Les banques mises face à un scénario "extrême mais plausible"

L'édition 2021 de ces stress tests, dont les résultats sont attendus en juillet, se tient dans des conditions particulières, mais celles-ci n'affectent pas fondamentalement l'exercice.

Les banques doivent actuellement passer les stress tests européens, un exercice scruté par les régulateurs. Le responsable de l'épreuve nous en dessine les contours.

L'Autorité bancaire européenne (EBA) fête ses dix ans cette année. Fondée à la suite du cataclysme financier de 2008 dans le cadre du système européen de supervision financière, l'institution est aujourd'hui notamment en charge de la réalisation des stress tests bancaires. Après un exercice 2020 annulé en raison de la pandémie, l'édition 2021 a été lancée fin janvier et concernera une cinquantaine d'institutions à travers le continent représentant pas moins de 70% de ses actifs bancaires. Deux acteurs purement belges sont concernés: KBC et Belfius. Les actifs de BNP Paribas Fortis et d'ING Belgique sont quant à eux pris en compte dans le bilan de leurs maisons mères respectives.

Depuis maintenant trois ans, c'est l'Italien Mario Quagliariello qui orchestre ce périlleux exercice. "Le stress test est un outil à disposition du superviseur qui lui permet d'évaluer comment les banques réagiraient dans un scénario défavorable, qui serait un cas de figure extrême, mais plausible. C'est un scénario extrême, car il faut qu'il constitue un choc pour la banque et que nous puissions ainsi évaluer son degré de résilience, et plausible afin de pouvoir en faire un guide pour la prise de décision."

Logique bottom-up

Pour mener sa mission à bien, l'EBA dispose de huit équivalents temps plein. "Vous imaginez bien qu'il ne s'agit pas là d'un grand nombre étant donné la magnitude de l'exercice, mais notre équipe est très efficace et d'excellente qualité", tient à souligner le directeur. "Nous disposons cependant également du soutien des autorités compétentes. Nous avons quelques experts dans notre équipe, notamment en matière de statistiques afin de réunir les données et de benchmark pour comparer quelles banques se montrent trop optimistes par rapport à d'autres."

"Si la relance est ralentie par l'émergence d'une troisième vague, nous utiliserons ces stress tests comme une contribution pour prendre des décisions par rapport à d'autres mesures."
Mario Quagliariello
Directeur des analyses et statistiques économiques à l'EBA

L'EBA chapeaute les tests, mais leur exécution est un mécanisme "bottom-up": les banques reçoivent la méthodologie, un scénario et des modèles à appliquer. À elles ensuite de calculer l'impact d'un choc sur leur bilan. "Si une banque est trop optimiste pour une raison donnée, il y a un backstop méthodologique", avertit Mario Quagliariello. Détecter les anomalies est ainsi une des raisons pour lesquelles l'épreuve est comparative, les régulateurs nationaux étant ainsi en mesure de voir comment des institutions similaires se comportent dans différents pays.

Impact du Covid

L'édition 2021 de ces stress tests, dont les résultats sont attendus en juillet, se tient dans des conditions particulières, mais celles-ci n'affectent pas fondamentalement l'exercice. Les données qu'il fournira seront interprétées en fonction du contexte estival. "Si la crise touche à sa fin, nous étudierons les stratégies de sortie des mesures de soutien exceptionnelles des autorités. Si la relance est ralentie par l'émergence d'une éventuelle troisième vague, nous pourrons utiliser ces stress tests comme une contribution pour prendre des décisions par rapport à d'autres mesures", résume Mario Quagliariello. Le contexte de taux bas à long terme est également intégré aux scénarios.

Même si les moyennes nationales ne sont pas toujours pertinentes, les derniers résultats révèlent que le secteur bancaire belge, particulièrement frappé en 2007-2008, s'en sort plutôt bien. Les niveaux de capitaux et la qualité des actifs des établissements du royaume s'avèrent ainsi légèrement meilleurs que dans d'autres pays, mais leur rentabilité est plutôt basse, ce qui reste un problème européen.

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