analyse

Les banques cotées en Europe parmi les moins chères au monde

Les banques européennes se révèlent bien moins performantes que leurs consoeurs américaines. ©REUTERS

Les résultats que les banques viennent de publier ne semblent pas séduire tous les investisseurs. Mais leur valorisation peu élevée en tente par contre de plus en plus.

Pour chaque euro investi en 1991 dans les actions bancaires sur les Bourses en Europe et conservé sous cette forme jusqu’à nos jours, vous en auriez l’équivalent de 3 euros actuellement. Pour autant, bien sûr, que les dividendes perçus chaque année depuis lors ont été réinvestis en actions. Voilà ce que nous indique l’évolution sur cette période de l’indice Stoxx 600 des Banques  (cours + dividendes). À vrai dire, il s’agit d’une pauvre performance, en regard de celle affichée par le même secteur à Wall Street. Un dollar serait devenu 8,6 dollars!

Depuis le départ de la saison des annonces, les banques ont vu leurs actions reculer dans leur grande majorité en Bourse.

Ce large écart existant entre les performances réalisées par les actions des banques européennes et américaines en dit assez sur le niveau de profitabilité nettement plus élevé des institutions basées aux Etats-Unis par rapport à celles situées de ce côté-ci de l’Atlantique. Une économie globalement plus vigoureuse aux Etats-Unis au cours des dernières décennies qu’en Europe explique en partie la supériorité des actions des banques cotées à Wall Street. De même que la crise financière des années 2000 qui a plus durement éprouvé les banques de ce côté-ci de l’Atlantique. Peut-on imaginer que celles-ci rattrapent une fois pour toutes leur retard sur leurs consœurs d’outre-Atlantique?

Des profits en hausse…

A travers sa fililale TEB, BNP Paribas est l'une des banques les plus exposées à la livre turque. Et pourtant, elle s'en sort mieux que nombre de ses concurrents. ©EPA

Les récentes publications de résultats dans le secteur des banques en Europe, ne permettent pas hélas de l’affirmer. Les grandes banques de la Bourse de New York comme JPMorgan  n’ont souffert d’aucun complexe pour dévoiler récemment des résultats records. Chez nous, par contre, cela n’a pas vraiment été le cas. Certes, les observateurs s’accordent pour affirmer que les prestations réalisées entre les mois d’avril et de juin ont été globalement favorables. Malgré des revenus souvent en baisse, les bénéfices ont progressé pour près de 7 banques sur 10. De 19% chez Natixis  , de 7% chez Intesa Sanpaolo  , de 9,3% chez Société Générale  (Paris), de 6,4% chez Crédit Agricole  , de 5% chez HSBC  , de 4,2% chez ING  , et on en passe.

Malgré la "forte" exposition de la banque à la Turquie, l’action BNP Paribas a mieux presté que beaucoup d’autres.

Après deux années difficiles, Deutsche Bank  est revenue aux profits, bien que modestes. Idem pour Commerzbank  . Du mieux aussi en Italie où, si Banco Monte Paschi di Siena (BMPS)  a vu ses chiffres reculer de 46%, Intesa Sanpaolo a publié de son côté une hausse de 7% de siens et UniCredit  de 8,3%. Par contre, les résultats n’ont pas nécessairement progressé là où nous aurions pu l’imaginer. Ils ont par exemple reculé de 28% chez ABN Amro  , de 19% chez KBC  , de 7,2% chez Belfius qui fera prochainement son retour à la Bourse de Bruxelles. Outre-Quiévrain, BNP Paribas  a fait part d’un tassement de 0,01% de ses prestations trimestrielles.

…mais qui ne séduisent pas suffisamment les investisseurs

Ces nouvelles dans l’ensemble encourageantes n’ont cependant pas suffi à séduire les investisseurs. Depuis le départ de la saison des annonces dans le secteur bancaire donné par UBS   et Deutsche Bank le 24 juillet, les banques ont vu leurs actions reculer dans leur grande majorité en Bourse. Certains rétorqueront que l’on doit cette situation à la crise en Turquie. Mais bien avant que cette crise ne prenne toute l’ampleur que l’on sait, les actions bancaires étaient déjà mal orientées sur les marchés boursiers. En outre, alors que BNP Paribas fait partie du groupe des 5 banques les plus exposées à la Turquie avec BBVA  , UniCredit, ING et HSBC, son action a limité ses pertes à moins de 3% ces trois dernières semaines. L’impact de la crise turque coûterait à BNP Paribas l’équivalent de 2,5% à 3% de sa capitalisation boursière, ont calculé les analystes d’AlphaValue. Pour ceux de Deutsche Bank, elle amputerait de 0,4% la valeur comptable d’ING.

