Les banques veulent être considérées comme des partenaires dans la lutte contre le blanchiment

©ICIJ

Les représentants de Febelfin et des quatre grandes banques du pays ont exposé leurs procédés en matière de lutte contre le blanchiment d'argent à la suite des révélations des FinCEN Files.

Le secteur bancaire était représenté en force ce mardi lors de la commission des Finances de la Chambre. La fédération sectorielle Febelfin et des membres des directions des quatre grandes banques du pays ont répondu aux interrogations des députés au sujet des informations divulguées via les FinCEN Files.

11.237
cas suspects
Les banques ont signalé 11.237 transactions suspectes à la Cellule de traitement des informations financières (CTIF) en 2019.

En octobre dernier, trois journalistes belges à l'origine de ces révélations, Lars Bové (De Tijd), Xavier Counasse (Le Soir) et Kristof Clerix (Knack), sont déjà venus témoigner au Palais de la Nation. Les FinCEN Files, fruit du travail de quelque 400 journalistes d'investigation à travers le monde au sein du consortium ICIJ, représentent plus de 2.100 documents témoignant de flux d'argent suspects selon le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), l'organisme américain de lutte contre le blanchiment.

Parmi ceux-ci, plus de 300 dossiers concernaient de près ou de loin la Belgique. Les quatre principaux établissements bancaires du pays y étaient cités. ING Belgique aurait ainsi servi d'intermédiaire lors de transactions suspectes vers ou depuis des paradis fiscaux, tandis que Belfius aurait racheté de l'or "sale" en liquide à une sombre société anversoise.

Hans De Munck, le CEO par interim d'ING Belgique, a rappelé que sa banque a fait de gros efforts en la matière après les scandales qui ont touché le groupe néerlandais. "Les cas exposés dans la presse remontent à la période avant l'intensification de la politique anti-blanchiment au sein d'ING, donc avant 2017", a-t-il fait valoir. "Cela ne veut certainement pas dire que c'est une problématique du passé. C'est un processus constant d'amélioration, mais il n'y a pas de garantie à 100%; il y aura toujours des acteurs de mauvaise foi qui passeront à travers les mailles du filet."

©rv

Allié et non complice

De manière globale, le secteur bancaire est agacé de passer pour un complice de ces délits alors qu'il s'agit d'un problème international. Karel Baert, le CEO de Febelfin, a rappelé que l'année dernière, les banques ont signalé 11.237 transactions suspectes à la Cellule de traitement des informations financières (CTIF).

"Par ailleurs, le rapport annuel 2019 de la CTIF montre que les établissements de crédit en Belgique sont à la base de 73% des dossiers de blanchiment transmis aux autorités judiciaires", soit environ 845 millions d'euros, a ajouté le patron des banquiers belges.

Febelfin propose ainsi que "banques et autorités puissent échanger des informations concernant des transactions suspectes afin de réagir plus rapidement et ainsi éviter le blanchiment d'argent sale".

"Cela nécessite un cadre légal. C'est la raison pour laquelle nous avons besoin de l'aide du Parlement", a déclaré Karl Baert, prenant pour exemple les systèmes de coopération public-privé "efficaces" existant au Royaume-Uni ainsi qu'aux Pays-Bas.

Meilleure communication

"Au vu de notre responsabilité légale, nous sommes extrêmement demandeurs d'être considérés comme des partenaires et pas uniquement comme de simples pourvoyeurs de notifications."
Marc Raisière
CEO Belfius

Daniel Falque, le CEO de KBC Belgique, a quant à lui appelé de ses voeux une "coopération plus intense avec les autorités" et un "retour d'informations lorsque nous rapportons des dossiers à la CTIF". Il a rappelé que, dans ce combat, les banques ne sont pas concurrentes, mais poursuivent le même objectif que les autorités.

Belfius, via sa responsable du risque Marianne Collin, a également demandé davantage de collaboration pour faciliter l'identification des suspects, avec une liste de ces personnes à la Cour des comptes, par exemple, ainsi que l'accès à l'UBO (un registre des "bénéficiaires effectifs" d'une société ou d'une autre entité juridique), mais également via un retour de la part de la CTIF.

"Au vu de notre responsabilité légale, nous sommes extrêmement demandeurs d'être considérés comme des partenaires et pas uniquement comme de simples pourvoyeurs de notifications", a conclu le CEO de Belfius Marc Raisière.

Ce mardi après-midi, Jean Hilgers, directeur de la BNB, a exposé la politique de la banque centrale sur le sujet. Ultérieurement, ce sera au tour de représentants de la cellule anti-blanchiment et de l'Inspection spéciale des impôts ainsi que des magistrats de passer sous les fourches caudines des députés.

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