analyse

NewB, un modèle unique pour une banque éthique

Thierry Smets, le nouveau CEO de NewB, a la lourde tâche de lancer une nouvelle banque sur le marché belge, une première depuis des décennies. ©Valentin Bianchi

Après plus de neuf ans de gestation, le projet NewB va véritablement démarrer à partir de janvier prochain. La tâche de son nouveau CEO est grande, alors que la coopérative sera confrontée à un marché mature dans un environnement difficile.

Été 2011. Alors que la planète financière vient d’être dévastée trois ans plus tôt par la crise des subprimes, elle tremble à nouveau face aux problèmes soulevés par les dettes souveraines dans la zone euro.

La Belgique a été l’épicentre du cataclysme sur le continent. Fortis, première institution financière du royaume, s’est retrouvée au bord du gouffre, coupable d’avoir été trop vorace avec le rachat d’ABN Amro. Elle ne devra son salut qu’à l’intervention de l’État. Les trois autres grandes enseignes du pays: KBC, Dexia et ING connaîtront aussi de sérieux déboires et seront également secourues par le secteur public.

La grande récession de 2008-2012 est le résultat du "triomphe de la cupidité", selon les mots du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. La toute-puissance du marché, l’obsession du court terme, les déréglementations et la titrisation ont tôt fait de vouer les banques aux gémonies aux yeux d’une bonne partie de la population.

"Le contexte actuel peut être porteur. Il y a une prise de conscience en faveur de nos valeurs."
Thierry Smets
CEO NewB

Face à cette rapacité mise à nue, un projet ambitieux naît au milieu de l’été. Vingt-quatre ONG, des syndicats et des organisations de la société civile se donnent un objectif un peu fou: fonder une banque coopérative. Son acte de constitution indique ainsi que les bénéfices ne représentent pas un objectif en soi. Les ambitions de la nouvelle structure sont de proposer un financement durable et de soutenir l’économie locale.

En juillet 2013, ils sont plus de 1.200 coopérateurs à participer à l’assemblée générale qui approuve la création de la banque à une majorité de 99%. Symboliquement, la décision est prise sur le plateau du Heysel. Quatre ans plus tôt, c’est là que les actionnaires de Fortis avaient fait entendre leur voix alors que le destin du bancassureur vacillait.

Grands débuts

Sept ans plus tard, le projet NewB va véritablement démarrer. L'activité bancaire est sur le point d'être lancée après la campagne de levée de capitaux réussie de l'automne dernier. Grâce à celle-ci, elle dispose depuis janvier de son agrément émis par la Banque nationale.

116.000
coopérateurs
NewB réunit pas moins de 116.000 coopérateurs, soit environ 1% de la population belge.

Depuis ce mois-ci, plusieurs coopérateurs et membres du personnel ont la possibilité de tester les comptes de la nouvelle banque. Une manière d'essuyer les plâtres avant l’ouverture au grand public le 15 janvier prochain.

Ces débuts ont lieu dans un contexte difficile. Si le management de la banque avait anticipé l’environnement de taux bas, il fut pris à froid par la pandémie et la crise économique consécutive. "Ce contexte peut être porteur", estime cependant Thierry Smets, le tout frais CEO. "Il y a une prise de conscience en faveur de nos valeurs." Parmi celles-ci, il cite la sobriété et la simplicité. "Cela sonnait peut-être ringard il y a quelques années, mais ça revient au goût du jour."

NewB s’attaque à un marché saturé où quatre mastodontes se partagent la part léonine du festin.

Première banque lancée en Belgique à partir d’une feuille blanche depuis plusieurs dizaines d’années, NewB s’attaque à un marché saturé où quatre mastodontes se partagent la part léonine du festin. Dans un premier temps, la coopérative propose des comptes à vue et d’épargne (non réglementés et donc non rémunérés) à destination des particuliers. À partir de juin, une carte de paiement Visa Debit/Bancontact sera lancée. Dans le courant de l’année, la coopérative proposera également un fonds d’investissement "en ligne avec sa charte et ses valeurs".

Prix conscient

Son offre ne contient pas de crédit hypothécaire, le produit phare des banques belges, qui fidélise le client pour une longue période. Son absence dans la vitrine de NewB ne risque-t-elle pas d’être dommageable ? "Il y a une volonté chez nous de ne pas faire de crédit sur une durée trop longue pour ne pas déséquilibrer le bilan", indique Thierry Smets. "Nous sommes guidés par la prudence", ajoute-t-il, précisant que ce n’est pas exclu, mais que ce sera envisagé en temps voulu.

"Il y a une volonté chez nous de ne pas faire de crédit sur une durée trop longue pour ne pas déséquilibrer le bilan."
Thierry Smets
CEO de NewB

Pour les professionnels, l’offre est en cours d’élaboration et sera effective courant 2021. "Notre volonté est d’être le plus local et vert possible et de limiter le risque. L’idée est davantage d’octroyer dix prêts de 10.000 euros plutôt qu’un seul de 100.000."

Les revenus de la banque seront tirés de cette activité de crédit, ainsi que du futur fonds d’investissement. Les produits d’assurance doivent également générer des rentrées, "mais celles-ci ne décollent pas vraiment selon nos attentes", concède Thierry Smets. Il s’attend cependant à un rebond lorsque les coopérateurs disposeront d’un compte.

Bernard Bayot, président de NewB. ©Saskia Vanderstichele

Des frais de fonctionnement sont également appliqués sur chaque compte. "Nous avons demandé à nos coopérateurs quelle tarification ils souhaitaient voir appliquer", explique Bernard Bayot, le président de NewB. "Nous avons reçu pas moins de 15.000 réponses, et le résultat a été d’opter pour le prix conscient. Le prix coûtant d’un compte revient à deux euros par mois, mais les coopérateurs auront la possibilité de fixer eux-mêmes le montant qu’ils souhaitent débourser en fonction de leurs moyens."

Ce modèle est-il viable? "Je suis assez confiant", rétorque Thierry Smets. "Peut-être est-ce un peu naïf, mais nous sommes 116.000 naïfs! Chez NewB, le client est aussi actionnaire. S’il y a beaucoup de profits, c’est qu’il a payé trop cher."

Bonne gouvernance et transparence

Cette approche illustre bien le caractère démocratique qu’entend promouvoir NewB dans sa gouvernance. Chaque coopérateur dispose ainsi d’une voix à l’assemblée générale, qu’il ait investi 20 euros (la somme minimum) ou plusieurs centaines de milliers. Ainsi, le groupe mutualiste d’assurance Monceau a injecté dix millions d’euros dans la coopérative, mais ne dispose que de trois voix parmi les 116.000.

"Peut-être est-ce un peu naïf, mais nous sommes 116.000 naïfs! Chez NewB, le client est aussi actionnaire. S’il y a beaucoup de profits, c’est qu’il a payé trop cher."
Thierry Smets
CEO NewB

Cette même assemblée est ainsi divisée en trois collèges: le premier réunit 350 organisations, le second rassemble les coopérateurs particuliers tandis que le dernier représente les onze membres institutionnels. Pour qu’une décision soit adoptée, il faut obtenir l’approbation des trois collèges. "La bonne gouvernance repose sur l’équilibre entre les intérêts économiques et les intérêts sociétaux", avance Bernard Bayot.

Pour s’assurer que ces derniers soient bien pris en considération, NewB dispose également d’un comité sociétal composé de quinze membres. "Ils sont bénévoles et indépendants et veillent au respect des engagements qui figurent dans notre charte. Ils ne doivent rendre de comptes qu’à l’assemblée générale", précise Thierry Smets.

"Notre promesse est unique", affirme le CEO. Elle prend la forme d'une banque en ligne, éthique, durable, transparente, qui est contrôlée par ses clients. Un ovni dans le secteur banquier belge et européen, qui va bientôt se confronter aux réalités financières d'un monde en pleine mutation.

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