Les taux hypothécaires vont augmenter en 2018

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Les crédits hypothécaires sont sous tension. La BNB souhaite que les banques augmentent leurs fonds propres. Les principales banques s’attendent à une hausse des taux d’intérêt pour les crédits hypothécaires.

Les acteurs du marché immobilier sont en pleine ébullition. Les crédits hypothécaires font l’objet de toutes les attentions. Et d’abord celle de la Banque nationale (BNB), dont la recommandation concernant les crédits hypothécaires se précise de jour en jour.

La nouvelle règle proposée par la BNB est de contraindre les banques d’augmenter leurs réserves de capitaux en fonction du risque de l’ensemble de leur portefeuille de crédits hypothécaires. "La mesure veut rendre les banques plus résistantes à d’éventuels problèmes en matière de crédits hypothécaires et à d’éventuels chocs sur le marché immobilier, protégeant à la fois les consommateurs et l’économie belge", tient à préciser la Banque nationale dans un communiqué.

Ensuite, celle du gouvernement qui devra endosser ou non cette recommandation de la Banque centrale belge. Sujet hyper touchy, on l’a vu ces derniers mois. Enfin, il n’est pas exclu que l’Europe s’en mêle si la Belgique ne parvient pas à se décider toute seule. La Banque centrale européenne pourrait intervenir. Suite à l’analyse du comité européen pour les risques systémiques, notre pays a d’ailleurs reçu un avertissement à ce sujet.

Il est donc plus en plus évident que les règles macro-prudentielles autour des crédits hypothécaires vont être renforcées.

"Nous nous attendons à une hausse des taux, mais dans des proportions très limitées." Valéry Halloy Porte-parole de BNP PARIBAS fortis

Impact pour le consommateur

Il ne faut pas être grand clerc pour se rendre compte que cela aura un impact sur le consommateur. Si demain les banques doivent prévoir plus de fonds propres afin de couvrir les crédits hypothécaires qu’elles octroient, cela représenterait bien entendu un coût, puisque cet argent ne pourrait pas être utilisé par ailleurs.

Pourtant, le secteur bancaire, par l’intermédiaire de Febelfin, estime "opportun que la Banque nationale et le gouvernement définissent un cadre pour l’octroi de crédits hypothécaires. Une mesure plus stricte imposée par les autorités européennes est à éviter car celle-ci pourrait être plus limitative et moins prendre en compte les spécificités du marché immobilier belge".

BNP Paribas Fortis, le leader du marché des crédits hypothécaires (24%), ne souhaite pas, à l’heure actuelle, commenter les possibles recommandations de la BNB car les mesures ne sont pas encore adoptées par le gouvernement. Mais la banque s’avance tout de même sur une future hausse des taux. "Nous nous attendons effectivement à une hausse des taux, mais dans des proportions assez limitées. Celle-ci devrait d’ailleurs osciller autour de 0,5% pour l’année prochaine selon nous", précise Valéry Halloy, porte-parole de BNP Paribas Fortis.

Une hausse confirmée chez Belfius: "Nous prévoyons en effet une augmentation des taux à long terme et en général les crédits hypothécaires sont alignés sur ces taux long terme", analyse Geert Gielens, chief economist de la banque. Par rapport à l’impact de la nouvelle recommandation de la BNB, le chief economist ne veut pas s’avancer: "C’est trop tôt pour dire ce qu’il va se passer si cette mesure doit être implémentée dans le secteur bancaire. Par exemple, certains taux pourraient augmenter et d’autres pas."

Serpent qui se mord la queue

Chez KBC aussi, on étudie en détail les mesures proposées par la Banque nationale. "En ce qui concerne les taux, nous suivons toujours l’évolution des taux de marchés et le marché en général et nous alignons nos prix là-dessus", précise Viviane Huybrecht, responsable de la communication pour l’institution financière.

Même son de cloche chez ING. "Nous ne voulons pas nous avancer sur une éventuelle hausse des taux, ni sur l’éventuel impact de la recommandation de la BNB. Ce qui est sûr par contre, c’est que nous suivons au jour le jour le marché et que si la législation devait changer, nous l’appliquerons bien évidemment", souligne Tiziana Rizzo, chargée des relations presse pour la banque.

88%
Selon une analyse récente de moody’s sur le système bancaire belge, BNP Paribas Fortis, ING, KBC et Belfius représentent ensemble plus de 88% du marché des crédits hypothécaires.

A partir du moment où le leader du marché, BNP Paribas Fortis, admet une hausse des taux et que tous indiquent suivre le marché, il ne faut à nouveau pas être grand clerc pour se dire que c’est le serpent qui se mord la queue. Oui, les taux des crédits hypothécaires augmenteront en 2018!

réactions | les conditions d'accès au crédit font débat

Quand on interroge les experts sur les effets d’un nouveau resserrement des conditions d’octroi d’un crédit hypothécaire, les avis sont clairement partagés.

Pour Jacques Lefèvrequi dirige la société de promotion BPI, les conditions actuelles sont déjà suffisamment strictes. "Nous commercialisons un projet résidentiel non loin de l’hôpital Érasme, à Anderlecht. Et je peux vous dire que le nombre de refus d’octroi de prêt auquel sont confrontés les candidats à l’achat est impressionnant, même pour les investisseurs. Je pense vraiment que certaines banques font pression auprès du politique car ce type de prêt ne leur rapporte plus grand-chose, à part fidéliser le client…".

Eric Schartz, directeur de l’unité bruxelloise du groupe Matexi, est plus nuancé. Selon lui, le gouvernement part d’une bonne intention en tentant de baliser le marché du crédit hypothécaire. "Mais cela va encore accentuer le clivage croissant entre locataires et propriétaires investisseurs. À Bruxelles, la classe moyenne, même avec un emploi stable, a déjà peu accès à la propriété et n’a plus guère le choix: elle doit se résigner à louer", constate-t-il.

Pour Roland Gillet, professeur de Finance à la Sorbonne et à l’ULB (Solvay), prévenir n’est pas interdire. "On veut juste éviter ce qui est arrivé récemment dans d’autres pays: que les candidats à la propriété les moins nantis se retrouvent en défaut de paiement s’ils doivent faire face à un fait de vie aussi fréquent qu’un divorce ou une perte d’emploi. C’est donc une protection et non une privation", insiste l’expert international, qui mentionne que la part du budget familial consacrée à l’achat d’un logement par un jeune ménage belge a augmenté de 69% ces 20 dernières années.

 

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