Pourquoi le secteur bancaire européen est-il en ébullition?

Le secteur européen bancaire vit ces derniers temps au rythme des annonces de fusion. Aujourd'hui, l'espagnol BBVA déclare son intention de reprendre son homologue Sabadell. ©AFP

Les banques européennes semblent résister face à la crise sanitaire. Pourtant, elles ont toujours leur talon d'Achille: une rentabilité sous pression!

"Si on n'a pas eu de crise bancaire cette fois-ci (avec la pandémie, NDLR), c'est parce que nous avons pris les règles de sécurité internationales qu'il fallait depuis 2010", affirmait récemment François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France.

Les banques européennes résistent jusqu'ici aux effets de la crise sanitaire. Globalement, elles sont mieux capitalisées que lorsqu’elles ont été frappées par la crise financière de 2007-2008.

Les exigences accrues en matière de fonds propres et de liquidité ont permis au régulateur de relâcher temporairement la bride. Mais surtout cela a permis aux banques de procéder à d’importantes provisions pour faire face à d’éventuels défauts de crédits.

Les exigences accrues en matière de fonds propres et de liquidité ont permis au régulateur de relâcher temporairement la bride. Mais surtout cela a permis aux banques de procéder à d’importantes provisions pour faire face à d’éventuels défauts de crédits. Car tous les observateurs s’accordent pour dire que le pire économique reste à venir.

"L’économie européenne a été anesthésiée. Les États ont instauré des moratoires sur les faillites ou les remboursements des prêts, ont soutenu les entreprises, mais quand tout cela s’arrêtera, c’est là qu’on verra la véritable résistance des banques", explique Eric Dor, Directeur des Études économiques à l’IESEG School of Management. 

Un talon persiste

Même si les banques européennes se montrent plus solides au niveau de la solvabilité, elles gardent un talon d’Achille: la rentabilité.

Après 2008, les États-Unis ont rapidement normalisé leur politique monétaire permettant une hausse des taux d’intérêt. "Après la crise du subprime, l’Europe a été confrontée à la crise des dettes souveraines, suivie dès 2014 du risque de déflation. Il en résulte une politique ultra accommodante", explique Eric Dor.

Alors que tout espoir de normalisation s’éloigne de jour en jour, les banques doivent trouver la parade à des revenus d’intérêts sous pression. Elles misent donc sur une réduction des coûts.  C’est ainsi qu’on assiste en Europe à une accélération des restructurations bancaires, mais aussi des  fusions.

On a vu ces derniers mois le rapprochement des espagnoles Bankia et Caixa ou Unicaja et Liberbank, et entre les italiennes Sanpaolo IMI et UBI Banca. Désormais, BBVA se dit en discussion pour la reprise de Sabadell .
Il y a aussi les rumeurs sur Credit Suisse et UBS ou Société Générale et BNP Paribas.

"Quand on voit la valorisation boursière actuelle parfois réduite à la moitié de l’actif net comptable, certaines banques se disent que c’est peut-être le moment."
Roland Gillet
professeur de Finances à La Sorbonne ainsi qu’à l’ULB

"Le désespoir de banques face à ce besoin de réduire les coûts voit les dossiers comme un rapprochement entre la Société Générale et BNP ressurgir. Ressurgir, car on disait au lendemain de la crise du subprime que BNP était intéressée par son homologue", rappelle Eric Dor.

Outre la quête d’économies, Roland Gillet, professeur de Finances à La Sorbonne ainsi qu’à l’ULB  pointe encore un autre argument. "Quand on voit la valorisation boursière actuelle, parfois réduite à la moitié de l’actif net comptable, certaines banques se disent que c’est peut-être le moment."

Un frein réglementaire

 Pour l’heure, les fusions transfrontalières semblent peu prisées. Les deux économistes soulignent la lourdeur réglementaire qui en découle.

"Sans une vraie Union bancaire, les régulateurs nationaux exigent que les filiales répondent aux exigences prudentielles de chaque pays. Ils savent qu’en cas de détresse, ce sera à l’État de sauver la filiale", explique Eric Dor. Et Roland Gillet d’abonder dans son sens, en ajoutant que, jusqu’à présent, malgré le système de "bail in", c’est toujours le "bail out" (et donc l’injection de fonds publics) qui prime, comme lorsque des banques italiennes ont échoué aux stress tests.

Mais la pression sur les coûts est telle que, selon Eric Dor, ces barrages pourraient être franchis.

Et en Belgique?

La quête de coûts moindres n’échappe pas aux banques belges. Doit-on dès lors s’attendre à des fusions?

"En Belgique, c’est plus compliqué, car nous n’avons que deux banques à ancrage belge", indique Eric Dor invoquant les 4 acteurs principaux du Royaume. Une fusion entre les deux filiales étrangères, à savoir ING et BNP Paribas Fortis, est impossible.

Il se dit qu’ING pourrait réduire la voilure en Belgique. La néerlandaise pourrait-elle ainsi céder son réseau à Belfius? C’est peu probable, compte tenu des multiples doublons.

KBC ou Belfius pourraient-elles être des proies pour les étrangers? Si, de manière générale, les cibles sont souvent des banques fragilisées, ce n’est pas le cas des deux établissements belges. Plutôt rentables, ils s’avèrent donc moins séduisants.

Roland Gillet entrevoit, lui, la seule possibilité de fusion auprès de plus petits acteurs, à l’instar de Crelan et Axa Banque. "Il y a chez elles une logique face au poids régulatoire et de compliance qui nécessite une certaine taille critique."   

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