analyse

Les grandes banques ont fermé 1 agence sur 10 cette année

Chez BNP Paribas Fortis, les fermetures concernent 20% du réseau. ©REUTERS

Cette année, 419 agences ont déjà fermé leurs portes, soit 9% du total. Les coupes ont été plus importantes dans les réseaux des grandes banques. Et les fermetures annoncées la semaine dernière par ING Belgique et Belfius indiquent que le processus n'est pas terminé.

BNP Paribas Fortis fait la course en tête: 123 agences, soit une sur cinq, ont disparu cette année. Le leader du marché avait annoncé l'an dernier son intention de fermer 267 agences d'ici fin 2021. Ce programme a atteint sa vitesse de croisière cette année. ING Belgique avait déjà largement atteint l'année dernière son objectif de 2016, à savoir fermer la moitié de ses agences d'ici 2021. Mais cela n'a pas empêché la banque de fermer 65 autres agences (11%) ces derniers mois. KBC et Belfius ont respectivement diminué leur réseau de 8 et 6%.

Le fait que tout le monde a commencé à travailler à distance cette année signifie que les banques disposent encore d'une marge supplémentaire.
Bjorn Cumps
Spécialiste de la banque digitale à la Vlerick Business School

Cette année, suite à la crise du coronavirus, les clients ont massivement adopté la banque numérique et à distance. Cette crise n’explique cependant pas à elle seule pourquoi le nombre d'agences bancaires en Belgique a chuté de près de 9 %, pour arriver à 4.285. "Le coronavirus a mis le turbo sur le numérique, mais les grandes banques avaient de toute façon prévu de réduire leur réseau", explique le professeur Bjorn Cumps, spécialiste de la banque digitale à la Vlerick Business School. "Depuis quelque temps déjà, les clients utilisent davantage les services bancaires mobiles. Le fait que tout le monde a commencé à travailler à distance cette année signifie que les banques disposent encore d’une marge supplémentaire."

Les chiffres de la fédération sectorielle Febelfin montrent que le déclin a commencé beaucoup plus tôt. L'année dernière, le réseau belge avait déjà connu une baisse de 8%. Au cours de la période 2010-2019, quatre agences bancaires sur dix avaient déjà disparu. Bjorn Cumps souligne que le "phasing out" se déroule plus rapidement en Belgique que dans les autres pays européens. «Notre réseau était historiquement très dense, avec de nombreuses banques présentes dans presque chaque village. Parallèlement, plusieurs grandes banques belges déploient de gros efforts pour pousser leurs clients vers les services numériques avec des applications très performantes."

Economies

Les lourds investissements numériques des grandes banques génèrent désormais des économies, conclut le consultant Deloitte dans une récente étude européenne. Les banques qui disposent d'une bonne application et d'une plate-forme internet performante sont mieux à même de convaincre leurs clients de franchir le pas vers les services numériques. Elles peuvent ainsi fermer des agences plus rapidement et économiser sur l'immobilier et le personnel travaillant en agence.

4.285
Agences bancaires
La Belgique compte actuellement 4.285 agences bancaires, soit 10% de moins qu’il y a un an.

Les chiffres de cette année ne disent pas autre chose. Les quatre grandes banques ont réduit leur réseau de 11 % cette année, une diminution plus importante que la baisse de 7% observée dans les petites banques de détail. Dans ce dernier groupe, les baisses les plus remarquables ont été observées chez AXA Banque (-16%) et VDK (-10%).

La diminution de 73 agences chez AXA Banque est-elle un tremplin vers le projet de fusion avec Crelan, qui possède un réseau très similaire, avec de nombreux agents parfois voisins? Non, la réduction du réseau se poursuit depuis un certain temps déjà, peut-on entendre au siège d'Anvers. "Le CEO Peter Devlies mise depuis plusieurs années sur des agences moins nombreuses mais plus grandes, pouvant accueillir des experts en crédits et en investissements. Cette réduction se fait en rapprochant les indépendants au sein des différentes régions", explique un porte-parole.

2021

Dans le secteur, on craint que la suppression d’agences se poursuive l'année prochaine. En période de coronavirus, il n'était pas facile de faire de grandes annonces, et ces derniers mois, les élections sociales ont également constitué un frein. Comme prévu, les premiers plans de fermetures pour 2021 ont été présentés ces derniers jours. ING Belgique fermera 62 de ses agences l'année prochaine. En outre, des pourparlers sont en cours avec des directeurs d’agences indépendants pour fusionner certaines agences.

Belfius a, elle, annoncé la suppression de 14 agences, soit 10% de son réseau de 133 agences propres. Aucun chiffre n’a été communiqué sur les 462 agences indépendantes. On peut s’attendre là aussi à certaines rationalisations, car avec ses 595 agences, la banque d'État possède le réseau le plus étendu.

KBC, de son côté, suit la fréquentation des agences de près, expliquant que celles qui ne reçoivent plus aucun client seront fermées. Plus tôt cette année, KBC avait annoncé la fermeture de 54 agences en 2020 et 2021. Comme d'habitude, la banque flamande en convertit un certain nombre en agences automatisées.

"Dans des banques comme Belfius et ING, de nombreuses agences prennent le statut d’agences indépendantes", explique Albert Verlinden de la fédération des agents bancaires BZB-Fedafin. Il indique que les agents sont poussés à s’agrandir pour répondre à des exigences plus en plus sévères concernant leur portefeuille de clients ou le volume des commissions.

Flagship stores

Bjorn Cumps estime que notre pays dispose encore d’une marge importante pour une nouvelle diminution du nombre d’agences. Deviendront-elles à l’avenir totalement superflues? "Aucune banque n’a l’intention de supprimer totalement son réseau, mais on constate cependant un revirement. Beaucoup de clients utilisent des applications mobiles pour leurs opérations bancaires quotidiennes, mais pour des conseils complexes sur des investissements ou des crédits, ils sont prêts se déplacer plus loin en agence, vu que ce type de déplacement reste exceptionnel." Il constate une nouvelle tendance à des réseaux composés de quelques grandes agences offrant un service complet, et de plus petites agences locales n'offrant que des conseils et des agences automatiques.

Albert Verlinden voit les choses autrement. "La proximité et le contact physique restent essentiels. Il est presque impossible d'attirer de nouveaux clients par le biais d'un simple appel vidéo. Pendant le confinement, plusieurs banques ont montré que le dynamisme commercial des agences indépendantes restées ouvertes était beaucoup plus élevé que celui des agences statutaires qui ne servaient les clients qu'à distance."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés