NewB veut être une banque, mais laquelle?

©Saskia Vanderstichele

La semaine a été marquée par la fin spectaculaire de la récolte de capitaux menée par la coopérative. Mais quel est au juste le projet bancaire de NewB? Voici ce que la coopérative veut devenir d’ici cinq ans et comment elle compte s’y prendre.

On a beaucoup souligné ces derniers jours le phénomène marketing qu’a été la levée de capital menée depuis fin octobre par la coopérative NewB. Après des débuts poussifs, la campagne s’est emballée, jusqu’à dépasser le maximum de 35 millions d’euros fixé par le prospectus. Ce qui a été versé au-delà de ce plafond sera donc remboursé.

Bien. Mais quel est au juste le projet bancaire de NewB? Quelle sera sa proposition en mai-juin prochain, si la coopérative reçoit d’ici fin février le feu vert des régulateurs belge (BNB) et européen (BCE)?

Débuts modestes

"Nous allons commencer modestement et prudemment", situe Bernard Bayot, le président de la coopérative. NewB démarrera avec quelques produits de base: compte-courant avec carte de débit et compte d’épargne, prêts à tempérament axés sur la transition énergétique (mobilité douce, rénovation de l’habitat) et assurances (auto, vélo, incendie). La gamme s’étoffera ensuite progressivement, notamment avec quelques fonds d’investissement socialement responsables, prévus en 2021.

"Notre plan d’affaires est basé sur le contexte actuel, que nous avons maintenu sur les 5 ans à venir, sans amélioration."
Bernard Bayot
Président NewB

NewB s’annonce par ailleurs comme une banque sobre, avec des salaires modérés, une tension salariale limitée à un rapport de 1 à 5, pas de voiture de société, pas de bonus non plus… Elle sera participative aussi, puisque ses orientations stratégiques seront déterminées par ses coopérateurs, chacun ayant une voix au moment de voter indépendamment de son apport financier.

Mais comment va-t-elle pallier l’anémie des taux et partant la baisse de la marge d’intérêt? "Autant il y avait urgence à développer le modèle de NewB, autant l’environnement économique est en effet le pire qui soit pour lancer une banque, admet le président. Raison pour laquelle notre plan d’affaires est basé sur le contexte actuel, que nous avons maintenu sur les 5 ans à venir, sans amélioration. Nos hypothèses sont donc très prudentes."

Dépôts non rémunérés

NewB estime avoir fait les choix qui permettent de passer à travers les difficultés. Elle a par exemple décidé de ne pas rémunérer les dépôts de ses clients, ni sur les comptes à vue, ni sur les comptes d’épargne (qui seront non réglementés). "Entre 0,11% proposé ailleurs et 0,0% chez nous, la différence est si faible qu’elle ne nous désavantagera pas, estime Bernard Bayot. Par contre, cela signifie que notre funding ne nous coûtera donc rien."

"Nous sommes une fintech, avec une structure très légère et avec un maximum de coûts variables."
Bernard Bayot
Président NewB

NewB pratiquera en outre "le coût vérité" sur ses services avec, par exemple, 20 euros annuels envisagés pour la carte de débit ou 75 centimes pour un retrait d’argent, lit-on dans le prospectus.

La coopérative table également sur une part importante de revenus de commissions. Sur 14 millions d’euros de revenus projetés en 2024, 9 devraient provenir des commissions (dont 5 millions en assurances), pour 5 millions issus de la marge d’intérêt.

Un maximum de coûts variables

"Mais surtout, la grosse différence se situera du côté des dépenses. Car nous sommes une fintech, avec une structure très légère et avec un maximum de coûts variables. Nous n’aurons pas de réseau d’agences à financer, ni de vieux systèmes IT à adapter à l’ère numérique. Le coût de notre plateforme IT sera proportionnel au nombre d’utilisateurs, autrement dit nous achetons un droit d’usage à notre fournisseur."

2024
Le plan d’affaires de NewB prévoit un premier bénéfice en 2024 (1,9 million d’euros).

Quel sera du coup le réseau de vente de NewB? "D’une part, nous aurons la meilleure solution digitale du marché et d’autre part, NewB sera une banque par téléphone pour ceux qui n’ont pas accès à internet. Dans un deuxième temps, nous développerons d’autres canaux, notamment des banquiers mobiles qui iront, par exemple, dans les entreprises d’insertion pour gérer les questions bancaires de leurs travailleurs."

NewB ne court-elle pas le risque de récupérer la clientèle que les autres banques ne veulent plus, par manque de rentabilité? "Ce n’est pas un risque, c’est une volonté revendiquée. Le but n’est pas de devenir la banque des pauvres mais bien d’être une banque inclusive et solidaire, où toutes les catégories de la population seront les bienvenues, quel que soit le niveau de leurs revenus."

Rentabilité prévue pour 2024

Et que donnerait tout ceci dans les chiffres? Dans son plan d’affaires, NewB prévoit d’accumuler les pertes jusqu’en 2023 (26 millions d’euros de perte cumulée) avant de passer dans le vert en 2024, avec un profit net estimé de 1,9 million d’euros.

La coopérative table d’ici cinq ans sur 178.000 coopérateurs-clients, 47 collaborateurs et un total de bilan d’un peu plus de 300 millions d’euros.

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