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Les banques envoient les distributeurs de billets à la gare

©RV DOC

Le nombre de distributeurs de billets continue de diminuer en Belgique, mais la disparition du cash n'est pas pour tout de suite. Deux réseaux doivent permettre une meilleure répartition des automates à travers le pays.

L'utilisation du cash est en chute libre en Belgique. Cette tendance est amorcée depuis plusieurs années, mais la pandémie a encore accéléré le mouvement. Selon les chiffres de Febelfin, la fédération du secteur bancaire, le nombre de retraits d'argent liquide aux distributeurs automatiques de billets (DAB) a baissé d'un tiers depuis février 2020.

Les banques ont anticipé cette évolution avant l'éclatement de la pandémie. En novembre 2019, Argenta, AXA Banque, Crelan, vdk et bpost banque annonçaient la fondation de la joint-venture Jofico, destinée à gérer un réseau de distributeurs en commun. Deux mois plus tard, c'était au tour des quatre grandes banques du royaume (Belfius, BNP Paribas Fortis, ING et KBC) de faire part du lancement de Batopin, une initiative similaire, qui doit totalement remplacer les réseaux propres de ces enseignes.

D'ici 2025, plus de la moitié des DAB du "Big Four" aura disparu. Leurs quatre réseaux actuels s'étend actuellement sur quelque 2.300 localisations en Belgique. Dans quatre ans, cette nouvelle structure se concentrera sur environ 700 sites. Les 92 premiers sont aujourd'hui connus, et font la part belle aux gares de la SNCB. L'aéroport de Charleroi ou le village de Lierneux, qui connait une affluence importante pendant les saisons touristiques, figurent également dans cette première liste.

Conséquence de la fermeture des agences

L'objectif de la coentreprise est de proposer un point de retrait à moins de cinq kilomètres du domicile de 95% des Belges. Un taux qui est aujourd'hui atteint: 98% des habitants du royaume sont dans le cas. Cette distance n'a pas été fixée arbitrairement par Batopin, mais est utilisée comme référence par la Banque centrale européenne. En prenant en compte tous les établissements bancaires du pays, il y a aujourd'hui pas moins de 3.720 lieux avec un ou plusieurs DAB en Belgique. Leur nombre a chuté de 27% depuis 2015.

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Quatorze communes belges, dont douze wallonnes, ne disposent d'aucun distributeur de billets.

La disparition de bon nombre de guichets automatiques n'est souvent rien d'autre que la conséquence de la réduction drastique et continue du nombre d'agences. Rien que l'an passé, plus d'un millier de guichets automatiques ont été mis hors service en raison de la fermeture de succursales bancaires. Ce sont les quatre grandes banques qui ont pris les devants à cet égard en mettant la clef sous le paillasson d'une agence sur dix en raison de la fréquentation en forte baisse.

Les responsables politiques locaux ont bien conscience de ce problème. Depuis plusieurs années, ils jouent de leur influence pour conserver au minimum une possibilité de retirer du liquide. Quatre propositions de loi sont ainsi prêtes à la Chambre afin de garantir cet accès.

À l'heure actuelle, quatorze des 581 communes du pays ne disposent d'aucun appareil. Deux se trouvent en Flandre (Lierde et Mesen), les douze autres en Wallonie. Il s'agit de Brugelette, Villers-la-Ville, Momignies, Anhée, Havelange, Engis, Sprimont, Comblain-au-Pont, Hamoir, Jalhay, Trois-Pont et Tintigny.

Répartition très inégale

Si l'on se penche sur les sections communales, le constat est bien différent: selon nos calculs, 1.678 localités ne disposent d'aucun distributeur, soit pas moins de six sections sur dix. La majorité d'entre elles sont de petits villages ou hameaux avec une faible population, mais il existe des exceptions. Ainsi, les dix-neuf communes de la Région bruxelloise sont pourvues en DAB, mais Neder-over-Hembeek, section de la Ville de Bruxelles peuplée de plus de 17.000 âmes ne compte plus un seul distributeur depuis la fin 2019. Un constat d'autant plus surprenant qu'à moins de trois kilomètres de là, la rue De Wand, l'artère commerçante du quartier Mutsaert à Laeken, et les voies adjacentes comptent pas moins de sept banques concentrées sur une centaine de mètres!

La moitié des Mister Cash des quatre grandes banques se trouvent à moins de 185 mètres d'un autre distributeur.

C'est l'un des paradoxes de la voilure des réseaux de DAB: certains quartiers ne comptent plus aucun automate, tandis que d'autres n'ont que l'embarras du choix pour retirer des billets. Ainsi, la moitié des Mister Cash des quatre grandes banques se trouvent à moins de 185 mètres d'un autre distributeur. C'est la conséquence de décennies de stratégies d'implantations non coordonnées par les différentes enseignes.

Batopin entend y remédier en plaçant les appareils du Big Four sous une seule et même gestion. Les distributeurs seront ainsi regroupés à un même endroit, que ce soit dans le hall d'une agence, la gare locale, un supermarché ou encore un parking. L'opération devrait être menée à bien d'ici 2025 et verra tout le parc d'appareils remplacé par de nouveaux équipements sous marque blanche. La réduction de la voilure devrait approcher les 75%.

Le liquide n'est pas prêt de disparaître

Cette tendance des réseaux sous marque blanche devrait encore s'amplifier à travers le continent au cours des prochaines années, selon Stefano Cipollone, responsable du développement commercial chez l'éditeur de solutions logicielles bancaires Auriga. "Ce type de réseau existe déjà en Scandinavie et aux Pays-Bas. Cela permet aux banques de faire des économies dans une activité qui n'est pas rentable et qui constitue une obligation légale."

"Même en Scandinavie, où seulement 15% des transactions sont encore réglées en liquide, on se rend compte que l'économie ne sera jamais complètement cashless."
Kris De Ryck
CEO de Batopin

En découplant les guichets automatiques des agences, on évite que la fermeture de la dernière banque d'une entité ne signifie l'impossibilité de retirer de l'argent. "C'est aussi un moment unique pour complètement redessiner nos infrastructures relatives à l'argent liquide", explique Kris De Ryck, CEO de Batopin.

En combinant les réseaux Batopin et Jofico, sans oublier l'apport de bpost, "on devrait approcher les 100% de couverture", estime Kris De Ryck. Les deux initiatives sont dès lors vue d'un bon oeil par Febelfin.

L'argent liquide vivrait-il ses dernières années d'existence, alors que les DAB se raréfient et que le paiement électronique poursuit son envolée? "L'utilisation du cash diminue, mais même en Scandinavie, où seulement 15% des transactions sont encore réglées en liquide, on se rend compte que l'économie ne sera jamais complètement cashless", estime Kris De Ryck. "Avec la pandémie, nous avons constaté une baisse de 15% des paiements en liquide. Nous nous attendons à voir une diminution supplémentaire de 6% par an."

En Belgique, près de la moitié des paiements sont toujours effectués en cash, et le consommateur retire des billets en moyenne toutes les quatre semaines. La mort annoncée du liquide n'est donc pas pour tout de suite.

Le résumé

  • Le nombre de distributeurs de billets a chuté de 27% depuis 2015, alors que quatorze communes ne dispose d'aucun automate.
  • Pourtant, la moitié des paiements sont toujours réalisés en cash en Belgique.
  • Les quatre grandes banques du royaume ont mis sur pied Batopin, qui doit rationaliser la répartition des DAB.
  • Les petites banques auront également leur propre réseau commun, baptisé Jofico.

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