interview

Max Jadot, CEO de BNP Paribas Fortis: "Une consolidation peut arriver"

©Dieter Telemans

BNP Paribas Fortis publie des résultats stables, sans plus. La faute aux taux d’intérêt bas. Si cela continue encore longtemps, il pourrait y avoir du mouvement, estime le CEO Max Jadot.

On a connu des temps plus confortables dans les banques. Les taux d’intérêt bas leur mènent la vie dure, et dans le même temps elles doivent se transformer comme jamais avec l’explosion du "mobile banking". Le point avec Max Jadot, CEO de BNP Paribas Fortis.

Vous publiez des résultats que vous qualifiez de solides mais, si l’on enlève les éléments non récurrents (comme l’effet positif du rachat d’Arval en 2016), bénéfice et revenus se tassent…
Dans le contexte des taux d’intérêt que nous connaissons, nous sommes satisfaits de ces résultats stables. Avec les taux d’intérêts que nous connaissons, notre marge d’intérêt a baissé de 3 à 4% en 2017 en Belgique. Cette baisse est difficile à compenser quand 75% de vos revenus sont des revenus d’intérêt et 25% des commissions.

Nos volumes augmentent, nos commissions aussi mais ce n’est pas suffisant pour compenser. Donc, oui, la faiblesse des taux a pesé en 2017, elle pèse cette année encore.

Les chiffres

1,9 milliard d'euros

Le résultat net en 2017 de BNP Paribas. Fortis s'inscrit en léger recul de 0,5% sur un an une fois retirés les éléments non récurrents.

-2,3%  

Les revenus dégagés en Belgique sont en recul de 2,3%. La faute essentiellement à la faiblesse des taux d'intérêt.

1,2 million

La banque revendique 1,2 million d'utilisateurs de son application. Le nombre de contacts digitaux a augmenté de 28% en 2017, quand les visites en agence ont baissé de 14%.

Et ensuite?
Cela pèsera probablement en 2019 aussi même si c’est difficile à prédire. Bien malin qui peut prédire l’avenir mais vous aurez remarqué que les taux d’intérêt ont commencé à remonter récemment, cela peut nous aider. Cela dit, l’attente est tout de même que les taux vont rester bas quelques années. L’équivalent du bon d’État Leterme à 4%, ce n’est pas pour demain.

Et si les taux ne remontent pas?
On continuera à travailler comme aujourd’hui sur les quatre leviers dont nous disposons: augmenter les volumes, augmenter les revenus de commissions, réduire les coûts et contrôler le coût du risque.

Pour faire du volume, vous songez à des acquisitions?
Pour l’instant, on n’a pas de projet. Mais cela ne m’empêche pas de penser qu’une consolidation peut arriver. Quand? Personne ne le sait. On peut faire un parallèle avec les années 90. Pendant des années, on a parlé de consolidation sans rien voir et puis, d’un coup, tout s’est joué en trois ans: BBL-ING, CGER-Générale de Banque, KBC-Cera, Crédit communal-Artesia-Bacob.

Qu’est-ce qui va déclencher cette nouvelle phase de consolidation?
La probabilité la plus forte de déclenchement d’une consolidation, c’est le maintien des taux bas longtemps.

©Dieter Telemans

L’entrée en Bourse de Belfius peut-elle jouer un rôle dans cette consolidation?
Les attentes des actionnaires d’une entreprise sont les mêmes, qu’elle soit cotée ou non. Je ne pense pas que l’IPO de Belfius puisse être un élément déclencheur de la consolidation. Nous sommes plutôt dans une situation où l’État (NDLR, propriétaire de Belfius) décide de diversifier son risque.

Est-ce une bonne chose que Belfius entre en Bourse?
Pour moi, cela ne change rien. Belfius reste et restera un concurrent important.

Comment voyez-vous l’arrivée d’Amazon dans le secteur bancaire?
Notre univers est en train de s’ouvrir. Regardez ce qui se passe en Chine, où la carte de paiement disparaît carrément au profit du téléphone. La réglementation évolue et le comportement du client aussi. Aujourd’hui, pour leurs sessions digitales, nos clients utilisent à 75% notre application.

Je pense que les banques sont mieux positionnées que les "Gafa" (NDLR, Google, Apple, Facebook, Amazon et consorts), notamment vu la confiance que nos clients placent en nous. Les Gafa vont-ils se lancer dans les crédits, dans les dépôts? Être une banque, ce n’est pas simple. Mais oui, sur les paiements, il y aura une concurrence. À nous d’offrir les bons produits.

Comment va évoluer le réseau d’agences?
Nous sommes dans un double mouvement: moins d’agences et plus d’agences indépendantes. Fin 2018, nous serons à 680 agences (NDLR, 130 de moins en 4 ans) dont 40% d’indépendantes. C’est clair, on va encore évoluer dans ce sens, mais progressivement.

La tendance, c’est aussi de spécialiser les agences restantes dans le conseil – crédits et placements – mais aussi d’accompagner notre client dans son passage au digital. Le métier va évoluer.

©Dieter Telemans

Ce n’est plus un enjeu d’être le premier réseau?
Nous sommes toujours le réseau le plus important et nous le resterons en 2018. Mais l’enjeu s’est clairement déplacé vers le service à la clientèle et le digital.

BNP Paribas Fortis ne distribuera pas de dividende à sa maison mère. Pourquoi?
Cela permet de renforcer notre solvabilité de 2%, à 14,5%. Nous souhaitons savoir comment va évoluer la réglementation prudentielle – de Bâle III vers Bâle IV – avant de distribuer un dividende. C’est une question de prudence.

N’y a-t-il pas d’autre motivation? Par exemple: disposer de plus de moyens pour racheter un concurrent?
L’évolution des règles prudentielles est la principale raison. Je m’arrêterai là.

Quel est le principal risque pour BNP Paribas Fortis?
L’accompagnement du changement. La vitesse du changement est tellement importante aujourd’hui que l’accompagnement du changement est le plus gros challenge, et donc le plus gros risque.

Mais je suis très optimiste sur le fait que nous allons y arriver.

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