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Mario Draghi cible la Belgique en matière de crédit hypothécaire

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Le Conseil européen du risque systémique recommande à la Belgique de prendre des mesures. La Banque nationale est en train de négocier avec le secteur des banques et des assurances.

La Belgique est visée en matière d’immobilier résidentiel par le Conseil européen du risque systémique (European Systemic Risk BoardESRB), dont le président est Mario Draghi. Ce dernier l’a dit devant la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen.

Ce n’est pas la première fois que notre pays est ainsi épinglé. Il l'avait déjà été en 2016 en compagnie de sept autres pays. Pour l'organisme chargé de la surveillance du système financier dans l'Union européenne, il s'agit de prendre en compte les risques à moyen terme, liés soit à une surévaluation de l’immobilier, soit à un endettement excessif des ménages, ceci dans un contexte de taux d’intérêt au plancher. Cela constitue, selon Mario Draghi, un risque systémique pour la stabilité financière de l'Union, surtout en cas de choc économique ou de retournement brutal de la conjoncture.

Cette fois, le Conseil européen du risque systémique passe d'un simple avertissement à des recommandations en bonne et due forme de prendre des mesures. Cela concerne la Belgique, le Danemark, la Finlande, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède. 

Hausse du taux d'endettement dans le viseur

Pour la Belgique, indique-t-on, ce n’est pas tant la surévaluation du marché immobilier qui est visée mais bien la hausse du taux d’endettement des ménages et l’assouplissement des standards de crédit.

Entre la fin 2009 et la fin 2018, le taux d’endettement des ménages belges est passé de 52 à 61% du produit intérieur brut, alors qu’il a reculé de 64 à 58% du PIB dans la zone euro dans son ensemble.

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Entre la fin 2009 et la fin 2018, le taux d’endettement des ménages belges est passé de 52 à 61% du produit intérieur brut.

Les autorités de contrôle s’inquiètent particulièrement de la hausse des montants empruntés par rapport à la valeur du bien (loan-to-value). Elles estiment qu'il y a trop de crédits à quotité élevée (loan-to-value supérieure à 90%).

La Banque Nationale de Belgique (BNB), en tant qu'autorité de contrôle locale, avait déjà procédé ces dernières années à l’imposition de mesures macroprudentielles concernant les coussins de fonds propres que sont tenues de constituer les banques belges pour faire face à d'éventuelles pertes dans le cadre de leur octroi de crédits hypothécaires. Au total, cette mesure a renforcé les fonds propres du secteur de près de 2 milliards d’euros.

Le 5 septembre dernier, la Banque Nationale avait indiqué que de nouvelles mesures seraient prises vis-à-vis du secteur, car les conditions d’octroi de crédit appliquées par les banques se sont à nouveau détériorées.

On évoque des mesures qui rendraient les banques belges plus responsables en matière de prêts sans être pour autant trop rigides.

Le processus de négociation entre la BNB et les banques et assureurs est actuellement en cours. Une décision est attendue vers la mi-octobre.

Il s’agirait, dit-on, de mesures qui rendent les banques plus responsables en matière de prêts sans être pour autant trop rigides. Du côté de la BNB, on estime que prêter de l’argent à des gens qui auront des difficultés de remboursement est une mauvaise idée. Le secteur est par ailleurs confronté à une baisse des marges sur les crédits dans un contexte de forte concurrence.

Discipline

Il ne s’agirait pas de dissuader les banques d’accorder des prêts à des gens qui raisonnablement ont les capacités d’emprunter. On pourrait ainsi tenir compte de cas particuliers. Si un jeune ménage a peu de fonds devant lui pour emprunter, mais que les parents peuvent suppléer, c’est évidemment un élément à prendre compte. De même, il s’agirait de tenir compte des emprunteurs qui ont par ailleurs d’importants actifs patrimoniaux au sein d'une banque, ce qui limite les risques d'un prêt.

Plus globalement, la Banque Nationale veut donner une chance aux banques de mieux se discipliner en matière de prêts. Si cela n’a pas les résultats escomptés, des mesures supplémentaires pourraient être envisagées.   

Jusqu'à présent, il est à noter que les défauts de paiement restent limités. À la fin de l'année 2018, la part des défauts de paiement dans le nombre de contrats de crédit hypothécaire n’était que de 0,9%, contre 1% un an plus tôt, ce qui est un taux historiquement bas. 

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