"Les banques européennes sont mieux armées que les américaines"

Selon l'agence de notation Moody's, Citibank est l'enseigne bancaire américaine la plus vulnérable. ©REUTERS

Les géantes bancaires de Wall Street ont présenté cette semaine des résultats en net recul, mais aussi la constitution d'importantes provisions pour faire face à des pertes sur crédit. Les résultats des banques européennes sont attendus prochainement.

Semaine chargée à Wall Street où, jour après jour, les grandes banques du pays ont présenté leurs résultats trimestriels. Ces publications sont une première indication de l'impact du coronavirus sur le système financier.

Force est de constater qu'impact, il y a: toutes ont présenté des bénéfices en net recul (à deux chiffres). Les résultats opérationnels sont amputés de 69% chez JPMorgan, de 46% chez Goldman Sachs, de 43% pour Wells Fargo, de 40% pour Bank of America ou encore de 30% pour Morgan Stanley. Toutes ont également fait état de constitution de provisions contre d'éventuelles défaillances de crédits de leurs clients. 

"Les banques américaines sont plus sensibles aux taux d'intérêt et plus exposées aux marchés des capitaux que leurs homologues européennes. Cela les rend plus vulnérables."
Ana Arsova
Moody's

Pour l'agence de notation Moody's, ces résultats sont surtout la preuve que les banques européennes sont mieux armées que leurs homologues américaines pour traverser cette crise.

Outre l'impact actuel de cette crise sanitaire, les banques restent confrontées à un environnement de taux bas pesant sur les revenus. "Les banques américaines sont plus sensibles aux taux d'intérêt et plus exposées aux marchés des capitaux que leurs homologues européennes. Cela les rend plus vulnérables", explique Ana Arsova de Moody's.

Se préparer au pire

JPMorgan , Wells Fargo , Bank of America , Citigroup et Goldman Sachs ont brossé un sombre tableau de l'économie américaine. Elles ont donc annoncé avoir mis de côté des milliards de dollars pour couvrir une avalanche attendue de prêts non remboursés de particuliers et d'entreprises. Pour la fintech américaine Datasurvey, les défauts de crédits à la consommation accusent déjà ces dernières semaines une hausse de 12%.

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Les défauts de crédits à la consommation aux États-Unis accusent déjà ces dernières semaines une hausse de 12%, selon Datasurvey.

David Solomon, CEO de Goldman Sachs, a même conseillé à ses clients "d'espérer que la situation s'améliore, mais de se préparer au pire".

Moody's affirme que le plus vulnérable des acteurs financiers américains est Citibank . "Nous estimons que l'intégralité du résultat opérationnel sera consommée par cette provision pour pertes de crédits." Citibank est particulièrement exposée aux défauts de prêts par carte de crédit non garantis; et ce dans une économie où les dépenses par carte ont baissé de 30% ces dernières semaines, là où le chômage progresse.
Dans le même temps, Citi a peu d'autres activités permettant de compenser le chiffre d'affaires, selon les analystes.

"Ils n'ont pas le même type de rentabilité ou de profits qui pourraient absorber le coup autant que, par exemple, JPMorgan", explique Saul Martinez d'UBS.

La diversification paie

Les particuliers ne sont pas les seuls qui pourraient se voir dans l'incapacité de rembourser leurs prêts. Les entreprises ne sont pas mieux loties. HSBC a ainsi porté sur les fonts baptismaux une nouvelle entité destinée à accompagner les clients professionnels en cas de faillite.

Une diversification accrue des activités c'est, selon Moody's, ce qui aidera les banques européennes à mieux traverser cette crise. L'agence de notation prend ainsi en exemple des BNP Paribas , Société Générale ou Credit Suisse .

Moody's s'attend ainsi à voir ses banques rester droites sur leurs deux pieds cette année. "Nous attendons pour le secteur européen qu'il reste dans le vert, même léger. La suspension des dividendes et le gel des programmes de rachats d'action permettront de garder les coussins de capitaux intacts".

Ces "buffers" étaient déjà largement renforcés, notamment en Europe, en raison des exigences de constitution de fonds propres supplémentaires après la crise financière de 2008, rappelle Ana Arsova. Des buffers qui pourraient certes être revus (voir notre encadré).

L'Europe s'interroge sur le fait d'imposer des règles encore plus strictes aux banques

Avec la crise financière de 2008, les banques avaient été priées de se conformer à des exigences plus strictes en matière de capital. Objectif: éviter une nouvelle débâcle. Ces mesures étaient coulées dans ce qu'on appelle les normes de Bâle III. Alors que Bâle IV est en préparation, les régulateurs ont toutefois déjà indiqué qu'à cause de la pandémie du coronavirus, leur introduction serait reportée d'un an en 2023.

Néanmoins, aujourd'hui l'Europe voudrait selon le Handelsblatt, pas seulement revoir la date de mise en vigueur, mais aussi le contenu de ces normes. Selon le journal allemand, un projet de texte serait en discussions sur "la pertinence" de rendre encore plus sévères ces normes.

Le secteur bancaire s'est toujours opposé à Bâle IV qui accroît les exigences de capital de 125 milliards d'euros. Les banques partent du principe que des règles plus sévères vont compliquer l'octroi de crédits de petits acteurs. 

Selon certaines sources relayées par de Handelsblatt, la Commission européenne devrait interroger à nouveau les banques sur une éventuelle interaction négative entre ces normes et la crise.                                                                         

W.V.

Éviter que ça dure

KBC faisait état ce vendredi d'un impact de la pandémie de 400 millions sur la valeur de ses actifs financiers, mais rappelait des ratios de solvabilité et liquidité toujours très solides.

Contrairement à 2008, aucune banque ne semble vaciller à cette heure, même si Moody's affirme qu'il ne serait pas bon que la situation perdure. "Si la situation économique ne s'améliore pas d'ici la fin 2020 ou début 2021, la rentabilité et la solvabilité des banques pourraient être compromises."

Le secteur financier souffre déjà d'un désintérêt des investisseurs depuis la mi-mars. L'index bancaire du Stoxx600 s'affiche en recul de 46% par rapport à février, époque à laquelle le virus n'avait pas encore réellement affecté l'Europe. 

Côté résultats, les publications trimestrielles sont attendues dans les prochaines semaines. ING présentera ses résultats le 8 mai, contre le 14 mai pour KBC.

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