interview

Marc Raisière: "Belfius n'est pas en affaires courantes"

Le chemin a été long, mais il valait la peine d'être parcouru. Quasiment dix ans après sa fondation sur les ruines de Dexia, Belfius a réussi à se faire une belle place sur le marché belge. Marc Raisière, son CEO, est fier. "Nous ne sommes qu'au début de notre histoire."

Printemps 2016. Marc Raisière présente le plan stratégique de Belfius pour les quatre années à venir au cours d’une conférence de presse à Londres. Le CEO du bancassureur, sauvé du naufrage par l’État fédéral trois ans plus tôt, annonce que Belfius visera un ratio de solvabilité de 13,5% et une rentabilité des capitaux propres de 8 à 9%.

"Après cela, on a souvent été considérés comme manquant d’ambition", se souvient Marc Raisière cinq ans plus tard. "Aujourd’hui, nous constatons que cette stratégie était payante. Ces chiffres-là ne tombent pas du ciel", lâche-t-il en montrant les tableaux arborant les résultats de l’exercice 2019, le dernier du plan stratégique qui arrive à terme.

Belfius affiche un résultat net de 667 millions d’euros. Le ratio de solvabilité atteint 15,6%, "ce qui en fait l’un des groupes de bancassurance les mieux capitalisés d’Europe". Ses fonds propres dépassent pour la première fois les dix milliards d’euros. Le rendement des fonds propres s’élève à 7,4%. 

Le poids des doutes

Marc Raisière est un patron satisfait. Les performances sont bonnes, la stratégie est restée cohérente. "Depuis cinq ans, on enregistre une croissance trois à quatre fois supérieure à celle du marché. Alors que quand on a lancé le modèle de la bancassurance, tout le monde avait des doutes…", se remémore-t-il.

1,7
milliard d'euros
Sur les 8 milliards d'euros de crédits hypothécaires produits par Belfius, 1,7 milliard l'a été au cours du seul mois de décembre.

La recette de ce succès? "Nos talents incroyablement forts!", répond le CEO sans hésiter. Un discours qui sonne très "corporate" et convenu, mais Marc Raisière y met toute sa force de persuasion.

"Ces bons résultats, c’est le fruit de leur travail. Nos collaborateurs se sont donné jusque tard le 31 décembre, week-end inclus, pour introduire tous les dossiers immobiliers." Un zèle qui a permis aux clients établis en Flandre de profiter du "woonbonus", abrogé depuis le 1er janvier.

Ainsi, sur les 8 milliards d’euros de crédits hypothécaires produits en 2019, 1,7 milliard l’a été pendant le seul mois de décembre. "C’est uniquement grâce à l’engagement de nos collaborateurs, martèle encore Marc Raisière. Nous ne leur avons rien demandé, ces efforts ont été spontanés."

Pour appuyer son propos, il avance une étude réalise en interne. "Nous avons un taux de satisfaction de nos collaborateurs de 91%."

"La campagne de publicité que nous avons réalisée (qui met les travailleurs de Belfius en avant, NDLR), c’est pour leur montrer tout le respect et l’amour que l’on a pour eux", assure-t-il en réitérant sa promesse de sincérité.

Banque totale

"J’exagère un peu, mais il y a cinq ans, on n’était pas la banque des entreprises et des entrepreneurs. Personne ne venait chez nous."
Marc Raisière
CEO Belfius

Retour à Londres en 2016. Esquissant les contours du bancassureur qu’il voulait mettre sur pied dans les cinq années à venir, Marc Raisière affiche son ambition d’être présent dans tous les secteurs de l’économie belge. Une gageure, alors que les cendres de Dexia sont encore fumantes.

En 2019, Belfius a octroyé 9,4 milliards d’euros de crédits aux entreprises privées. Elle revendique 15% de parts de marché dans le segment business (sociétés avec un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros), et 16% dans le corporate banking (CA supérieur à 10 millions d’euros).

"Il y a cinq ans, plus personne ne venait chez nous", sourit Marc Raisière. "J’exagère un peu, mais on n’était pas la banque des entreprises et des entrepreneurs", soulignant la belle croissance (6%) engrangée auprès de ce public l’année dernière. "Actuellement, nous sommes vraiment en capacité de transformer le marché."

À l’assaut de la banque privée

Un autre métier dont le patron de Belfius se montre particulièrement fier est celui de la banque privée. "Quand nous nous sommes lancés dans le private banking en 2016, personne n’y croyait!", ose-t-il.

