Les moratoires dangereux pour les banques?

©REUTERS

Un cinquième des prêts qui ont bénéficié d'un report de remboursement pendant la crise comporte un risque accru de défaut ultérieur, selon une étude du professeur d'économie Eric Dor.

Alors que le gouvernement et les banques ont fait fort cas des mesures prises en faveur des ménages et des entreprises en difficulté en cette période de confinement, une étude réalisée par Eric Dor, le directeur de recherche de l'Institut d'économie scientifique et de gestion de Lille (IESEG) vient remettre en perspective la voilure de ces dispositions.

Il y a d'abord les reports de paiement accordés par les banques sur certains prêts. Ce sont les fameux moratoires qui visent essentiellement les familles et les PME les plus affectées par la crise.

21,2%
Pas moins de 21,2% des prêts sous moratoires sont classés dans la catégorie 2 des normes IFRS9, ce qui signifie que les débiteurs sont en ordre de paiement, mais que le risque de défaut ultérieur a augmenté.

Pour les banques belges, ces prêts aménagés représentaient 9,1% de l'encours total en juin 2020, soit un montant de 26,4 milliards d'euros. Ceci ne prend pas en compte les moratoires accordés par ING Belgique et BNP Paribas Fortis, précise Eric Dor. Ces sommes sont respectivement affectées aux agrégats des banques néerlandaises et françaises. "Le poids de ces deux banques est dès lors impossible à calculer, mais il est significatif", précise Eric Dor.

En tenant compte de cette remarque importante, on constate que la part des crédits reportés en Belgique est inférieure à celles enregistrées en Espagne (9,7%), en France (12,1%), ou encore en Italie (13,1%). Le pays champion dans cette catégorie est cependant Chypre, où près de la moitié de ces remboursements de crédit ont été reportés (48,1%).

A noter que l'Allemagne ferme la marche, avec seulement 2,7% de crédits sous régime adapté.

Risque de défaut ultérieur accru

La qualité des crédits sous moratoire en Belgique ne semble pas poser problème: seulement 1,5% d'entre eux sont classés dans la catégorie des prêts non performants, pour un montant de 0,32 milliards d'euros.

"Le régime belge de garantie publique est beaucoup moins généreux et attractif pour les banques que celui d’autres pays comme la France par exemple."
Eric Dor
Directeur de recherche de l'Institut d'économie scientifique et de gestion de Lille (IESEG)

Cela étant, le risque de défaut existe. Pas moins de 21,2% des prêts sous moratoires sont classés dans la catégorie 2 des normes IFRS9, ce qui signifie que les débiteurs sont en ordre de paiement, mais que le risque de défaut ultérieur a augmenté.

"Cela montre qu’il y a un bon cinquième des prêts soumis à moratoire pour lesquels les banques pensent que le risque d’insolvabilité de leurs débiteurs a fortement augmenté à cause des conséquences de la crise", commente Eric Dor.

L'analyse s'intéresse également aux prêts sous garantie publique. Ceux-ci représentent la portion famélique de 0,1% de l'encours total. "C'est très peu", estime Eric Dor. "Il est vrai que le régime belge de garantie publique est beaucoup moins généreux et attractif pour les banques que celui d’autres pays comme la France par exemple." Dans l'Hexagone, ce sont quelque 1,8% des prêts qui bénéficient de cette garantie.

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