Credit Suisse  (-4%), KBC (-4,3%) et Commerzbank (-7,1%), qui ne sont pourtant pas vraiment concernées par la crise en Turquie, voient leurs actions baisser davantage que celle de BNP Paribas.

Parmi les actions à avoir marqué des points, outre les institutions scandinaves, il y a Crédit Agricole (+ 3,4%), Mediobanca  (+ 1,5%) et ABN Amro (+ 0,4%) malgré le recul de 19% de 28% de son résultat trimestriel.

Cyclicité des économies

Pour certains investisseurs, la crainte d’un ralentissement de l’activité économique constitue un facteur suffisant pour les inciter à se détourner en ce moment des valeurs cycliques. Les bancaires qui ont ce statut "cyclique", ne sont d’ailleurs pas les seules à être boudées par les investisseurs. C’est aussi le cas des actions des constructeurs automobiles, des entreprises actives dans les matières premières et de la construction. Toutes accusent des pertes de plus de 10% en moyenne au cours des seuls 3 derniers mois! Il est frappant en même temps de constater que, face à elles, les actions défensives qui ont la réputation de mieux résister aux aléas de l’environnement économique, se portent plutôt bien sur les marchés boursiers. Celles des soins de santé, de l’agroalimentaire et de la distribution sont de ce registre.

Si les banques sont parvenues à réaliser des résultats souvent supérieurs aux attentes des analystes, c’est parce qu’elles ont fait des économies sur le poste "provisions pour créances douteuses".

Ceux à qui l’évolution des marchés leur parle, vous le diront: des investisseurs paraissent anticiper une contraction de la croissance économique dans les prochains mois, du moins quelque chose d’assez proche. La BCE écrivait dans son dernier bulletin économique que "la croissance de la zone euro a sensiblement ralenti au cours des deux derniers trimestres", ajoutant, sans en être convaincue, que "cela fait craindre que les six années d’expansion économique de la région n’arrivent à un terme prématuré". Pour l’heure, les statistiques économiques restent dans l’ensemble favorables. Ce qui devrait rassurer les investisseurs sur le plan des résultats à venir des banques.

Les véritables vents contraires

Les banques italiennes sont les premières à pâtir de l'arrivée des populistes au pouvoir. ©Bloomberg

Plus fondamentalement parlant, il faut reconnaître que les banques font face à des vents contraires que rien ne permet de penser qu’ils disparaîtront de leur horizon à brève échéance. Après la crise des dettes subprimes pour lesquelles certains litiges sont toujours en vigueur – RBS  vient de débourser une somme de 4,9 milliards de dollars et HSBC de 765 millions de dollars aux Etats-Unis –, il y a eu les tracas causés par la dette grecque. L’arrivée au pouvoir de partis populistes en Italie fait, elle, poser la question de la survie de l’euro à intervalle régulier. À chaque fois qu’elle revient au-devant de l’actualité, cette question met sous tension les rendements obligataires, contraignant certaines banques à déprécier leurs portefeuilles obligataires. Les banques italiennes sont aux avant-postes dans ce registre. Elles sont suivies des françaises BNP Paribas, Crédit Agricole et SocGen qui ont toutes les trois des filiales en Italie.

Autre élément défavorable dont les banques ne seront pas quitte de sitôt, c’est celui qui porte sur la question des taux d’intérêt. Les niveaux planchers auxquels ils se situent depuis plusieurs années déjà impactent leurs marges bénéficiaires. Et la BCE a averti: elle prévoit de garder ses principaux taux directeurs à des niveaux planchers au moins jusqu’à l’été 2019.

KBC se traite en Bourse à 1,6 fois sa valeur comptable. C’est beaucoup. Mais ne dit-on pas que la qualité se paie chèrement.

