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interview

Peter Vanden Houte (ING): "Les pénuries vont perdurer jusqu'au second semestre 2022"

Peter Vanden Houte (ING) pense que la Fed va devoir anticiper ses hausses de taux. ©Dieter Telemans

L'économiste en chef d'ING estime que les pénuries et hausses de prix vont perdurer mais pas au point de saboter la reprise. Par contre, cela va générer de l'inflation.

L’inflation américaine bien plus élevée qu’attendu, la saturation de certains circuits d’approvisionnements en matières premières, le prix du conteneur qui a quintuplé en quelques mois: autant de goulots d’étranglement qui jettent une ombre sur la reprise de l’économie mondiale. Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING, fait le point sur la nature de la menace.

Ces goulots d’étranglement peuvent-ils saboter la reprise?

Les pénuries de matières premières et de produits semi-finis sont importantes, surtout dans le secteur manufacturier. L’industrie automobile par exemple manque de microprocesseurs, au point que certaines usines doivent être mises à l’arrêt certains jours. Les pénuries risquent de peser sur la reprise. Mais pas au point de paralyser celle-ci. Pour la première fois depuis longtemps, on va avoir une reprise forte et synchronisée au niveau mondial. Loin de disparaître, les pénuries vont au contraire s’intensifier. De gros investissements sont en train d’être réalisés pour renforcer l’offre, mais il y aura un délai avant que ceux-ci ne produisent leurs effets. C’est pourquoi les pénuries devraient sans doute perdurer jusqu’au second semestre de 2022. Maersk vient en tout cas d’annoncer que la pénurie de conteneurs ne serait pas résolue cette année.

"Pour la première fois depuis longtemps, on va avoir une reprise forte et synchronisée au niveau mondial."

La conséquence logique, ce sera une hausse des prix.

On devrait en effet assister à des hausses de prix au cours des prochains trimestres. Les enquêtes montrent qu’avec l’intensification de la demande, les entreprises pensent pouvoir augmenter leurs prix, pas seulement dans l’industrie manufacturière, mais aussi dans les services.

Les services sont pourtant moins dépendants des matières premières.

C’est exact, mais beaucoup d’entreprises de services ont dû fermer pendant la crise sanitaire. Elles seront tentées de remonter leurs prix pour se refaire une santé financière. On le voit déjà dans l’horeca par exemple où la baisse de la TVA n’empêche pas le prix du verre de bière d’augmenter.

"La question fondamentale est de voir dans quelle mesure les hausses de prix pourraient affecter les salaires."

L’inflation qui en résulte risque-t-elle de devenir problématique?

La question fondamentale est de voir dans quelle mesure les hausses de prix pourraient affecter les salaires. Le danger d’une spirale inflationniste est davantage présent aux États-Unis qu’en Europe, étant donné que les Américains sont plus avancés dans la reprise. Les entreprises là-bas peinent à trouver de la main-d’œuvre, ce qui va pousser à des hausses de salaires. C’est pourquoi la Réserve fédérale relèvera probablement ses taux plus tôt que prévu. Pour l’instant, elle parle de 2024. Mais, selon nous, vu la pression sur les prix, elle pourrait procéder à des hausses de taux dès la fin de 2022, c’est-à-dire deux années plus tôt que le scénario actuel.

La situation est différente en Europe, dites-vous.

Les tensions salariales sont beaucoup moins prononcées. En Allemagne, par exemple, le dernier accord salarial dans la sidérurgie prévoit une hausse des salaires de 2,3% sur 21 mois en nominal, donc inflation comprise. En termes réels, cela signifie que les salaires n’augmenteront pour ainsi dire pas. La Belgique fait figure d’exception puisqu’elle pratique l’indexation automatique. En tout état de cause, la BCE est beaucoup plus à l’aise que la Fed de ce point de vue-là.

70
dollars
D'après ING, le baril de pétrole, aujourd'hui à 65 dollars, augmentera sans doute encore un peu, jusque 70 dollars, au quatrième trimestre.

Pourquoi les prix pétroliers ne s’emballent-ils pas davantage?

Le prix du pétrole a certes augmenté mais pas autant que celui des matières premières. Cela tient au fait que l’offre est abondante. L’Opep dispose actuellement de 8 millions de barils par jour de capacité excédentaire pour une demande mondiale de 95 millions de barils par jour. Le pétrole est passé de 20 dollars le baril au creux du confinement à 65 dollars aujourd’hui. Il augmentera sans doute encore un peu, jusque 70 dollars, au quatrième trimestre. C’est pourquoi les banques centrales considèrent la progression actuelle de l’inflation comme étant un ajustement temporaire.

Qu’en est-il du tsunami de faillites que l’on nous annonce, mais qui pour l’heure reste assez théorique?

Étant donné la reprise plus forte que prévu, il n’y aura probablement pas tant de faillites que ce qu’on pouvait craindre. En tout cas pas comme en 2008-2009. La question est surtout de savoir dans quelles mesures les faillites toucheront des entreprises importantes. A priori, celles-ci semblent avoir assez bien résisté à la crise. Par contre, dans certains secteurs fragilisés comme l’horeca, la levée des mesures de soutien entraînera immanquablement des faillites.

Phrases-clés

  • "Les pénuries vont peser sur la reprise. Mais pas au point de paralyser celle-ci."
  • "Avec l’intensification de la demande, les entreprises pensent pouvoir augmenter leurs prix."
  • "La question fondamentale est de voir dans quelle mesure les hausses de prix pourraient affecter les salaires."
  • "Vu la pression sur les prix, la Fed pourrait procéder à des hausses de taux dès la fin de 2022."

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