Polybius offre la banque privée au quidam

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Après avoir levé 32 millions de dollars via une Initial Coin Offering qui a réuni 26.000 souscripteurs, l’Estonien Anton Altement et ses associés ont choisi Bruxelles pour installer le siège de leur fintech Polybius. Ils vont s’attaquer au marché belge début de l’an prochain, puis aux pays voisins avant de viser l’Europe entière. Leur activité consiste à utiliser les atouts du numérique pour mettre les services de la banque privée à la portée de tous.

La fintech belgo-estonienne Polybius va lancer dans quelques mois un premier produit sur notre marché: ce sera un premier test avant d’attaquer l’Europe. Le "crowd" lui fait déjà confiance: il lui a permis de lever 32 millions de dollars…

Après dix années passées au service de la banque Credit Suisse à Londres et à Zurich, Anton Altement a décidé de créer sa propre banque. Ou plus exactement, il a eu l’idée d’utiliser son expérience de la finance et sa connaissance du monde digital pour lancer une banque d’un nouveau type: offrir les services d’un banquier privé au commun des mortels grâce aux possibilités du numérique.

L’Estonien a fondé une société holding à Tallinn avec deux associés, Ivan Turygin et Sergeï Potapenko, puis s’est adressé à la foule sur la Toile dans le cadre d’une ICO (Initial Coin Offering), soit une émission de tokens (jetons numériques), qui lui a permis de récolter 32 millions de dollars. Ce crowdfunding a réuni la bagatelle de 26.000 souscripteurs, dont 300 Belges, en juin 2017. Les trois fondateurs ont également sollicité le "crowd" pour baptiser leur entreprise. Le nom qui a émergé est Polybius, en hommage Eà l’historien grec qui a inventé l’encryptage.

Bruxelles et Tallinn

Dotés en moyens, les pères de Polybius Foundation se sont mis en quête du meilleur endroit, en Europe, pour débuter leurs activités, sachant qu’à terme, ils viseront l’UE tout entière. Ils ont finalement opté pour une formule mixte: le siège social et les activités seront installés à Bruxelles, tandis que les développeurs opéreront au départ de Tallinn, en Estonie.

Pourquoi ce choix? "Parce que le Belge moyen a des relations avec quatre banques, répond Anton Altement. C’est quasiment le plus haut niveau en Europe, avec la Grèce dont le cas est différent. Cette situation convient particulièrement bien au lancement de notre première application, qui est entre autres un agrégateur bancaire. S’ajoute à cela le fait qu’en dépit d’une réputation de conservatisme, la Belgique est plutôt bien avancée dans l’adoption de produits et services digitaux. Regardez par exemple le succès local d’Uber Eats. Au niveau régulatoire aussi, nous avons trouvé une grande ouverture d’esprit à la Banque nationale, qui se montre très constructive. On peut en outre rédiger tous les documents en anglais dans les procédures d’agrément." L’Estonie, de son côté, est réputée abriter un nombre élevé de talents dans le développement IT.

Concrètement, Anton Altement et son équipe, rejoints entre-temps par plusieurs spécialistes dont le Belge Mathieu Hardy, un ancien de Solvay nommé chief product officer, ont établi leur société en Belgique sous le nom de Polybius Fintech. Et ils ont mis au point un premier produit, qui sera présenté au public lors de l’événement Finance Avenue qui se tiendra à Tour & Taxis à la mi-novembre.

En euros et en tokens

"Il s’agit d’une application de gestion de finances personnelles qui s’adresse à tout le monde, explique Mathieu Hardy. Le Belge moyen a non seulement plusieurs banques, mais il détient parfois aussi d’autres avoirs, tels que des investissements de crowdfunding, des actifs de finances tokenisées… Notre appli reprend le tout en quelques écrans consultables sur smartphone: le client y trouvera toutes ses classes d’actifs, tous ses comptes, ainsi que leur historique et d’autres infos comme leur valeur totale, l’état des dépenses, le disponible, etc."

Polybius y ajoute un service de paiement simplifié. "Le Belge a entre 6 et 8 cartes de paiement. On va lui en offrir une de plus et, moyennant le téléchargement de toutes ses cartes dans le système, il pourra régler tous ses paiements sur son smartphone avec une carte unique."

Enfin, last but not least, l’appli ira jusqu’à conseiller au titulaire comment placer au mieux ses économies. "Nous agirons comme un tiers indépendant, précise Anton Altement, pas comme une banque. Nous ferons notre sélection parmi les fonds existants en fonction des objectifs fixés par chaque client, exactement comme le ferait un private banker. Nous allons donner l’expérience du banquier privé à l’ensemble du marché." La rémunération du service sera déterminée en fonction de la valeur ajoutée générée pour chaque client.

Polybius Fintech compte commencer à commercialiser son service en Belgique début de l’an prochain, puis prévoit de l’étendre au Grand-Duché, aux Pays-Bas et à la France d’ici la fin 2019, avant d’attaquer plus largement l’Europe. Ambitieux, Altement espère avoir convaincu 100.000 clients dans quatorze mois.

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