"Dans le private banking et le wealth management, nous n’en sommes qu’au début de notre histoire."
Marc Raisière
CEO Belfius

Le marché est particulièrement concurrentiel, avec 400 milliards d’euros d’actifs répartis entre les grosses banques universelles d’une part et les grandes banques privées et les acteurs de niche d’autre part.

L’année passée, ces activités se sont pourtant également bien portées. L’asset management a progressé de 13%. Le département private/wealth représentait 41,6 milliards, avec une croissance organique de 2,1 milliards d’euros.

"Ça ne s’est pas fait comme ça, montre-t-il en claquant des doigts. Nous ne sommes pas des magiciens. Nous n’avons simplement rien lâché." Avant d’ajouter: "Dans le private et le wealth, nous n’en sommes qu’au début de notre histoire."

Affaires courantes

"L’introduction en bourse reviendra sur la table, c’est une certitude."
Marc Raisière
CEO Belfius

Belfius a la particularité d’être la propriété de l’État à 100%, via la Société fédérale de participations et d’investissement. Le gouvernement fédéral est de facto son patron. Un exécutif, minoritaire, qui végète dans les limbes des affaires courantes depuis le mois de décembre 2018.  

Est-ce une situation difficile pour Belfius? "Belfius n’est pas en affaires courantes, rétorque Marc Raisière. C’est un problème dans le sens où si nous voulions rediscuter de l’IPO, ce ne serait pas possible."

L’introduction en bourse reviendra sur la table, "c’est une certitude", selon lui. "Ses fondements sont toujours valables."

À titre personnel, Marc Raisière est partisan d’un actionnariat belge, avec un centre de décision qui resterait implanté dans le royaume. "Aujourd’hui, on est trop important pour l’économie belge", fait-il valoir.

Quant aux relations entretenues entre Belfius et le gouvernement actuel, Marc Raisière les qualifie "d’harmonieuses". "Nous traitons la SFPI et le gouvernement fédéral comme des actionnaires", indique-t-il.

En mai, le CEO et son comité de direction iront voir celle ou celui qui sera alors chef du gouvernement pour lui présenter le nouveau plan stratégique du bancassureur d’État pour la période 2020-2025.

Des ambitions pour 2025

Un projet sur lequel Marc Raisière ne peut pas encore s’épancher, mais qui concentre la plus grosse partie de son énergie actuellement. "Nous sommes vraiment “excited and commited” (en anglais dans le texte, NDLR)."

Le nouveau plan a été "compliqué" à mettre au point, mais "ambitieux", et ce malgré les taux directeurs négatifs, dont la remontée n’est pas prévue pour les prochains mois.

"La marque Belfius est sans doute l’une des plus ‘hype’ sur le marché belge aujourd'hui."
Marc Raisière
CEO Belfius

Sur le plan stratégique arrivant à son terme, Marc Raisière résume son sentiment en une formule lapidaire: "On a atteint nos rêves!" Selon lui, l’institution est à nouveau solide financièrement, diversifiée en termes de sources de revenus et de business model, centré sur l’humain tout en anticipant la transformation numérique et avec pour principale dynamique la satisfaction du client.

"La conséquence, c’est que la marque Belfius est sans doute l’une des plus “hype” sur le marché belge, ce qui nous permet de recruter de beaux profils", estime celui qui dirige la banque depuis 2014.

Le principal danger pour Marc Raisière, c’était de ne pas se réinventer. "On a pu l’éviter! Le plus gros risque actuellement, c’est l’autosatisfaction."

Avec son nouveau plan dans le pipeline, il regarde l’avenir avec confiance. "Je n’ai pas une seule inquiétude pour l’année qui commence", conclut-il.

Il est loin, le temps où l’on espérait pouvoir rebâtir un bancassureur sur les ruines de Dexia.

LE DIVIDENDE EN FORTE BAISSE

Belfius va verser un dividende total de 261 millions d'euros à l’Etat fédéral, son actionnaire unique via la SFPI, pour l’exercice 2019. Cette somme comprend les 100 millions d’euros déjà versés à titre d’acompte au mois d’août dernier. Il s’agit d’une chute significative par rapport aux deux dernières années, lors desquelles le bancassureur avait rétribué son actionnaire à hauteur de 363 millions d’euros à chaque fois.

Interrogé sur la contraction du dividende, Jos Clijsters, le président du conseil d'administration, s'est justifié en expliquant que le solde du bénéfice sera investi pour la croissance du bancassureur. "Cela demande du capital", a-t-il souligné, rappelant que Belfius n'est pas une entreprise cotée en bourse qui pouvait aller capter des liquidités via les marchés financiers.

"On a de beaux projets stratégiques dont on ne peut pas encore parler", avait pour sa part commenté Marc Raisière, faisant allusion au plan 2020-2025.

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