Les banques vont tenter le transfert d'employés vers d'autres secteurs

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Au lieu de licencier et de prépensionner, le secteur bancaire a convenu avec les syndicats de tenter autre chose: la mobilité vers d’autres secteurs. Premier essai avec les soins de santé.

C’est un test d’un genre nouveau, que le secteur bancaire veut tenter à grande échelle. Pour la première fois, les banques belges vont organiser le transfert de collaborateurs vers d’autres secteurs professionnels. Elles viennent en ce sens de signer avec les syndicats un protocole pour la "mobilité des talents dans le secteur bancaire", a appris L’Echo. Seule la CGSLB (syndicat libéral) n’a pas donné son accord.

Depuis des années, les banques réduisent leur staff et cette tendance va se prolonger pendant un bon moment encore. Alors que leur marge d’intérêt est sous pression pour cause de taux d’intérêt durablement bas, la digitalisation et l’automatisation transforment le métier de manière radicale. Les banques y voient deux bonnes raisons de réduire leurs effectifs en même temps que leurs coûts.

Jusqu’ici, pour diminuer son trop-plein de personnel, le secteur financier recourt massivement à un outil en particulier: les prépensions et autres plans de départ anticipé, quitte à payer les collaborateurs de 55 ans ou plus à rester chez eux.

→ Notre édito Il y a une vie après 55 ans

Il n’y a pas que les prépensions dans la vie

Les banques ont décidé de tenter une nouvelle piste: la mobilité non pas en interne (recaser ailleurs dans l’entreprise des employés dont la fonction disparaît) mais externe, vers d’autres secteurs en manque d’effectifs. "Les partenaires sociaux constatent que certaines fonctions sont amenées à disparaître totalement ou à se modifier radicalement de telle sorte que la mobilité interne n’est pas toujours porteuse d’avenir", lit-on dans le protocole. "D’autre part, certains secteurs peinent à trouver le personnel souhaité. Aussi, en plus de la mobilité interne, une mobilité externe doit être facilitée."

Coaching individuel, formations, stage temporaire, prêt d’employés plus âgés, transfert avec formule de départ anticipé,… Toute une batterie de mesures a été prévue.

Quatre formules, toutes sur base volontaire, ont été mises au point. Les banques peuvent y recourir séparément ou ensemble, à elles de choisir. Un, le coaching individuel (trois mois d’orientation puis trois mois de recherche d’emploi). Deux, le coaching individuel avec affectation temporaire après d’un autre employeur, histoire de tester le nouveau job. Pendant cette mission de 3 mois, la personne reste employée par la banque, l’objectif étant "d’aboutir à une réaffectation définitive".

Prêts de seniors

Trois, pour les salariés plus âgés (chaque banque déterminera elle-même le critère d’accès), on a prévu le recours à une formule dite "experience@work". Cette plateforme, créée en 2015 par AXA, KBC et Proximus, sur une idée du consultant HazelHeartwood, prête des travailleurs ‘seniors’ à d’autres organisations. "Les collaborateurs continuent de gagner le même salaire et l’organisation qui accueille rembourse une partie du salaire à l’entreprise qui prête", lit-on dans le protocole. "Cela permet à l’organisation d’accueil d’acquérir des personnes d’expérience d’une manière abordable et à l’organisation mère de récupérer une partie des coûts salariaux et de continuer à déployer du personnel de façon utile."

Quatre enfin, pour les collaborateurs plus âgés et les "employés à risque" (ceux dont la fonction est appelée à disparaître), une formule "bridge to work" est prévue. Il s’agit ici de passer sur le payroll du nouvel employeur, éventuellement en combinaison avec une formule de départ anticipé.

Accord avec les soins de santé

Voilà pour le cadre théorique. Pour concrétiser cette batterie de mesures, un premier accord a été signé avec le secteur des soins de santé (la commission paritaire 330). Moyennant formation, des employés de banque pourraient donc devenir aides-soignants ou infirmiers, selon le principe des vases communicants: le secteur financier a trop de salariés alors que celui de la santé manque de bras…

"Une fois que le contrat est signé avec le futur employeur et que la formation démarre, la rémunération est payée par ce nouvel employeur."
Febelfin

La formation d’aide-soignant dure un an environ mais celle d’infirmier 3 à 4 ans. Qui paie cette réorientation? "Une fois que le contrat est signé avec le futur employeur et que la formation démarre, la rémunération est payée par ce nouvel employeur", répond-on chez Febelfin, la fédération belge du secteur financier. "Une intervention est prévue de la part du fonds social ‘Soins de santé’, qui indemnise le nouvel employeur."

Longuement négocié, le cadre est à présent fixé. Reste à mettre la machine en action. Début mars prochain, le secteur bancaire va lancer une campagne d’information, avec l’intention de voir les premières formations démarrer en septembre 2019. Des contacts ont également été pris avec le secteur de la logistique, lui aussi en manque d’effectifs.

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