Les petites banques privées aiguisent les appétits

©Dieter Telemans

Avec des revenus de plus en plus sous pression, une nouvelle vague de fusions et acquisitions dans la banque privée belge et les gestionnaires d'actifs semble poindre à l'horizon. "Tout le monde parle avec tout le monde", disait la semaine dernière le patron de Nagelmackers.

Les jurons n'ont guère leur place dans les ambiances feutrées des salons privés des banques privées et autres gestionnaires d'actifs belges. Mais ils ont dû voler la semaine dernière lorsque le gouverneur de la Banque Centrale Européenne Mario Draghi a annoncé son intention de garder au moins jusqu'en 2020 les taux d'intérêt à un niveau inférieur à celui attendu par de nombreux observateurs. 

Cette décision se traduit par une fameuse ligne rouge vif dans les comptes des banquiers, qui espéraient bel et bien un peu d'oxygène avec un nouveau départ des taux vers le haut.

Et pour cause. Les rapports annuels des gestionnaires belges indépendants d'actifs ont été publiés la semaine dernière. Ils sont sans appel; de l'oxygène, ils en ont besoin. Si les grandes banques semblent avoir réussi à maintenir le cap, on ne peut pas en dire autant d’acteurs de taille moyenne et de plus petite taille qui, pour 2018, font état de tout sauf de chiffres prometteurs.

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Les temps sont durs

Degroof Petercam, la plus grande banque privée après les quatre banques universelles, affiche des résultats annuels amputés d'un tiers à 57 millions d'euros. La banque Nagelmackers, plus ancienne enseigne du Royaume, a vu ses résultats plonger dans le rouge d'environ 30 millions d'euros. La maison de Bourse bruxelloise Leleux rapporte un résultat net en retrait de 41% à 1,4 million d'euros.

Il m'arrive parfois de ne pas savoir quelle casquette porter. Dois-je porter la casquette d'expert anti-blanchiment quand je rencontre un client? Celle du fiscaliste? Celle du banquier traditionnel?
Herman Hendricks
Président du comité de direction de la banque privée anversoise Dierickx

Depuis des années, les banquiers se plaignent de l'impact négatif sur leurs résultats de la faiblesse des taux et de la versatilité des investisseurs. Pendant ce temps, elles sont contraintes à d'importants investissements dans la digitalisation du métier et la mise en conformité réglementaire, entend-on.

Depuis la crise financière, les règles du jeu ont en effet été nettement complexifiées: les buffers (coussins de fonds propres nécessaires pour faire face aux chocs éventuels) indispensables ne cessent de croître, les règles MIFID (de protection de l'investisseur) sont de plus en plus exigeantes. Ajoutez à cela une réglementation pour lutter contre le blanchiment d'argent, pour une meilleure appréhension du risque (dont la cybercriminalité) et une gestion des données de la vie privée.

Pour de nombreux petits acteurs, la pilule est difficile avaler. "Il m'arrive parfois de ne pas savoir quelle casquette porter", reconnaît Herman Hendricks, président du comité de direction de la banque privée anversoise Dierickx. "Dois-je porter la casquette d'expert anti-blanchiment quand je rencontre un client? Celle du fiscaliste? Celle du banquier traditionnel?"

"Tout le monde parle avec tout le monde"

Face à ces revenus sous pression et à cette explosion des coûts, les banquiers privés se sont mis en quête; en quête d'économies d'échelle. L'an dernier ABN Amro a ainsi repris les activités belges de la banque privée de Société Générale. Et les rumeurs de fusion grouillent sur le marché.

On dit que Degroof Petercam  aurait affiché le panneau "à vendre" en façade. Pas mal de spéculations circulent aussi sur Nagelmackers dont le patron, Tim Rooney, reconnaissait la semaine dernière l'intérêt du marché pour son portefeuille "clients". "Tout le monde parle avec tout le monde", avait-il lancé. La banque, qui est actuellement dans les mains du Chinois Anbang, est sujette à une vaste cure d'amaigrissement à l'international. Anbang s'est ainsi déjà délesté en Belgique de l'assureur Fidea (vendu à la Baloise).

©©pascal frautschi_Tamedia

On reconnait dans la profession un intérêt croissant des grandes enseignes pour des acteurs familiaux de niche. Mais il le reconnaît, les petits acteurs qui n'arrivent pas à tirer leur épingle du jeu sont mis en vente. Il ajoute que la réglementation fait par ailleurs peu de différences entre petites et grandes banques, de quoi permettre à des enseignes allemandes, françaises ou britanniques d'envisager notre pays comme une diversification.   

On a ainsi vu le Britannique Duet, propriétaire de Merit Capital zieuter le marché en quête de proie. Le Luxembourgeois KBL (propriétaire du Belge Puilaetco Dewaay), le Français Indosuez Wealth Management (Crédit Agricole) et Banque Transatlantique (Crédit Mutuel) ont déjà fait état de leur faim de croissance. 

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