interview

Marc Raisière, CEO de Belfius: "Banx doit devenir la meilleure néobanque du monde"

©saskia vanderstichele

Belfius a terminé l'année 2020 avec un bénéfice net de 532 millions d'euros, et entend verser 200 millions d'euros de dividende à son actionnaire unique. Son patron Marc Raisière réaffirme son soutien aux entreprises belges et a foi dans le redressement de l'économie.

La crise n'est pas finie, mais Belfius veut déjà se projeter en avant. Le bancassureur, qui présentait ses résultats annuels ce vendredi, a constitué une provision de 453 millions d'euros l'an passé pour faire face aux éventuels défauts de crédit. Un montant dont la majeure partie (393 millions d'euros) avait déjà été mise de côté au cours du premier semestre 2020.

Belfius ne prévoit pas de verser davantage dans cette réserve. "Nous pensons que le montant que nous avons mis de côté sera suffisant", explique Marc Raisière, le CEO de l'entreprise. "La plupart des entreprises qui ne sont plus fermées en raison des mesures de confinement ont presque pu reprendre leur vie d'avant. La grosse majorité de celles qui avaient demandé des reports de paiement a recommencé à rembourser leurs crédits. La situation ne va pas empirer, mais cela reste bien sûr émotionnellement terrible pour les sociétés qui ont encore besoin des mesures d'aide actuellement."

10,2
milliards d'euros
Belfius a octroyé 10,2 milliards d'euros de financement à long terme à ses clients business et corporate en 2020.

Cet optimisme relatif dans la reprise économique est également partagé par les homologues de Marc Raisière chez KBC et ING, à savoir Johan Thijs et Peter Adams. Ceux-ci ont également estimé lors de la publication de leurs résultats que le pire de la crise était derrière nous.

Soutien aux PME

Ceci étant, de nombreuses petites entreprises demeurent en difficulté. Marc Raisière leur a réaffirmé le soutien de Belfius, regrettant une nouvelle fois l'interprétation qui a été faite de ses propos lors de l'entretien qu'il a accordé en janvier à Trends Tendances. "Nous avons soutenu la prolongation des moratoires jusque fin juin", fait valoir Marc Raisière.

Et de revenir sur les indicateurs de ce soutien à l'économie: Belfius a octroyé plus de dix milliards d'euros de financement à long terme à ses clients business et corporate l'année dernière (+9% par rapport à 2019) et produit 509 millions d'euros de crédit supplémentaire bénéficiant de la garantie d'Etat; elle a accordé 23.879 reports de paiement pour des crédits d'entreprise pour un montant total de 4,7 milliards d'euros, ainsi que 13.840 pour des contrats de leasing.

207
millions d'euros
Belfius versera un dividende de 77 millions à l'État en avril. Si la BCE assouplit sa politique en la matière, un versement de 130 millions supplémentaires interviendra au dernier trimestre.

"Certaines demandes ont évidemment été refusées", concède Dirk Gyselinck, en charge du corporate banking, "mais chaque entrepreneur est traité sur un pied d'égalité." "Quand un dossier est refusé, nous insistons pour que ce refus soit expliqué au client", embraie Marc Raisière.

Un milliard de dividende depuis 2014

Avec un résultat net de 532 millions d'euros, dont 212 millions générés par les activités d'assurance, et un ratio de solvabilité CET1 de 17,1%, Belfius va pouvoir gâter son actionnaire unique, à savoir l'État fédéral. En raison de la crise et des recommandations formulées par les régulateurs, l'enveloppe sera cependant moins épaisse cette année: un premier dividende de 77 millions d'euros est ainsi prévu en avril prochain. Si la BCE assouplit son approche au cours de l'année, le gouvernement fédéral peut tabler sur un versement supplémentaire de 130 millions d'euros au dernier trimestre.

Jos Clijsters, le président du CA, tirera sa révérence en avril. ©BELGA

"Il y a dix ans, l'État a dépensé quatre milliards d'euros pour une banque avec des problèmes de solvabilité et de liquidités. Aujourd'hui, c'est une des institutions les mieux capitalisées d'Europe, qui a déjà versé plus d'un milliard d'euros de dividende à son actionnaire!", s'est félicité Jos Clijsters, le président du conseil d'administration de Belfius visiblement très ému, qui tirera sa révérence en avril prochain avant d'être remplacé par Chris Sunt.

"C'est un grand professionnel, très humain, rempli de bon sens, qui aime les gens. Modeste, curieux et doté d'un humour particulier, il a accepté notre positionnement décalé dès le départ", dit de lui avec affection Marc Raisière, son CEO depuis 2014.

Tout pour le numérique

Jos Clijsters s'en va tandis que Belfius s'apprête à lancer un projet d'envergure: Banx, la néobanque fondée en étroite collaboration avec Proximus, qui doit devenir "la meilleure du monde", selon les mots de Marc Raisière.

"Banx doit devenir la meilleure néobanque du monde."
Marc Raisière
CEO de Belfius

Le CEO est rempli d'ambitions et rappelle à loisir que l'application mobile de Belfius fait partie des meilleures de la planète. Alors que le nouveau plan stratégique de Belfius couvrant la période allant jusque 2025 sera prochainement dévoilé, il nous confie déjà que le bancassureur va investir plus de 400 millions d'euros en interne pour poursuivre sa transformation numérique. "Au cours des prochaines années, 600 à 700 collaborateurs vont naturellement quitter l'entreprise. Quelque 300 nouveaux employés les remplaceront. La différence est possible via l'amélioration du process grâce au numérique", résume Marc Raisière.

Le réseau d'agences est dès lors condamné à se transformer, les clients retail se rendant de moins en moins au guichet. Inversement, le développement des activités private banking et wealth management, dont l'encours de l'épargne et des placements a gonflé de 9% l'an passé, va aboutir à l'ouverture d'une cinquantaine de "private houses". La première d'entre elles sera prochainement inaugurée à Waterloo.

Enfin, alors que des rumeurs indiquaient en début d'année que le gouvernement fédéral envisageait de se désengager d'Ethias, le nom de Belfius fut cité pour reprendre ses parts. "Un mariage entre Ethias et Belfius serait très logique", commente Marc Raisière. "Les deux entreprises se sont bien redressées et sont complémentaires, mais il n'y a rien de plus à dire actuellement."

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