type raciste? Seulement 22% des répondants blancs en ont relevé, alors que pas moins de deux tiers des personnes d'origine africaine ont déjà affronté ce cas de figure. Pas moins d'un tiers de ces travailleurs estiment que cela a un impact sur leur confiance en eux ou sur leur carrière.

"Un bon indicateur pour juger de l'efficacité de notre campagne sera de refaire la même étude dans deux ou trois ans."
Rodolphe de Pierpont
Porte-parole de Febelfin

Pourtant, quelle que soit l'origine des répondants, plus de 80% d'entre eux affichent l'ambition de devenir un expert dans son domaine. "L'envie de s'améliorer est comparable, cela a donc beaucoup de sens d'investir dans les individus", estime Claire Godding.

Avec "Multicultural Bankers Network", Febelfin entend sensibiliser le secteur à cette question. Il s'agit d'un projet antérieur aux récents faits d'actualité qui ont remis ces questions à la une, assurent les responsables de la fédération. "Un bon indicateur pour juger de l'efficacité de notre campagne sera de refaire la même étude dans deux ou trois ans", conclut Rodolphe de Pierpont, porte-parole de Febelfin.

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