Enfin, et ce n’est pas le point le moins important: si les banques sont parvenues à réaliser des résultats souvent supérieurs aux attentes des analystes, c’est parce qu’elles ont fait des économies sur le poste "provisions pour créances douteuses". Ces créances sont des prêts pour lesquels une banque n’est pas certaine d’être remboursée. La baisse de ces provisions entraîne mécaniquement une hausse des résultats finaux.

BBVA, CaixaBank  ou encore Intesa Sanpaolo, qui progressivement se délestent de leurs actifs toxiques, s’inscrivent dans cette tendance. Mais également ABN Amro, ING, KBC, BNP Paribas, SocGen et d’autres encore. Jusqu’à quand les banques pourront-elles jouer sur ce levier pour améliorer la dernière ligne de leur bilan? Du fait des taux d’intérêt planchers et d’un environnement économique toujours favorable, les défauts de remboursements sont actuellement peu élevés. Mais quid en cas de remontée des taux ou d’une éventuelle dégradation de l’environnement économique?

Des actions bon marché

KBC se traite en Bourse à 1,6 fois sa valeur comptable. C'est l'un des ratios les plus élevés du secteur bancaire européen, qui connaît un plus bas ces derniers mois. ©REUTERS

Cette accumulation de facteurs sensibles, auxquels on peut encore ajouter les effets d’une régulation plus stricte – à l’inverse de ce que l’on observe aux Etats-Unis –, des tensions commerciales entre les Etats-Unis et certaines régions du monde ou encore l’approche de la date butoir du Brexit, met constamment sous pression les cours des actions bancaires. À tel point que l’on peut considérer le secteur des banques sur les marchés boursiers européens comme étant un des moins chers des 19 sous groupes sectoriels de l’indice Stoxx 600.

La condition sine qua non pour assister à son rebond serait, bien sûr, que la plupart des nuages qui encombrent son horizon se dissipent. Des signaux favorables commencent à apparaître. Comme le retour au versement d’un dividende chez Commerzbank et Royal Bank of Scotland (RBS) pour la première fois quasi depuis la crise financière. Ou la baisse de 19,2% en juin des créances douteuses détenues par les banques italiennes à 131,8 milliards selon le rapport mensuel de la Banque d’Italie.

Un rebond du secteur bancaire devra passer par un redressement de Deutsche Bank, un poids lourd en Europe. ©REUTERS

Il faudrait aussi que Deutsche Bank retrouve une solide santé. Le redressement de ce géant mondial aux pieds d’argile pourrait être un catalyseur positif pour l’ensemble du secteur bancaire sur les Bourses en Europe. Dans un entretien avec l’AFP, Markus Riesselmann, analyste chez Independant Research (Francfort), qui faisait remarquer que "les recettes reculent plus vite que les coûts chez Deutsche Bank", disait estimer que "le titre de la banque restera sous-évalué aussi longtemps que la banque ne fera pas redécoller ses recettes".

La valeur de Deutsche Bank   à la Bourse de Francfort ne représente à peine que 30% la valeur comptable du groupe, selon Bloomberg! C’est, avec celui de la Commerzbank   (37%), un des ratios les moins élevés du secteur bancaire. Cela en dit assez du manque d’engouement du marché pour ces actions. Le ratio moyen du secteur en Europe est de 85% contre 140% à Wall Street. Il est de 50% pour UniCredit  , de 80% pour BBVA  , de 70% pour BNP Paribas  . Pour les banques britanniques et surtout scandinaves, il est un peu supérieur à 100%.

Ces décotes s’expliquent par "la moindre rentabilité des banques européennes par rapport à celle de leurs consœurs américaines", avancent les dirigeants de BNP Paribas. Profitant de ces bas ratios, les stratèges de Citigroup osent penser qu’"il est peut-être temps de profiter de valorisations proches de leur niveau le plus bas depuis 2 ans. À moins que l’on s’attend à une crise financière".

Cocorico, témoignant de la confiance des investisseurs envers la banque belge, KBC  se traite à 1,6 fois sa valeur comptable. Un des ratios les plus élevés du secteur, certes. Mais ne dit-on pas que la qualité se paie chèrement.

©Mediafin
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