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Pourquoi la "bad bank" de Fortis vaut 6,7 milliards d'euros

RPI regroupait les actifs toxiques de Fortis. Photo News

Quand Royal Park Investments a été créé, il y a 4 ans, avec pour mission de loger le portefeuille des produits toxiques de l’ex-Fortis, personne ne donnait cher de son avenir. Et pourtant, Lone Star et Credit Suisse déboursent aujourd'hui 6,7 milliards d’euros pour en reprendre les actifs et les dettes... Pourquoi?

Après des négociations au finish fin de semaine dernière, un accord est intervenu pour vendre le portefeuille de RPI, en fin de semaine dernière. Les acquéreurs, Lone Star et Credit Suisse, déboursent 6,7 milliards d’euros pour reprendre les actifs de RPI et les dettes qui les accompagnent. Cela valorise le portefeuille à 2,3 milliards, soit 600 millions de plus que les montants injectés à l’origine par les trois actionnaires, Ageas, l’État belge et BNP Paribas.

1 Pourquoi vendre ce portefeuille?

L’État belge, soucieux de réduire la dette publique, était demandeur. Il avait convaincu le conseil d’administration de RPI de confier au management la mission de mener un exercice stratégique pour déterminer si une sortie était possible et opportune. La décision de vendre les actifs a été prise il y a un mois et demi, au cours de plusieurs conseils successifs, apprend-on. Et les choses se sont accélérées ces derniers jours.

Quatre candidats à la reprise de la totalité du portefeuille se seraient présentés. Les actionnaires ont choisi de vendre, d’autant que l’ambiance n’était pas au beau fixe au sein de RPI. Ni entre les actionnaires, qui avaient tous les trois été forcés d’entrer dans la structure et présentaient souvent des agendas divergents, ni entre actionnaires et management. L’obligation de prendre toutes les décisions à l’unanimité complexifiait encore la gestion de la structure. "Je ne veux pas parler pour les autres actionnaires mais il est clair qu’aucun n’était très chaud à l’idée d’avoir cette activité sur son bilan", commente Bart De Smet, CEO d’Ageas.

En outre, conserver le portefeuille plus longtemps laissait espérer une plus-value plus importante mais comportait également des risques. "La situation économique, l’immobilier et l’emploi aux Etats-Unis ont bien évolué, mais cela pouvait changer dans les années qui viennent", note Bart De Smet. Les actionnaires de RPI n’ont pas voulu attendre que cette fenêtre qui s’était ouverte devant eux ne se referme.

2 Pourquoi des investisseurs s’intéressent-ils à ces actifs à risque?

Les acquéreurs ont sans doute une vision plutôt optimiste de la dynamique du marché. "Il y a toujours des gens pour croire que le marché va continuer à augmenter, même si d’autres jugent que les problèmes ne sont pas terminés", souffle un proche du dossier.

De plus, Lone Star, qui rachète ce portefeuille avec l’aide de Credit Suisse, est spécialisé dans les actifs en difficulté — il est d’ailleurs parfois qualifié de "fonds vautour". En tant qu’acteur spécialisé, il va vraisemblablement gérer ce portefeuille de manière plus active que n’avait choisi de le faire RPI, ce qui pourrait lui permettre d’en tirer davantage.

3 L’Etat belge a-t-il poussé Ageas dans le dos?

"Pas du tout, répond le patron d’Ageas. Je ne vois d’ailleurs pas comment l’État aurait la possibilité de nous pousser: nous n’avons pas de dettes vis-à-vis de lui et nos décisions sont guidées par l’intérêt de nos actionnaires. C’est vrai que nous n’étions pas chauds pour sortir de RPI, sauf s’il y avait une plus-value à réaliser, ce qui est le cas. Nous vendons à un prix qui dépasse la valorisation dans nos comptes, et nos attentes tout court."

Si l’opération est couplée au rachat par l’État de l’option qu’Ageas détenait sur les actions BNP Paribas, c’est parce que les intervenants étaient identiques, affirme Bart De Smet, et qu’Ageas s’efforce de nettoyer son bilan des dossiers hérités du passé. L’État belge a aussi, entend-on, préféré acheter cette option avant que l’opération sur RPI ne pousse les actions BNP Paribas à la hausse, ce qui aurait augmenté sa valeur.

4 Qui a fait la bonne affaire dans l’opération?

Ensemble, les actionnaires de RPI réalisent une plus-value de plus de 600 millions d’euros, proportionnelle à l’importance de leur participation. BNP Paribas, qui n’avait que 11% dans la "bad bank" de Fortis, préfère ne pas faire de commentaire. L’opération lui permet toutefois aussi d’être totalement remboursé pour les crédits qu’il avait accordés à RPI.

L’État belge, lui, encaisse 1 milliard d’euros, pour 740 millions d’euros investis dans RPI, soit un boni de 260 millions. Cela lui permet de faire passer son ratio d’endettement dette/PIB de 100,4% à 100,17%, chiffre le ministre des Finances. "Et les 144 millions consacrés au rachat des options sur actions, sont, eux, à charge de la SFPI", souligne Koen Geens.

Autre avantage pour l’État: les garanties de 4,2 milliards d’euros qu’il avait accordées à la "bad bank" prennent fin.

Ageas touche, lui, 1,04 milliard sur la vente de RPI, 280 millions de plus que les 760 millions injectés au départ. "Nous serions ravis si tous nos investissements nous donnaient des rendements similaires", souligne Bart De Smet. Il reçoit aussi 144 millions pour vendre à l’État ses options sur les actions BNP Paribas, valorisées dans ses comptes à 234 millions fin 2012. "Avec la baisse des actions BNP Paribas intervenue depuis, et le fait que le temps dont nous disposons pour exercer cette option se réduit, sa valeur de marché avait baissé", justifie De Smet.

Surtout, cette nouvelle étape permet à Ageas de réduire drastiquement la volatilité de ses résultats. "De tous les dossiers financiers complexes dont nous avons hérité, il ne reste dans nos livres que des RPN (I) pour 165 millions d’euros, des instruments financiers dont la volatilité est très réduite. Dès le troisième trimestre 2013, nos résultats seront donc très proches des résultats de nos activités d’assurance", souligne son patron.

Les actionnaires d’Ageas ne sont pas en reste: ils vont recevoir 1 euro par action, soit sous forme de dividende, soit via une réduction du capital. Soit, au total 220 à 225 millions d’euros.

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