Les banques européennes en panne de rentabilité

Les banques européennes peinent à retrouver la rentabilité d’antan. En cause notamment, la multiplication des frais liés aux litiges judiciaires et la mise en adéquation à la régulation.

Si le creux de la vague semble bel et bien dépassé, les banques européennes n’ont toujours pas retrouvé leurs couleurs d’antan.

Les trente plus grandes banques européennes cotées affichaient ainsi en 2013 une amélioration de leur efficacité opérationnelle mais leur rentabilité reste, elle, sous pression et bien en-deçà des objectifs à deux chiffres qu’elles se sont fixés.

Le ROE (return on equity, outil de mesure de la rentabilité) moyen de 26 des 30 établissements ressortait ainsi en 2013 à 6,6%. Un an auparavant, il s’affichait à 3,9% mais les banques tablent à l’horizon 2016 sur des ratios d’au moins 10% voire 12 ou 15% pour les plus ambitieuses. Avant la crise, le ROE plafonnait en moyenne à 19% avec des records pour l’Espagnol BBVA à 34,6%. La route est donc encore longue.

En chiffres

L’analyse de ces ratios montre certes de grandes disparités entre les établissements. On note ainsi une fluctuation allant d’un ROE à 0,3% pour Commerzbank ou 1% pour Barclays à du 14,7% pour la Swedbank. Avec respectivement 6,1 et 6,4%, BNP Paribas et ING Groep flirtent avec la moyenne. Quant à BBVA, elle a définitivement fait une croix sur ses 34% avec un ROE de 5%. En Belgique, la fédération bancaire, Febelfin, faisait état pour 2013 d’une rentabilité de 8%, soulignant le poids d’éléments exceptionnels qui font retomber ce pourcentage à 5% sur base structurelle. KBC, dans son marché mais aussi comparé aux autres établissements européens, apparaît comme un bon élève avec un ROE de 9% (contre 1% en 2012).

Notons que de l’autre côté de l’Atlantique, les banques avancent aussi en ordre dispersé avec pour les principales enseignes, des ratios variant de 4,31% à 13,99%. Morgan Stanley s’affiche en queue de peloton et Wells Fargo trône sur la première marche du podium devant Goldman Sachs (10,9%).

Vers un avenir clément?

Le manque de rentabilité n’est pas récent. À l’automne 2012, Petercam disait déjà son pessimisme en tablant sur un ratio structurellement bas tout en s’interrogeant: "un ROE de 8 à 9% est-il si mauvais?".

Dans le chef des actionnaires, la réponse est affirmative. "La rentabilité est nécessaire pour motiver les actionnaires à investir et pour renforcer les fonds propres", souligne-t-on chez Febelfin.

Pour Charles de Vaulx, responsable des investissements chez International Value Advisors, les ROE demeurent aujourd’hui à des niveaux trop bas, "surtout si on considère à quel point beaucoup de banques européennes sont sous-capitalisées".

Ian Scott, responsable de la stratégie sur les actions européennes de Barclays, ajoute que les ratios bancaires sont 2,5 fois moins élevés que les ratios moyens du marché européen des actions.

La cause de cette faiblesse s’explique pour 2013 par l’accumulation des frais juridiques liés tantôt aux manipulations des taux d’intérêt tantôt à des pratiques commerciales litigieuses.

Par ailleurs, en vue du grand examen des bilans opéré par la Banque centrale européenne (Asset quality review-AQR), les banques ont également mis de l’ordre dans leur portefeuille crédit, ce qui s’est soldé par des dépréciations.

Si cette analyse des bilans laissait apparaître des besoins additionnels de fonds propres, le ROE du secteur pourrait continuer de baisser.

À côté de l’AQR, il y a aussi les nouvelles exigences en matière capital imposées par les régulateurs.

Pour Charles de Vaulx, les objectifs affichés par les banques elles-mêmes sont donc dans certains cas trop ambitieux. "À moyen terme, 10% à 12% nous semblent bien plus réaliste que des niveaux autour de 15%", insiste-t-il. Et il faudra que coule beaucoup, beaucoup d’eau sous les ponts avant de retrouver les niveaux d’avant crise. Un doux rêve!

Avec Reuters

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