analyse

Les néobanques à la conquête de la Belgique

Les banques mobiles tentent de se faire une place sur le marché belge. ©BELGA

Alors que tous les secteurs de l'économie sont envahis par les "pure players", les banques belges "traditionnelles" résistent tant bien que mal aux néobanques. Leur croissance fulgurante à l'étranger semble néanmoins leur promettre de prendre pied en Belgique également.

Cette semaine, la Belgique voit la naissance d’un "nouveau" projet bancaire. Aion lance ses services ce mardi en misant sur la technologie développée par la fintech polonaise Vodeno. Son originalité: fonctionner sur une formule par abonnement qui couvre tous les services proposés.

Une manière de se démarquer sur un marché qui a la réputation d'être plutôt difficile d’accès. Alors qu'un tiers des prêts personnels est déjà assuré par des fintechs outre-Atlantique, les banques mobiles semblent avoir plus de difficultés à se frayer un chemin dans notre contrée.

10 millions
de clients
Revolut compte quelque dix millions de clients dans le monde, dont 100.000 en Belgique.

Les deux néobanques les plus connues sur le Vieux continent n'y brillent ainsi pas par leur visibilité. La Britannique Revolut, qui revendique plus de dix millions de clients dans le monde, a récemment franchi la barre des 100.000 clients en Belgique, tandis que l'Allemande N26, forte de cinq millions d'utilisateurs au niveau global, est proche d'y atteindre ce cap. Ensemble, les deux fintechs ne représentent qu'un peu plus de 1% des comptes à vue en Belgique.

Conservatisme

Le secteur bancaire belge se caractériserait par la mainmise de quatre institutions (Belfius, BNP Paribas Fortis, ING et KBC) qui concentrent l’essentiel des clients, des dépôts et des crédits. Il est d’autant plus compliqué de s’y faire une place que le Belge est plutôt conservateur dans son rapport avec sa banque: selon l’observatoire digital de CBC, en 2018, 80% des Belges étaient fidèles à leur banque depuis plus de dix ans.

Si les néobanques ne réalisent pas de grosses performances à l'intérieur de nos frontières, cela pourrait aussi s'expliquer par les efforts réalisés par les acteurs dominants du secteur en termes de numérisation et de banques mobiles. Une étude du bureau de conseil en management et en nouvelles technologies Sia Partners parue en début d'année classe les applications de Belfius et de KBC dans le top 10 européen des meilleures offres bancaires sans fil, un haut de classement où elles sont surtout entourées par des néobanques.

"Les fintechs ne priorisent pas le Belgique et préfèrent se concentrer sur de plus gros pays."
Peter Adams
Managing director du Boston Consulting Group

D'autres éléments rendent le paysage bancaire belge singulier. Les virements bancaires y sont standardisés depuis longtemps et le système Bancontact, devenu récemment Payconiq, jouit d'une importante prédominance dans les services de paiement. "La Belgique ne fait pas forcément office de terreau aussi fertile pour les fintechs que le Royaume-Uni ou l'Allemagne", commente Thibault de Barsy, general manager de l’Emerging Payments Association EU. "De plus, quand vous investissez un nouveau marché, vous devez adapter votre produit en fonction du public, mais aussi vous aligner sur la réglementation nationale."

Enfin, si les grandes banques belges n'ont pas encore été frontalement attaquées par les acteurs entrants, c'est aussi une question de taille. "Le marché est assez petit, ce qui a permis aux banques belges d'acheter du temps. Les fintechs ne priorisent pas le Belgique et préfèrent se concentrer sur de plus gros pays", explique Peter Adams, managing director du Boston Consulting Group à Bruxelles. 

Rentabilité

"La Belgique constitue un excellent marché pour tester un nouveau produit, étant donné qu’avec Bruxelles, la Flandre et la Wallonie, vous disposez en réalité de trois marchés différents avec des caractéristiques propres."
Xavier Corman
Administrateur de Fintech Belgium

La rentabilité devient aujourd'hui une question de survie pour les néobanques. En 2018, Revolut, valorisée à 5,5 milliards de dollars, a enregistré une perte de plus de 35 millions d'euros. Les néobanques proposent essentiellement des services gratuits et leur revenu moyen par client se situe bien en dessous de celui que peuvent afficher les gros poissons du secteur. Pour y remédier, elles visent en priorité de gros marchés où elles peuvent faire jouer l'effet de volume.

Pour sa part, Aion a opté pour le plat pays pour lancer ses services bancaires par abonnement. "Ce n'est pas un hasard", souligne Xavier Corman, administrateur de Fintech Belgium. "La Belgique constitue un excellent marché pour tester un nouveau produit, étant donné qu’avec Bruxelles, la Flandre et la Wallonie, vous disposez en réalité de trois marchés différents avec des caractéristiques propres." 

En plus de résoudre une partie du problème de la rentabilité, la formule par abonnement devrait inciter les clients à être plus actifs et à s'engager davantage auprès de la marque. "C'est assez malin", estime Thibault de Barsy. Reste à voir combien de clients pourront être séduits par une offre de ce type.

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