Les taux d'intérêts au plancher ont coûté 100 millions d'euros à KBC

"Les taux bas pèsent aussi sur les activités d'assurance du groupe", souligne Johan Thijs.

Le bancassureur a réalisé de belles performances en 2019, mais les taux d'intérêts bas pèsent sur ses résultats. Quelque 400 millions d'euros de bénéfices serviront à un rachat d'actions propres.

KBC se porte bien. Au cours du quatrième trimestre 2019, le bancassureur a dégagé un bénéfice net de 702 millions d'euros, au-dessus des attentes des analystes qui tablaient en moyenne sur un montant de 664 millions d'euros. Il s'agit du meilleur trimestre de l'exercice, qui se clôture sur un résultat net de 2,489 milliards d'euros. Même dans le secteur financier, ces chiffres doivent faire pâlir d'envie nombre de banquiers.

Johan Thijs, le CEO du groupe, se dit évidemment satisfait de ces performances. Il grimace pourtant au vu de la colonne des revenus nets d'intérêts de son bilan. Si ceux-ci ont progressé de 1%, tant sur une base trimestrielle qu'en rythme annuel, c'est grâce aux bons résultats réalisés en Europe de l'Est.

En Belgique, la faiblesse des taux a coûté quelque 100 millions d'euros à KBC, a-t-il expliqué. "Notre bénéfice net a baissé de plus de 7% en Belgique, notamment en raison des taux d'intérêt bas. En tant que banque, nous prêtons les dépôts sur les livrets d'épargne et d'autres produits d'intérêts comme crédits ou les réinvestissons dans des titres à long terme. Rien que sur ces produits, nous avons perdu 60 millions d'euros de revenus l'an passé. Ces taux ont aussi des conséquences sur nos activités d'assurance. Au total, l'impact négatif s'élève à 100 millions d'euros en Belgique."

La République tchèque, hors zone euro, constitue le second marché de KBC. L'an dernier, ce marché a généré un résultat net de 205 millions d'euros via la filiale CMSS. Contrairement à la BCE qui applique des taux directeurs négatifs, la Banque nationale tchèque a relevé ses taux à plusieurs reprises au cours des derniers mois. "Avec les taux tchèques appliqués en Belgique, nous aurions gagné 91 millions!"

Rachat d'actions

5,5
millions d'actions
KBC a annoncé vouloir procéder au rachat de 5,5 millions de ses propres actions, soit une valeur d'environ 400 millions d'euros au cours actuel.

KBC versera un dividende brut total de 3,5 euros par action pour l'année 2019, identique à celui distribué pour 2018. "Après le versement du dividende intérimaire de 1 euro par action en novembre 2019, le dividende brut final à payer en mai s'élèvera à 2,5 euros par action", précise Rik Scheerling, CFO de KBC. Une décision qui a surpris les analystes. Ceux-ci misaient en moyenne sur un dividende de 3,85 euros par action.

Le bancassureur annonce, par ailleurs, qu'il va procéder au rachat de maximum 5,5 millions de ses propres actions, sous réserve de l'approbation préalable de la BCE. Au cours actuel (72 euros), cela représente une opération de quelque 400 millions d'euros. Si cette opération est avalisée, le ratio de solvabilité de KBC s'établira à environ 15,7%. "Le rachat d'actions comporte plusieurs avantages", explique Johan Thijs. "L'un d'entre eux est l'exonération sur les plus-values pour l'investisseur."

Alors qu'elle est une des banques les mieux capitalisées du continent, KBC pourrait se permettre de procéder à des acquisitions. "Nous regardons le marché", commente Johan Thijs, qui précise que si KBC devait jeter son dévolu sur une entreprise, ce sera une institution financière. "Nous ne nous lancerons pas dans des activités exotiques." En Belgique aussi, le bancassureur restera attentif. "Cela reste un de nos marchés clés."

Numérisation du public

"Un octogénaire sur quatre est actif en ligne parmi nos clients."
Johan Thijs
CEO KBC

Au printemps dernier, KBC annonçait la transformation de 65 agences en sites totalement automatisés et la disparition de 51 succursales supplémentaires. Si aucune annonce dans ce sens n'a été faite jeudi, le processus semble irrémédiable, les autres acteurs du secteur exerçant le même mouvement. "Nous devons anticiper les évolutions", rétorque Johan Thijs. "On ne peut pas satisfaire tout le monde, mais il y aura toujours des agences", garantit-il.

Ces suppressions exercées sur l'autel du numérique pose la question des laissés pour compte, plus particulièrement des aînés, moins rompus aux nouvelles technologies. Une affirmation battue en brèche par Johan Thijs. "Actuellement, 55% des plus de 65 ans utilisent un canal digital avec nous", fait-il valoir. "Je vais même vous étonner: un octogénaire sur quatre est actif en ligne parmi nos clients. C'est dans cette catégorie que nous enregistrons la plus importante progression, avec +28% d'utilisateurs numériques.

Le patron de KBC est convaincu que l'avenir de la banque se trouve au creux de la main. Même pour les publics plus matures, c'est un progrès, estime-t-il. Avec la reconnaissance vocale et l'intelligence artificielle, il sera bientôt plus facile pour l'or gris de réaliser une opération via un smartphone qu'en se rendant en agence. "C'est seulement une question de temps", conclut-il.

En Wallonie, CBC réalise une année "historique"

Enseigne wallonne du groupe KBC, CBC Banque & Assurance tire également son épingle du jeu sur l’exercice 2019. La banque, basée à Namur depuis 2018, a enregistré une croissance de ses revenus de 2% l’année passée. Son portefeuille clients a gonflé de 4%, dont un cinquième provient de son Agence virtuelle. En ligne avec son plan d’expansion lancé en 2014, le bancassureur namurois a franchi le cap des 335.000 clients en décembre dernier. Il ambitionne d’en attirer 100.000 de plus dans les prochaines années.

Son bénéfice net, en prenant en compte la contribution commerciale dans les résultats du groupe KBC, s’est élevé à 109 millions d’euros. La production de crédits aux particuliers a bondi de 33%, tandis que celle à destination des entreprises a crû de 21%. L’augmentation est encore plus impressionante dans le secteur public et non marchand (+63%), ce qui amène CBC à qualifier l’année « d’historique ».

 

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