Max Jadot (BNP Paribas Fortis): "Les banques ont joué leur rôle et continueront de le faire"

Max Jadot, CEO de BNP Paribas Fortis. ©Tim Dirven

La première banque du pays a enregistré un résultat net de 1,87 milliard d'euros en 2020. Son patron estime que les institutions financières soutiennent l'économie belge comme elles le doivent, malgré les critiques.

La saison de la publication des résultats annuels touche doucement à sa fin et dans le secteur bancaire, c’est BNP Paribas Fortis qui tire en dernier parmi le Big Four. La première banque du royaume a réalisé un résultat net de 1,87 milliard d’euros en 2020, une baisse de 7% par rapport à 2019 sans tenir compte des éléments exceptionnels.

Lorsqu’il nous reçoit dans les bureaux de la chancellerie de l’établissement situés rue Royale, le CEO Max Jadot préfère mettre l’accent sur la situation économique. "L’année 2020 a été extrêmement dure, tant au niveau sanitaire qu’au niveau économique. J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour la population belge. Notre économie fait preuve de beaucoup de résilience, et même certains secteurs qui ont eu énormément de difficultés sont prêts à redémarrer."

57.500
moratoires
BNP Paribas Fortis a accordé 57.500 moratoires pour des crédits professionnels pesant un montant sous-jacent de 9,2 milliards d'euros.

Pendant cette rude période, Max Jadot estime que son enseigne a soutenu les ménages et les entreprises belges. "L’an passé, nous avons octroyé 45.500 moratoires pour des prêts hypothécaires et 57.500 autres pour des crédits professionnels", avance-t-il. "Nous avons aussi produit un peu plus d’un milliard d’euros de crédits garantis par l’État."

Ces prêts garantis constituent le fameux bazooka présenté le printemps dernier par Alexander De Croo, alors ministre des Finances. Une enveloppe de cinquante milliards d’euros, dont dix devaient spécifiquement être consacrés aux PME dans une seconde mouture du plan, qui n’a été que très peu utilisée jusqu’à présent: un milliard pour la plus grande banque du pays et des montants moindres chez ses trois concurrents les plus importants. Est-ce là la preuve que la mesure est inefficace? "Non", rétorque Max Jadot. "Ces prêts sont toujours possibles et les montants utilisés vont continuer de croître."

Selon le patron de BNPPFortis, les banques ont soutenu l’économie via d’autres types de prêts. "Nous avons produit 17 milliards d’euros de crédits l’an passé et nous représentons environ un quart du marché. La somme de 50 milliards d’euros était donc pertinente."

Horizon 2022

La semaine passée, Max Jadot et ses homologues des trois autres plus grandes institutions financières du pays ont été invités à s’exprimer devant les députés des commissions Économie et Finance de la Chambre. Ceux-ci ont décoché plusieurs flèches à l’attention des banquiers, auxquels ils ont reproché de ne pas jouer le jeu du soutien aux PME et indépendants. "Les banques ont joué leur rôle, collectivement et individuellement, et continueront de le faire. Je ne pense pas que nous n’en faisons pas assez. Notre taux d’acceptation de crédit était de 95% l’an passé, avec quelque 1.500 collaborateurs sur le terrain pour les entreprises", répond le CEO.

"C’est un message positif quand la plus grande banque du pays affirme que notre économie est résiliente."

L’économie belge devrait voir le bout du tunnel cette année, même si un retour à la normale, soit le niveau de la fin 2019, ne sera pas à l’ordre du jour avant le deuxième semestre 2022 selon les projections de la banque. "La vaccination va collectivement nous soulager et la conjoncture va progressivement se rétablir. Fin août, nous avons été les premiers à dire que l’économie belge est résiliente. C’est un message positif quand la plus grande banque du pays l’affirme, même si certains secteurs souffrent encore énormément."

L’année 2021 sera également riche en défis pour BNPPFortis. En décembre, l’établissement annonçait son intention de racheter les 50% de participations de bpost banque qui ne sont pas encore dans son escarcelle. Elle pourra ainsi se reposer sur les 660 bureaux postaux du royaume pour fournir des services financiers. En 2022, la banque lancera également Nickel, le compte sans banque, en Belgique.

BNP Paribas Fortis a annoncé en décembre son intention de racheter les 50% de participations qu'elle ne détient pas encore dans bpost banque. ©BELGA

Parallèlement, la réduction de la voilure de son propre réseau d’agences. L’an dernier, elle a fermé 80 guichets. "C’est un rythme à peine plus rapide que ce qui était prévu", commente Max Jadot, qui souligne que ses agences ont continué à recevoir les clients pendant les différents épisodes de confinement. À la fin de l’année, il n’y aura plus que 389 offices dans le pays, contre 678 en 2018.

Toujours plus numérique

Le mouvement est inéluctable, non seulement chez BNP Paribas Fortis, mais aussi au sein de la concurrence. Si les syndicats déploraient encore cette semaine une "marche forcée vers le tout digital" avec des conséquences délétères sur l’emploi dans le secteur, les banques peuvent leur répondre que le comportement des clients évolue rapidement.

Chez BNPPFortis, le nombre d’utilisateurs actifs de l’application a augmenté de 13% pour atteindre 1,7 million, tandis que 335.000 personnes utilisent une solution de paiement mobile (smartphone ou montre connectée). Les ventes en ligne progressent aussi, avec notamment pas moins d’un quart des crédits hypothécaires qui sont signés électroniquement.

"La moitié des plus de 80 ans utilise aujourd’hui des solutions numériques, et nous savons que tout notre portefeuille client va encore se digitaliser."

"La moitié des plus de 80 ans utilise aujourd’hui des solutions numériques, et nous savons que tout notre portefeuille client va encore se digitaliser", fait valoir Max Jadot. "Les clients veulent du paiement à distance, c’est pourquoi nous lançons Visa Debit, qui offre plus de possibilités que ce dont nous disposons actuellement. Ils veulent aussi avoir le choix entre le conseil à distance ou en agence."

Dividende

Forte d’un ratio de solvabilité de 15,9%, BNP Paribas Fortis versera un dividende de 475 millions d’euros à sa maison mère parisienne, dont l’État fédéral belge est le plus gros actionnaire avec 7,7% des parts. Cela représente un quart du résultat net de l’entreprise, mais c’est moins que les dividendes (530 millions d’euros) qu’elle a perçus de ses propres filiales, telles Arval et TEB. "C’est un dividende raisonnable", estime Max Jadot. "Nous tenons compte de toutes les recommandations des régulateurs."

Cette question avait secoué la Belgique il y a un peu moins d’un an. Alors que la Banque centrale européenne demandait de ne pas distribuer de coupon, BNPPFortis entendait malgré tout céder 1,9 milliard d’euros au groupe.

Alexander De Croo avait enjoint la banque de réévaluer la situation. Celle-ci avait finalement décidé de ne pas distribuer de participation bénéficiaire pour conserver son capital en cas de coup dur dû à la pandémie.

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