Les banques renâclent à accompagner les entrepreneurs belges en Iran

Une mission économique belge s'était rendue en Iran en octobre 2016 pour discuter des opportunités économiques de la levée des sanction américaines. Depuis, les banques sont restées très frileuses. ©BELGA

Il y avait eu un frémissement de reprise en 2016, mais les craintes de sanctions US ont empêché les banques d’accorder les financements. Les Belges ont fait des projets iraniens, sans les concrétiser.

Les entreprises belges étaient nombreuses à vouloir renouer des relations commerciales avec l’Iran en 2015-2016, suite à l’adoption du Plan d’action conjoint et à l’allégement des sanctions contre Téhéran. 120 d’entre elles, dont 40 wallonnes, ont participé à la mission économique belge en Iran en novembre 2016. Elles n’étaient déjà plus que 60 lors de la mission suivante un an plus tard.

"Lors de la levée des sanctions, les Européens se sont rués vers l’Iran, Italiens, Allemands et Français en tête, souligne Nabil Jijakli, deputy CEO de l’assureur-crédit Credendo. Nombre d’entreprises belges qui avaient déjà eu des relations d’affaires avec ce pays avant les sanctions étaient prêtes à y retourner pour construire ou remettre en état des installations dans des secteurs aussi variés que les chaudières industrielles, la sidérurgie, la verrerie, les travaux de construction (et notamment les chantiers d’infrastructures), ou encore les machines-outils, où elles sont très fortes. On a annoncé beaucoup de projets, pour des montants considérables. Mais très vite, ces projets ont rencontré des difficultés de financement." Très peu de banques étaient disposées à fournir des crédits pour des contrats à honorer sur plusieurs années.

595 mios €
Les exportations belges vers l’Iran sont remontées de 240 millions d’euros en 2013 à 595 millions l’an dernier.

La frilosité des banques s’explique pour plusieurs raisons. "D’autres sanctions ont été maintenues malgré l’accord de 2015-16, poursuit Jijakli, notamment pour organisation ou soutien au terrorisme: les Gardiens de la révolution figurent toujours sur la liste noire, alors qu’ils contrôlent 20 à 30% de l’économie iranienne. Et certaines sanctions secondaires s’appliquent avec le principe d’extraterritorialité: de ce fait, une banque travaillant en dollar US et finançant une activité économique vers l’Iran risque toujours d’être, in fine, sanctionnée aux Etats-Unis. Voyez le cas de BNP Paribas." La banque française avait écopé d’une amende de 8,9 milliards de dollars en 2014 pour avoir utilisé le billet vert dans des transactions avec des pays ennemis des Etats-Unis, dont l’Iran. Les autres institutions financières redoutent, en toute logique, de se voir punies elles aussi en bout de chaîne, dès lors que dans le commerce vers l’Iran, quasi toutes les transactions se font en dollar.

D'un Eldorado à presque rien

Cette frilosité s’est accrue progressivement. Au début de l’année 2016, les banques ont adopté une position attentiste avant les élections présidentielles aux Etats-Unis. Les entrepreneurs ont commencé à prendre des contacts en Iran, mais sans les concrétiser. Puis quand Trump a été élu, cet attentisme s’est renforcé en dépit de la réélection, en Iran, du président Rohani. Ensuite, Trump a commencé à adopter certaines des mesures de son programme, et la sortie de son pays de l’accord nucléaire est venu en quelque sorte couronner ce mouvement. "D’un Eldorado potentiel, le marché iranien s’est réduit à presque rien pour les Occidentaux."

Credendo avait lui-même abaissé sa note "pays" de 7 à 5 sur l’Iran: d’inassurable, le risque était redevenu assurable, et l’assureur avait prévu de couvrir jusqu’à 750 millions d’euros sur cette destination. "On a eu des demandes d’entreprises excédant ce montant, dit Jijakli, mais très peu de ces intentions se sont réalisées. Et aucun des grands projets n’a vu le jour. Nous n’avons couvert que de petits contrats, financés à court terme: pour quelques dizaines de millions d’euros tout au plus." Aujourd’hui, Credendo maintient sa note à 5, mais "va réexaminer la situation".

À l’Agence wallonne à l’exportation (Awex), le directeur en charge de la région Dominique Delattre, ne dit pas autre chose: "Il y a toute une série de difficultés liées aux transactions bancaires par rapport à l’Iran. Il y a aussi des difficultés de type assurance-crédit. Et tout ceci risque d’être renforcé par la décision américaine. Le monde bancaire réagit très fort à ce type de décision politique. Il est donc fort probable que les banques aient une attitude encore plus prudente qu’auparavant dans leurs relations avec l’Iran. C’est une conséquence indirecte mais bien réelle de l’annonce américaine."

Un petit coup de sonde auprès de grandes entreprises belges confirme ce sentiment. Contactés, GSK (vaccins), Besix (construction) et CMI (équipement industriel) répondent tous n’avoir aucune activité vers ou en Iran. Et le mouvement d’augmentation des exportations belges vers ce pays, amorcé depuis l’accord intérimaire de 2013, risque bien de s’arrêter net. Elles avaient chuté de 565 millions d’euros en 2010 à 240 millions en 2013, avant de remonter à 481 millions en 2016 et 595 millions l’an dernier. Ce qui avait hissé l’Iran au 51e rang des pays clients de la Belgique…

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