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interview

Max Jadot (BNP Paribas Fortis): "Nous prévoyons un retour à la normale pour 2022"

Si Max Jadot n’a pas l’habitude de verser dans l’euphorie au moment de commenter les performances de son entreprise, BNP Paribas Fortis a pourtant réalisé un premier semestre de qualité en cette période difficile. ©Wouter Van Vooren

La plus grosse banque du pays a réalisé un bon premier semestre avec un coût du risque maîtrisé, l'entreprise tablant sur un retour à un PIB "normal" pour 2022.

"Ce sont des résultats de bonne facture." Max Jadot n’a pas l’habitude de verser dans l’euphorie au moment de commenter les performances de son entreprise. BNP Paribas Fortis a pourtant réalisé un premier semestre de qualité en cette période difficile.

La première banque du pays a enregistré un résultat net consolidé de 804 millions d’euros. Cela représente un recul de 23% par rapport à 2019, mais ce semestre avait bénéficié de la plus-value réalisée sur la vente de l’enseigne allemande Von Essen Bank. Sans cette contribution, le résultat n'aurait été que 15% inférieur.

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milliards d'euros
BNP Paribas Fortis a octroyé 115 milliards d'euros de crédits au cours du premier semestre.

La filiale belge du mastodonte bancaire français BNP Paribas a été bien aidée par la société de leasing Arval, qui fait partie de son périmètre au même titre que la banque turque TEB ou la luxembourgeoise BGL BNP Paribas. La banque de détail belge, si elle constitue 68% du bilan, n’a généré que la moitié des profits consolidés.

La rentabilité de l'établissement demeure un point d'attention. Le ratio coûts/revenus de la banque de détail domestique se situe aujourd'hui à 77,3%. "J'ai toujours dit qu'il fallait idéalement se situer sous la barre des 70%", concède Max Jadot. L'année passée, la banque avait annoncé un important plan de transformation qui doit mener à la suppression nette de 2.200 emplois ainsi que de 267 agences.

Production de crédits en hausse

Les autres indicateurs demeurent néanmoins verts. Sur les six premiers mois de l’année, pas moins de 136 milliards d’euros de dépôts sont ainsi venus garnir les comptes belges de l’enseigne, soit une augmentation de 3,9% de plus qu’en 2019, tandis que les crédits octroyés ont atteint la somme de 115 milliards d’euros, en progression de 3,6%. "C'est un montant énorme! Je pense que nous avons totalement rempli notre rôle envers la société et son financement", estime le CEO.

©REUTERS

Une tâche que BNP Paribas Fortis a également réalisée via les moratoires sur les crédits, avec des reports de remboursement sur un total de 85.000 emprunts. Ces suspensions ont été prononcées pour la plupart dès le lancement de la mesure: 18.000 dossiers ont ainsi été approuvés en seulement quatre jours, a expliqué Max Jadot. "Depuis la fin du mois de mai, nous ne recevons presque plus de demandes."

"Si des difficultés doivent apparaître sur le marché immobilier, elles n’apparaîtront pas avant 2021 en raison des moratoires", estime Max Jadot. Celui-ci reste cependant serein. "Au total, nous avons 800.000 crédits hypothécaires en cours, et seulement 44.000 sous moratoire. S’il y a des surprises, elles se trouveront dans le portefeuille des entreprises."

Vision optimiste

Le coût du risque a augmenté de 144 millions d’euros (+67,1%) pour atteindre les 360 millions d’euros. Quelque 73 millions d’euros de ce montant sont des provisions prospectives pour dépréciation de prêts encore performants, mais présentant un risque accru vu la conjoncture macroéconomique.

"À partir du moment où la recommandation de la BCE a été émise, nous avons été en contact et il a fallu quelques jours pour prendre la décision de ne pas verser de dividende."
Max Jadot
CEO de BNP Paribas Fortis

Les montants prévus pour faire face aux réductions de valeur demeurent moins élevés que chez les autres grandes banques du pays. KBC a ainsi provisionné près d'un milliard d'euros, tandis que Belfius et ING Belgique ont respectivement mis de côté 393 et 338 millions d'euros, alors qu'elles disposent d'un portefeuille crédit moins important.

BNP Paribas Fortis se montre ainsi plus optimiste pour la reprise économique que ses concurrents. "Nos modèles se fondent sur un retour à un niveau ‘pré-Covid’ pour le milieu ou la fin de l’année 2022", précise Max Jadot. "Il est possible que nos concurrents estiment que cela sera plus lent."

Délicat dividende

Le CEO est par ailleurs revenu sur la polémique née autour de la question du dividende en avril dernier. Pendant plusieurs jours, le doute avait plané quant à la volonté de la maison-mère parisienne de faire remonter un montant de 1,9 milliard d’euros à partir de sa filiale belge. Le débat avait eu des implications politiques puisque le ministre des Finances Alexander De Croo lui-même était monté au créneau afin de s’opposer à ce transfert. L’État fédéral est le plus gros actionnaire du groupe français avec 7,7% des parts.

7,7%
des parts
L’État fédéral est le plus gros actionnaire du groupe français avec 7,7% des parts.

"Il y a eu une perception d’hésitation", fait valoir Max Jadot. "Par définition, nous étions dans une situation où nous allions prendre la même décision au même moment que BNP Paribas. À partir du moment où la recommandation de la BCE a été émise, nous avons été en contact et il a fallu quelques jours pour prendre la décision. Même si nous avions payé ce dividende, notre ratio de solvabilité serait demeuré supérieur à 13%."

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