interview

Pierre Crevits: "La crise du Covid n'est pas un problème structurel pour Dexia"

©Tim Dirven

La crise du coronavirus a freiné la réduction du bilan de Dexia. Mais Pierre Crevits, le nouveau CEO de la banque résiduelle, ne panique pas. "Le problème n’est pas structurel", a-t-il déclaré lors de sa première interview depuis son entrée en fonction en mai dernier.

Depuis l’implosion de Dexia en 2012, le géant financier franco-belge n’a qu’un seul objectif: démanteler le groupe aussi rapidement et de manière aussi structurée que possible. Mais la crise du coronavirus qui a éclaté au cours du premier semestre a freiné la réduction du bilan. Le 30 juin, le total bilantaire consolidé de Dexia-groupe se montait à 121,2 milliards d’euros, soit nettement moins qu’un an plus tôt (134,6 milliards d’euros), mais légèrement supérieur par rapport à fin 2019, où il se montait à 120,3 milliards d’euros.

La hausse du total bilantaire au cours du premier semestre est de nature purement technique, nous assure le CEO Pierre Crevits. Elle s’explique en grande partie par la baisse des taux provoquée par l’éclatement de la pandémie qui a contraint Dexia à revaloriser les actifs de son bilan. De plus, le groupe s’est engagé à mettre de côté davantage de liquidités pour faire face à d’éventuels problèmes liés aux dérivés risqués détenus en portefeuille. "Cela a neutralisé l’impact de la vente d’actifs et la réduction naturelle des portefeuilles de trading", poursuit Crevits.

121,2
milliards d'euros
Le 30 juin, le total bilantaire consolidé de Dexia-groupe se montait à 121,2 milliards d’euros, nettement moins qu’un an plus tôt (134,6 milliards).

Le nouveau CEO souligne d’emblée que la réduction de ces portefeuilles obligataires et de crédits est toujours "on track". "Au milieu de l’an dernier, nous avons déclaré que nous souhaitions réduire ces portefeuilles de 16 milliards d’euros d’ici fin 2021. À 15 mois de l’échéance, nous en sommes déjà à 10 milliards d’euros."

Administrations locales

Crevits ne s’attend pas à ce que Dexia soit confrontée à des défauts de paiement massifs de la part des administrations locales, comme ce fut le cas ces dernières années aux États-Unis. Cette situation ne pourrait-elle pas se reproduire en Europe, en particulier dans le contexte de la crise du coronavirus? "Je ne le pense pas. En Italie et en France, nous avons reçu quelques demandes de report d’échéances de paiement, mais notre portefeuille de crédit est solide", ajoute-t-il.

Pour Dexia – dont l’exposition sur le Royaume-Uni se monte à 22 milliards d’euros – les négociations sur le Brexit sont suivies avec défiance. "Mais nous ne paniquons pas. La composition de notre portefeuille britannique – financement de projets d’administrations locales – nous protège quelque peu. Bien entendu, un Brexit dur ne serait pas une bonne nouvelle."

Après des années de croissance effrénée et l’implosion qui a suivi, le groupe Dexia s’est replié sur une poignée de pays. La seule filiale étrangère d’importance (en dehors des marchés domestiques que sont la France et la Belgique) est la banque italienne Crediop.

Jusqu’à la fin de l’an dernier, Dexia détenait 70% de Crediop. Le solde se trouvait aux mains de deux banques locales italiennes. Tant qu’elles restaient à bord, la banque résiduelle n’était pas libre de vendre (les actifs de) sa filiale italienne, ni de réduire progressivement ses activités en Italie.

Il est indispensable que Dexia soit démantelée de manière ordonnée, car le groupe pend comme une épée de Damoclès au-dessus des contribuables belges et français.

À la fin de l’an dernier, Dexia a souscrit en solo – avec la bénédiction des autorités de contrôle et des instances européennes – une augmentation de capital de Crediop de 120 millions d’euros. Dexia détient ainsi 99,57% des actions. Mardi, elle a acheté le solde, peut-on lire dans son rapport semestriel.

La banque résiduelle compte examiner les différentes options stratégiques pour Crediop. Cet exercice pourrait conduire à la cession de la filiale italienne, de son portefeuille (ou d’une partie du portefeuille), ou encore – comme ce fut le cas avec ses activités américaines – au rapatriement des activités à Paris ou Bruxelles. "Le démantèlement devrait prendre plus ou moins deux ans", précise Crevits. Si la banque résiduelle Crediop est vendue, le bilan pourrait se réduire d’un seul coup de 5 milliards d’euros. Le rapatriement des activités vers "les marchés domestiques" permettrait également de réaliser d’importantes économies, entre autres au plan administratif.

Démantèlement

Il est impératif que Dexia soit démantelée de manière ordonnée, car le groupe pend comme une épée de Damoclès au-dessus des contribuables belges et français. Depuis l’éclatement de la crise financière en 2008, la banque résiduelle ne peut fonctionner que grâce aux garanties des États belge et français.

Ces trois dernières années, dans la droite ligne de la devise: "C’est quand il fait beau qu’il faut réparer son toit", le prédécesseur de Crevits, Wouter Devriendt, a profité des circonstances de marché avantageuses pour accélérer la réduction du bilan de Dexia. Fin 2016, il se montait encore à 213 milliards d’euros. Au 31 décembre 2019, il était redescendu à 120 milliards d’euros (et se montait à 121 milliards d’euros fin juin 2020).

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