Les trois talons d'Achille des banques

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Malgré sa progression de 5,5% depuis janvier, le secteur bancaire suscite toujours la méfiance des investisseurs institutionnels. Pourquoi?

1. Faiblesse persistante des taux

L’évolution du secteur bancaire est ralentie par la persistance des taux d’intérêt bas et des taux de dépôt négatifs. La décision de la Banque centrale européenne de repousser sa première hausse de taux d’intérêt à 2020 au plus tôt a pesé sur les banques européennes. David Folkerts-Landau, responsable de la recherche chez Deutsche Bank, estime dans une note que la politique des taux négatifs en zone euro coûte 8 milliards d’euros par an aux institutions bancaires de la région, alors que les banques américaines reçoivent environ 40 milliards de dollars par an pour leurs réserves excédentaires.

La valorisation du secteur tient en compte une probabilité de récession sur trois trimestres.
Les analystes de Deutsche Bank


De plus, les gestionnaires de fonds restent à l’écart de ce secteur. Selon le dernier sondage de Bank of America/Merrill Lynch, le positionnement des professionnels de la gestion est au plus bas depuis trois ans, et a encore reculé ce mois-ci. Cependant, la valorisation du secteur bancaire européen prend en compte "une probabilité de récession sur trois trimestres" en Europe, selon une note des analystes de Deutsche Bank, alors que "les indicateurs avancés suggèrent qu’une telle évolution n’est pas imminente". L’indicateur des surprises économiques de la zone euro est remonté récemment. Alors, selon eux, les perspectives s’améliorent pour les banques européennes. Mais il convient de faire la nuance.

2. Des scandales à répétition qui coûtent cher

Les banques britanniques se démarquent particulièrement en Europe malgré le Brexit. Royal Bank of Scotland et Lloyds ont progressé de 17,4% et 20,25% depuis le début de l’année, signe que les investisseurs s’attendent à un report du Brexit prévu le 29 mars. Toutefois, RBS et aussi Barclays se trouvent parmi la liste des banques susceptibles de recevoir une amende totale de 4 milliards d’euros si les régulateurs découvrent qu’elles se sont entendues pour manipuler les taux de change. UBS, HSBC, Credit Suisse et Deutsche Bank se trouvent aussi sur cette liste. Les analystes de Bloomberg Intelligence soulignent que les banques pourraient trouver un accord avec les régulateurs pour réduire cette amende, "mais en admettant leurs torts, cela pourrait ouvrir des plaintes pour dommages en Europe".

De plus, un autre scandale a de nouveau frappé les banques. Raiffeisen (- 8,6%) et Swedbank (-10,85%) sont parmi les seules valeurs du secteur dans le rouge depuis janvier. Elles se trouvent emmêlées dans un scandale de blanchiment d’argent en lien avec la Russie. KBC, ING, Danske Bank, Crédit Agricole et Nordea se trouvent aussi sur la liste des banques citées par l’association Organized Crime and Corruption Reporting Project, qui a dévoilé les ressorts de ce qu’elle nomme la "Lessiveuse Troika", qui a permis, selon elle, de sortir de Russie entre 2006 et 2013 près de 5 milliards de dollars, dont une partie provenant d’activités criminelles. Mais les autres banques citées dans ce scandale n’ont pas autant souffert.

Pourtant, les amendes salées reçues par les banques pèsent sur leurs comptes financiers. ING a dû réduire le montant des bonus distribués à ses employés de 25% après une année marquée par des amendes records aux Pays-Bas. En France, BNP Paribas et Société Générale envisagent aussi de couper dans les bonus pour la même raison.

En admettant leurs torts, cela pourrait ouvrir des plaintes pour dommages en Europe.
Les analystes de Bloomberg Intelligence

3. La conjoncture très incertaine

Les analystes de Deutsche Bank soulignent que des banques comme Caixabank, Crédit Agricole et ING sont les mieux placées pour profiter du retour de la croissance économique éventuelle en Europe. KBC est placée sur la liste des valeurs de résilience. De plus, les analystes indiquent que malgré une évolution des bénéfices stagnante, ceux-ci ralentissent, mais ne s'effondrent pas. Les experts de Deutsche Bank misent sur un scénario plutôt optimiste pour la croissance économique de la zone euro alors que plusieurs économistes soulignent que l'économie de la région ressemble de plus en plus à celle du Japon, en proie à la déflation sur plus de deux décennies et à des taux d'intérêt au plancher sur le long terme. La dernière conférence de la Banque centrale européenne a d'ailleurs fait craindre une telle évolution après l'annonce d'une révision à la baisse de ses perspectives d'inflation et de croissance pour la zone euro cette année. De plus, sur les marchés, de plus en plus d'intervenants s'inquiètent du manque de moyens de la BCE pour relancer l'économie de la zone euro.

Mais les analystes de Deutsche Bank ont prévu ce scénario. "Dans le cas où la BCE épuise tous ses outils, notre préférence va vers les banques qui offrent un revenu net d'intérêt élevé pour couvrir leurs coûts et un ratio de prêts non performants relativement faible, ce qui est typiquement le cas des banques du Benelux, mais aussi de Norvège et de Grande-Bretagne" écrivent-ils.

Les autres analystes ne partagent pas leurs avis. Chez Kepler Cheuvreux, ils ont notamment placé KBC sous la recommandation "réduire", car ils estiment qu'elle pourrait subir des turbulences par rapport au consensus des estimations de bénéfices notamment du point de vue des revenus des assurances, du trading et des commissions. "Cela dépendra de l'évolution des marchés d'actions au premier semestre" dans le cas des revenus du trading, souligne-t-on chez Kepler Cheuvreux.
Rappelons que l'année passée, l'indice des banques européennes Stoxx 600 a perdu 28,04%, malmenées par les craintes économiques. Le secteur est donc toujours sujet à des soubresauts liés à l'économie.

Dans le cas où la BCE épuise tous ses outils, notre préférence va vers les banques qui offrent un revenu net d'intérêt élevé pour couvrir leurs coûts et un ratio de prêts non performants relativement faible, ce qui est typiquement le cas des banques du Benelux, mais aussi de Norvège et de Grande-Bretagne.
Les analystes de Deutsche Bank

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