analyse

Philippe Masset et le lourd héritage de la fusion Degroof Petercam

©Dieter Telemans

Degroof Petercam a annoncé ce vendredi se séparer de son CEO Philippe Masset. Arrivé à la tête de la banque Degroof en 2014, il a dû piloter le délicat processus de fusion avec Petercam et traverser quelques tempêtes qui auront fini par lui coûter son poste.

L'annonce n'avait pas fait l'effet d'une bombe, mais elle en avait surpris plus d'un dans le microcosme bancaire belge: à l'automne 2014, Philippe Masset prenait la direction de la banque Degroof. Débarqué de chez ING où il officiait à la tête du département Commercial Banking, il est le premier directeur de l'institution, née en 1871, qui ne soit pas issu d'une des familles fondatrices.

Il est décrit comme un homme de consensus qui pourra jouer un rôle de stabilisateur au sein de la banque.

Sa nomination fait grincer quelques dents en interne, où certains ne cachaient pas leurs ambitions pour remplacer Regnier Haegelsteen. Alain Philippson, arrière-petit-fils du fondateur et président du conseil d'administration, justifie alors ce recrutement externe par la volonté de "faire gagner le management en professionnalisme et de donner un avenir à une maison ancrée en Belgique". Il est décrit comme un homme de consensus qui pourra jouer un rôle de stabilisateur au sein de la banque. 

Philippe Masset prend ses quartiers chez Degroof quelques années après l'entrée dans le capital de la famille Cigrang et de Cobepa. Ils sont là pour bousculer le modèle de la banque privée et veulent une augmentation significative de la rentabilité. Alors que les exigences réglementaires ne cessent de se durcir comme conséquence de la crise financière qui vient de secouer la planète, le meilleur moyen d'y parvenir est de s'agrandir via des fusions-acquisitions: quand les actifs en gestion augmentent, le coût est réparti sur une base plus large et la compétitivité s'accroît.

Concrétisation de la fusion

La première mission de Philippe Masset est de se rapprocher de Petercam, avec lequel Degroof a déjà flirté en 2011. Menant les négociations en tête à tête avec Xavier Van Campenhout, l'amourette débouche en quelques mois sur un mariage. Le nouvel ensemble Degroof Petercam s'enorgueillit d'être la première banque privée indépendante du royaume avec pas moins de 33,5 milliards d'euros d'actifs sous gestion dans ce segment. Le binôme qui dirige la nouvelle entité insiste sur les synergies et sur sa masse critique qui lui permettra de tenir tête aux Big Four belges et aux mastodontes anglo-saxons du secteur dans la gestion institutionnelle et en corporate finance.

Des frictions apparaissent également sur la différence de philosophie entre les deux entités: Degroof et Petercam

Les nuages ne vont cependant pas tarder à s'amonceler au-dessus de la rue de l'Industrie, où se trouve le siège de la nouvelle banque. Une série de départs significatifs vient d'abord secouer l'institution. Parmi ceux-ci figurent notamment Paul De Schrevel, en charge du private banking, et Etienne de Callataÿ, chief economist depuis 16 ans et membre du comité de direction. Il sera remplacé par un certain Bruno Colmant.

La direction se veut d'abord rassurante et estime qu'il est normal qu'un renouvellement des cadres intervienne après une fusion. Cependant, la nouvelle organisation de la banque, plus centralisée et directive, n'a pas l'heur de plaire à tout le monde. Le style de management de Philippe Masset serait "autoritaire", selon des insiders, tandis que d'autres décrivent un homme ouvert au dialogue.

Des frictions apparaissent également sur la différence de philosophie entre les deux entités. Petercam se veut une structure dynamique et en pointe, correspondant aux attentes des investisseurs, tandis que Degroof affiche un profil plus prudent et conservateur qui sied mieux aux bonnes familles.

Des résultats décevants mais de bonnes performances en gestion de fonds

En fin de compte, c'est sur les résultats qu'est jugé un CEO, et ceux-ci sont en deçà des attentes de certains actionnaires, selon une source interne. En 2016, le coût de la fusion, et les insolubles problèmes d'intégration des deux systèmes IT, avaient pesé sur le bénéfice, qui avait alors chuté de 40%. L'année 2018 s'était également révélé particulièrement décevant, l'entreprise enregistrant ses plus mauvaises performances depuis la fusion en termes de bénéfice net (57 millions d'euros, soit une baisse de 33%) et de résultat brut opérationnel (109 millions d'euros, -16%). 

Malgré cela, Degroof Petercam peut se targuer de demeurer le meilleur gestionnaire de fonds du pays, en proposant des rendements à long terme supérieurs à la moyenne. La banque a une nouvelle fois remporté cette année le Super Award, prix décerné par L'Echo et De Tijd récompensant le gestionnaire dont les fonds affichent les meilleurs résultats dans 15 catégories d'investissements, ainsi que l'Extel Award, récompense londonienne attribuée par 14.400 professionnels européens du secteur financier.

Philippe Masset a également dû gérer l'orage suscité par la révélation d'une enquête de la Banque nationale quant à des manquements présumés aux règles anti-blanchiment. Des soupçons qui ne concernent que des clients, et pas la banque elle-même, mais qui ont pu écorner l'image de l'institution.

Alors que les rumeurs relatives à une prochaine vente de la banque courent depuis des mois, Philippe Masset quitte Degroof Petercam sur fond de "divergences de vues avec le conseil". Celui-ci a porté son choix "à l'unanimité" sur Bruno Colmant pour le remplacer.

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