"Les marges chez KBC? Cela va encore mais on est très proche de la limite"

©Thierry du Bois

Le bancassureur publie des résultats semestriels solides et notamment une rentabilité de 16%. C’est moins qu’avant, mais c’est bien supérieur à la moyenne. Le CEO Johan Thijs n’en reste pas moins prudent. Il y a de quoi, entre les marges d’intérêt "très proches de la limite" en Belgique et "les risques de déglobalisation" de l’économie qui pèseraient notamment en Europe de l’Est.

C’est un Johan Thijs prudent qu’on a rencontré ce jeudi, au moment de présenter les résultats sur six mois de KBC. Les chiffres du bancassureur flamand sont pourtant impressionnants: on connaît plus d’un banquier qui rêverait d’afficher une rentabilité de 16% (retour sur fonds propres). À titre de comparaison, ING Belgique a publié un return de 9%.

Bien sûr, le CEO de KBC s’est montré satisfait de cette rentabilité toujours élevée mais sans y insister lourdement. Il est vrai que le groupe a fait encore mieux précédemment: 17% en 2017 (et même 20% à mi-année), 18% en 2016 et jusqu’à 22% en 2015. Le groupe a donc déjà connu mieux.

Mais surtout, il y a quelques points d’interrogation pour l’avenir. À commencer par la Belgique.

Sur le premier marché de KBC, le sujet du moment, c’est la pression sur les marges. La faiblesse persistante des taux d’intérêt et la compétition sur le marché poussent la marge d’intérêt (première source de revenus d’une banque) à la baisse. Au 2e trimestre par exemple, la marge moyenne sur les nouveaux crédits hypothécaires (le produit numéro un) était chez KBC de 0,8%, contre plus de 1,17% un an plus tôt.

Il y a quelques jours, Erik Van Den Eynden, CEO d’ING Belgique, lançait que de telles marges n’étaient "pas durables" car "trop basses". Johan Thijs partage-t-il cet avis?

"De quoi faire face"

Les chiffres clés

1,2 milliard €

Résultat net

KBC a dégagé au 1er semestre un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros, en baisse de 16% par rapport à la même période de 2017.

16%

Rentabilité

Au 30 juin, le retour sur fonds propres de KBC pointe au niveau toujours élevé de 16%.

+2%

Revenus d’intérêts

Les revenus nets d’intérêt au 2e trimestre progressent de 2% sur un an, quand les commissions se tassent de 4%. Les frais généraux sont quant à eux en hausse de 6% au total, de 2,9% au niveau opérationnel.

-1,9 milliard €

Crédits à problème

KBC Ireland a convenu de vendre à Goldman Sachs un portefeuille de crédits non performants pesant 1,9 milliard d’euros.

"Il faut tenir compte de la situation de chaque entreprise. Chaque banque doit faire ses propres calculs. Aujourd’hui, pour KBC, ça va encore, mais il est clair que la marge a fortement diminué. Il faut notamment tenir compte de votre coût opérationnel: nous sommes à 56%, je ne crois pas que tout le monde soit à ce niveau. Avec une rentabilité de 16%, KBC a de quoi faire face si un problème devait se produire demain."

Même pour le crédit hypothécaire, qui est le produit sur lequel les banques se battent (car il fixe le client chez vous pour 20 ans et permet de lui vendre d’autres produits). "C’est le produit clé mais il doit être rentable en lui-même. Chez KBC, cela ne pose pas de problème mais on est très proche de la limite. C’est pourquoi d’ailleurs on produit moins de crédits hypothécaires actuellement, quitte à perdre un peu de notre part de marché."

Les risques d’une déglobalisation

Ce n’est pas le seul point d’attention pour KBC, qui est aussi très présent en Europe de l’Est (Bulgarie, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie). La croissance y est au moins deux fois plus élevée qu’en Belgique et, même si Johan Thijs estime que "le pic de croissance en Belgique est probablement derrière nous", les projections parlent d’elles-mêmes: 1,6% attendue cette année en Belgique, 3,2% en Tchéquie par exemple.

Johan Thijs pointe "le risque d’une déglobalisation de l’économie, avec le Brexit, la Turquie, les Etats-Unis, la Russie… Cela entraînerait une escalade dans les conflits commerciaux, en plus de prolonger la nervosité des marchés financiers qui a nettement augmenté avec l’arrivée au pouvoir de Monsieur Trump et de ses tweets…".

Or, une guerre commerciale n’épargnerait pas l’Europe de l’Est. "Si, par exemple, le président Trump introduit des taxes à l’importation sur les voitures européennes, cela impacterait immédiatement et significativement l’économie slovaque où se trouvent beaucoup d’usines de constructeurs allemands. Il faut tenir compte de ces possibilités et nous le faisons."

"Une agence que le client ne visite plus, on ne va pas la maintenir."
Johan Thijs
CEO de KBC


Toujours plus digital

Pour le reste, et outre les chiffres semestriels (voir ci-contre), Johan Thijs a de nouveau pointé l’essor des canaux digitaux constaté dans ses unités. Lors du dernier trimestre par exemple, un tiers des crédits à la consommation s’est vendu en ligne. Idem pour les épargnes-pension. "Il y a un an et demi, c’était zéro."

Forcément, un tel changement ne restera pas sans effet sur le réseau d’agences. Mais KBC ne chiffre pas. "Que le réseau va encore diminuer, c’est inévitable, comme d’ailleurs le back-office va évoluer aussi avec l’automatisation. Dans quelle mesure et à quel rythme, je ne sais pas. Cela dépend du client. Une agence que le client ne visite plus, on ne va pas la maintenir. Mais on gardera un réseau physique, cela reste important."

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