interview

"La digitalisation s'accélère, c'est inarrêtable" (Max Jadot, BNPP Fortis)

Max Jadot, CEO de BNP Paribas Fortis. ©jonas lampens

La première banque du pays a décidé d’accélérer la réduction de l’emploi et de son réseau commercial. Le CEO s’en explique.

Bam! Chez BNP Paribas Fortis, quatre agences sur dix auront disparu d’ici 2021. La première banque du pays avait pourtant l’habitude d’y aller relativement mollo sur la transformation. Mais vendredi, elle a confirmé qu’elle voulait passer à la vitesse supérieure. Max Jadot (61 ans), à la tête de BNP Paribas Fortis depuis huit ans, a présenté les résultats annuels 2018, "somme toute équivalents à 2017, ce qui n’est pas mal dans le contexte actuel". 

"Je sais que nos annonces font ‘big numbers’, mais il faut relativiser."
Max Jadot
BNP Paribas Fortis

Il a surtout ajouté deux chiffres balisant la suite, sur trois ans: il a confirmé les coupes dans l’emploi (entre 2.600 et 3.000 départs pour 600 recrutements) et annoncé que l’enseigne compterait 411 agences fin 2021, soit 40% de moins qu’aujourd’hui. Le banquier s’en explique.

Fondamentalement, pourquoi ces mesures? 
On vit une accélération forte de la digitalisation. C’est une tendance qui est inarrêtable. Chaque fois qu’on lance un nouveau produit sur l’app ou sur le web, l’utilisation est immédiate. Auparavant, quand on lançait une nouveauté digitale, cela décollait gentiment, maintenant, cela démarre tout de suite et c’est exponentiel, chez les particuliers mais aussi pour les entreprises.

"Combien de fois allez-vous en agence? Moi sur un an, j’y suis allé une fois, pour changer le code de ma carte."
Max Jadot
CEO de BNP Paribas Fortis

Le temps d’adaptation et d’acceptation est devenu extrêmement court. C’est pourquoi nous devons faire évoluer notre réseau d’agences physiques, où la fréquentation ne cesse de baisser: -17% en 2018, après -14% en 2017. Regardez autour de vous. Combien de fois allez-vous en agence? Moi sur un an, j’y suis allé une fois, pour changer le code de ma carte. Le reste, je le fais par téléphone ou sur mon app. Bref, le monde s’accélère et la banque s’adapte un peu plus vite qu’avant à ces changements accélérés.

"Un peu plus vite", dites-vous?
C’est la prolongation de ce que nous faisons depuis de nombreuses années. Nous fermions déjà 60 à 70 agences par an. Il y avait déjà un certain nombre de départs par an, notamment anticipés. Simplement, nous sommes ici sur trois ans et nous accélérons légèrement le rythme. Je sais que nos annonces font "big numbers", mais il faut relativiser.

"Il y a 160 robots qui travaillent actuellement dans la banque. On sait qu’ils vont remplacer une centaine d’emplois. Ce n’est qu’un début."
Max Jadot
BNP Paribas Fortis

Vous ne parlez pas des coûts?
Cela joue, bien sûr. Un ratio coûts/revenus de 70% pour la partie retail belge (BNP Paribas Fortis inclut d’autres entités: Turquie, Pologne, Luxembourg… NDLR), ce n’est pas le meilleur ratio du marché. Mais sachant que l’inflation est de plus ou moins 2% par an, l’effet sur les coûts de la réduction des effectifs est finalement relativement faible. La raison première n’est pas là, ce sont surtout des métiers qui sont en train de changer de manière fondamentale.

Max Jadot, CEO de BNP Paribas Fortis. ©jonas lampens

Toute une série de jobs sont en train d’évoluer, que ce soit en agence mais aussi au niveau opérationnel. Beaucoup de tâches manuelles sont en train de disparaître, que des robots remplacent. Par exemple, la lecture de lettres n’est plus faite par des femmes et des hommes mais par des machines qui filtrent, par intelligence artificielle et préparent les réponses. Il y a 160 robots qui travaillent actuellement à la banque. On sait qu’ils vont remplacer une centaine d’emplois. Ce n’est qu’un début. Il n’y a pas que le client qui change de comportement et passe de plus en plus au digital, il y a aussi l’efficacité opérationnelle qui s’accélère. On n’est qu’au début de l’industrialisation des services.

Au fond, ING a eu raison de lancer sa grande restructuration dès 2016?
Je ne m’exprime jamais sur les concurrents. Nous sommes sur un canevas social qui est le nôtre et qui fonctionne bien. Surtout, nous ne faisons ici que poursuivre notre stratégie sociale, celle que nous appliquons depuis 8 ans avec consistance.

On a toujours dit: "Attention, on va s’organiser autrement, le monde va évoluer, nous allons évoluer et nous allons le faire de manière socialement acceptable." Heureusement qu’on a vu à temps, cela nous a permis d’agir d’une manière socialement acceptable: en prenant les provisions à temps, en préparant les mentalités et les outils. Notre grand mérite, c’est d’avoir fait cela à temps et dans la durée.

Payer les gens à rester chez eux à partir de 58 ans, ce n’est quand même pas ce que le gouvernement souhaite.Il veut garder les gens au travail.
Cela se fait sur une base volontaire, nous payons nous-mêmes ces mesures, qui sont prises en accord avec les syndicats: je pense donc que nous jouons notre rôle sociétal. Nous n’utilisons pas le mécanisme du régime de chômage avec complément d’entreprise.

Mais bien le crédit-temps de fin de carrière pour les 58 ans et plus…
Attention, nous payons nous-mêmes. 

©jonas lampens

Il n’y aura pas d’argent public?
L’intervention publique sera infime par rapport à ce que la banque paiera.

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