Les discussions sur la fusion Deutsche Bank-Commerzbank sont-elles lancées?

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Berlin se montre toujours très discret sur la question, affirmant ne pas vouloir encourager les spéculations d'une fusion entre Deutsche Bank et Commerzbank. Pourtant, l'Etat reconnaît avoir discuté du dossier à 23 reprises en 7 mois.

Se dirige-t-on vers un rapprochement entre Deutsche Bank et Commerzbank ou non? La rumeur circule depuis longtemps sur les marchés, mais semble aujourd'hui sortir tout doucement de l'ordre de la rumeur. Dans une réponse à une question parlementaire des Verts, l'État allemand, actionnaire à 15% de Commerzbank, reconnaît avoir mené pas moins de 23 réunions et entretiens téléphoniques avec Deutsche Bank sur la période de mai à décembre dernier. Le magazine Focus avait déjà indiqué à fin de l'année que le gouvernement passait en revue les différents scénarios dont celui du rapprochement des deux établissements via une entrée de l'État au capital de Deutsche Bank.

"Ouvert à toutes les options économiques pertinentes", le gouvernement a discuté d'"options stratégiques" pour la première banque allemande, indique la secrétaire d'Etat Bettina Hagedorn, dans un courrier.

Les cours des deux instituts, au plus bas ces derniers temps, ont soudainement bondi en Bourse mercredi, portés par ces nouvelles rumeurs de fusion, pendant que la presse scrute les avancées de ce serpent de mer. Ce vendredi, les deux cours restaient portés par ces spéculations. Deutsche Bank prenait à l'ouverture 1,93% à 7,93 euros, là où Commerzbank s'appréciait de 2,32% à 6,57 euros.

"On a besoin d'au moins une banque de dimension mondiale et où la politique prend part au jeu, pour ne pas être à la merci d'une banque étrangère fermant le robinet en cas de crise", indique le représentant d'un grand actionnaire de Deutsche Bank. Berlin veut lui surtout éviter "de voir ces banques très peu valorisées tomber dans l'escarcelle d'un établissement étranger".

Sur le papier, un fusion entre Deutsche Bank et Commerzbank donnerait naissance à un mastodonte pesant près de 2.000 milliards d'euros d'actifs, comparable à BNP Paribas. Dans un paysage bancaire allemand dominé par les Caisses d'épargne et les banques coopératives, l'Etat renforcerait ainsi son secteur de banque de détail.

"C'est comme attacher deux ivrognes en pensant que cela leur apportera plus de stabilité."
Professeur d'Economie

Les dirigeants des deux banques concernées réfutent l'idée d'un rapprochement, avec certes dans le chef de Commerzbank une petite touche de "et pourquoi pas". Le président du conseil, Martin Zielke s'est déjà positionné en faveur de l'idée.  

Un tel rapprochement "n'est ni nécessaire ni pertinent", même si "cela pourrait être différent dans un an ou deux ans", nuance le représentant d'un grand actionnaire de Deutsche Bank.

Le scénario ne séduit pas plus le superviseur allemand, la Bafin. Certes, il ne décèle aucun obstacle, mais se dit davantage favorable, calculette en main, à un statu quo ou la piste d'un chevalier blanc étranger. En ligne de mire, la faiblesse des fonds propres des deux banques qui empêcherait un mariage heureux.  

Les avis sont donc mitigés. Un professeur d'économie explique que si une telle fusion a du sens pour booster les activités allemandes de banque de détail, une question se pose: ces établissements sont-ils tous deux capables de combiner leurs activités? Il ironisait en disant ceci: "C'est comme attacher deux ivrognes en pensant que cela leur apportera plus de stabilité."

La Banque centrale européenne, par la voix de l'ancienne présidente du super superviseur européen, Danièle Nouy, privilégie aussi une consolidation transfrontalière pour "remettre le secteur bancaire (européen) en forme".

Une horde de chevaliers blancs

BNP Paribas, JPMorgan, Industrial and Commercial Bank of Chine, les noms d'acquéreurs étrangers potentiels se sont multipliés ces derniers mois avec certes un coup d'accélérateur quand au printemps dernier, le CEO John Cryan avait été débarqué au profit du patron de la banque de détail avec une priorité: redresser la barre de la banque. La banque de détail a été délaissée au profit d'une banque d'investissement à l'appétit démesuré et englué quand une kyrielle de litiges judiciaires. L'IPO de la filiale gestions d'actifs, DWS, n'a pas produit les effets positifs escomptés. Et puis il y a la culture d'entreprise... très décriée notamment par les régulateurs.

Quant à un rapprochement entre Deutsche Bank et Commerzbank, il ne se passerait pas sans casse. En vrac, citons:

→ la pénible réunion de systèmes informatiques;
→ la casse sociale inévitable en Allemagne et déjà redoutée par le syndicat Verdi;
→ les différences culturelles;
→ les politiques salariales différentes;
→ les tensions avec le marché pour refinancer ce colosse aux pieds d'argile.

Somme toute un projet herculéen demandant du doigté... et du temps, "qui va manquer à ces banques dans un secteur en profonde mutation", conclut Markus Rießelmann, analyste chez Independent Research. 

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