Les "petites" banques remettent la taxe bancaire en question

© Sofie Van Hoof

Les établissements bancaires vont être très sollicités au cours des prochains mois lors du redémarrage de l'économie. Les institutions de moindre envergure souhaitent remettre sur le tapis une taxe instaurée après le sauvetage des grosses enseignes lors de la crise de 2008.

Après le cataclysme financier de l'automne 2008 et l'intervention massive de l'État à coups de milliards d'euros pour sauver Fortis, Dexia et KBC, les autorités belges ont décidé l'introduction d'une taxe bancaire. Celle-ci est censée constituer une compensation à l'aide publique apportée à l'époque. Cette contribution payée par les établissements financiers belges rapporte plusieurs centaines de millions d'euros supplémentaires, en plus de l'impôt des sociétés, à l'État.

"Aujourd'hui, l'État perçoit plus sur un carnet de dépôt que le déposant lui-même."
Alain Declercq
CEO de la Banque CPH

Les "petites" banques ont toujours contesté cette taxe, qui s'élève actuellement à un peu plus de 0,13% des dépôts. À la différence des quatre mastodontes du secteur en Belgique, qui représentent quelque 80% du marché, elles n'ont pas eu recours à de l'argent public pendant la crise. C'est une des raisons qui avait poussé ces enseignes à attaquer le dispositif en justice.

"Nous n'avons jamais rien demandé à l'État, mais nous continuons de payer les séquelles de la crise bancaire", résume Alain Declercq, CEO de la Banque CPH. "Aujourd'hui, l'État perçoit davantage sur un carnet de dépôt que le déposant lui-même."

Revenus d'intérêt sous pression

Avec la crise économique déclenchée par l'épidémie de maladies à coronavirus, qui ne fait que commencer, les institutions de moindre envergure remettent d'autant plus en question cette taxe. 

"Les petites banques sont moins diversifiées et remplissent davantage des missions traditionnelles", explique Dirk Wouters, CEO de la Banque Van Breda. Plus ancrées dans l'économie locale, elles assurent essentiellement la transformation des dépôts à court terme en prêts à long terme et sont dès lors plus impactées par la faiblesse actuelle des taux.

0,13%
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La taxe bancaire représente actuellement 0,13% des dépôts. Elle est donc supérieure au taux d'intérêt minimum légal garanti sur l'épargne (0,11%).

Cet impôt paraît dès lors d'autant plus infondé pour ces enseignes. "Pourquoi taxe-t-on une activité strictement nécessaire?", s'interroge Dirk Wouters.

Alors que les banques sont aujourd'hui appelées à donner de l'air à tous les particuliers, indépendants et entreprises en difficulté en raison de la pandémie, notamment via des reports de remboursement de crédit, ces acteurs entendent rouvrir le débat.

"Il est normal que l'on demande actuellement des efforts aux banques", estime Isabelle Heyndrickx, secrétaire générale de la Banque VDK. "Mais certaines d'entre elles auront aussi des difficultés si la crise se prolonge de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, c'est pourquoi nous voudrions discuter de cette taxe."

Poids des "quatre grands"

La survie même de ces institutions n'est pas en jeu, toutes disposent de solides ratios de solvabilité. "Nous savons que si nous déposons un genou à terre, nous disparaissons", commente Alain Declercq.

"Le défi est de conserver une activité bancaire saine, durable et rentable", souligne Dirk Wouters. "Les personnes les plus vulnérables ne se verront pas imputer d'intérêts supplémentaires pour le report de leur crédit hypothécaire pendant six mois, mais rien n'est gratuit. Ce sont alors les revenus d'intérêt qui sont impactés et donc la rentabilité."

La Banque CPH a notamment interpellé le ministre wallon de l'Économie Jean-Luc Crucke et le ministre fédéral des Finances Alexander De Croo à ce sujet, mais ces appels sont pour l'instant restés lettre morte

Au début du mois, le ministre des Finances annonçait son plan "bazooka" et l'accord relatif aux reports de remboursement de crédit, négocié avec le secteur bancaire sous l'égide de Febelfin. "Nous n'avons même pas été consultés", déplore Alain Declercq. Les autres institutions ont selon lui à peine le droit de cité dans la fédération sectorielle en raison du poids du Big Four en son sein.

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