interview

"Quand les investisseurs vont découvrir les frais qui leur sont facturés, ça va faire mal"

  • Alain Moreau
©Dieter Telemans

CEO de Deutsche Bank Belgium, Alain Moreau attend avec intérêt le premier trimestre 2019. Les investisseurs recevront alors le détail des frais dus à leur banque, comme le veut Mifid II.

Deutsche Bank Belgium a retrouvé en 2018 son rythme de croisière, selon sa direction. Après une année 2017 compliquée, qui avait vu les revenus baisser de 5% à 160 millions d’euros, l’année qui s’achève va dans le sens inverse. "Cette année, nos revenus reviennent à leur plus haut historique, soit 170 millions d’euros, situe le CEO Alain Moreau. Ce sera notre meilleure année sur le conseil en investissements."

Les actifs sous gestion pointent quant à eux à 22,5 milliards d’euros, dont 14 milliards d’investissements (le reste est en épargne). "Depuis 15 ans, les revenus ont grandi de 5% par an en moyenne et les actifs sous gestion de 11%", se félicite le patron. Et la rentabilité? No comment. Depuis que l’entité belge est passée du statut de filiale à celui de succursale (en 2011), la question reste sans réponse.

"Il y a une foule de comparateurs pour l’épargne, le crédit logement, etc. mais bizarrement rien sur l’investissement. Il n’y a pas de transparence."
Alain Moreau
CEO de Deutsche Bank Belgium

Alain Moreau est plus bavard sur les projets en cours. Il est en particulier très motivé par les effets attendus de Mifid II, cette directive européenne entrée en vigueur en janvier dernier et censée notamment améliorer l’information et la protection du consommateur de produits financiers.

©Tim Dirven

"Cela va être un choc"

"Mifid II va créer la transparence sur les frais et cela va être un choc pour beaucoup de clients, estime le boss de DB. Au 1er trimestre 2019, les clients vont pour la première fois recevoir un rapport reprenant l’ensemble des coûts facturés, ce qui permettra de les comparer à la performance de leur portefeuille. Si en plus, les performances de 2018 ne sont pas bonnes, cela risque de faire vraiment mal. Cela mettra en lumière les coûts excessifs pratiqués jusqu’ici dans ce métier du conseil en investissement."

DB espère bien en tirer profit, elle qui veut "être une des banques les plus agressives, avec les prix les plus bas".

Les chiffres clés

22,5 milliards €

Les actifs sous gestion

Deutsche Bank Belgium revendique actuellement 22,5 milliards d’euros d’actifs sous gestion (14 en investissements et 8,5 en épargne). Un chiffre en croissance de 11% par an en moyenne "depuis 15 ans". La rentabilité de la maison est par contre taboue.

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Les agences

Deutsche Bank Belgium maintient un nombre limité d’agences sur le territoire. La maison ne les fermera pas car elle a constaté que 80% des clients veulent un contact avec la banque, en agence ou par téléphone.

25 millions €

Investissement en "conseil digital"

La banque investit "plus de 25 millions d’euros" pour répliquer en digital le conseil donné en agence.

Conflit d’intérêts

Alain Moreau insiste. "Cela devrait susciter un débat dans les mois à venir sur la valeur ajoutée du banquier en matière de conseil à l’investissement. Si, faute d’architecture ouverte, le client paie beaucoup pour des fonds maison moins performants que la concurrence, il y a un problème, me semble-t-il."

Le banquier a récemment lu dans L’Echo que seul un quart des investisseurs estime justifiés les frais de gestion annuels facturés sur les fonds d’investissement. "C’est interpellant et pourtant il n’y a pas grand-chose qui est fait pour y remédier. Nous sommes la seule banque à proposer au prospect de comparer les coûts des différentes banques en matière d’investissement. Les différences sont évidentes et énormes. Or, les coûts sont un des déterminants les plus importants de la performance d’un portefeuille d’investissement. Il y a une foule de comparateurs pour l’épargne, le crédit logement, etc. mais bizarrement rien sur l’investissement. Il n’y a pas de transparence."

L’investissement, c’est le sillon que creuse DB en Belgique. À l’origine, l’enseigne se montrait agressive sur l’épargne. "Mais, avec la baisse des taux, il est devenu impossible pour le moment de se différencier sur ce métier-là." Du coup, DB a développé le conseil en investissements, dans les segments personal banking (que la banque situe de 150.000 à 1 million d’euros) et private (1 à 5 millions). La maison revendique aujourd’hui quelque 5% de part de marché.

Conseil digital

C’est sur ce créneau que la banque investit, aussi en matière de digitalisation. "On veut être les premiers à l’été 2019 à répliquer en digital le conseil donné en agence. Actuellement, aucune banque ne prodigue du conseil via les canaux digitaux; le client passe ses ordres en ligne mais ne reçoit pas de conseil. Cela va changer. Deutsche Bank va donner du conseil personnalisé de manière digitale, avec des recommandations liées à votre portefeuille, comme cela se fait aujourd’hui en agence ou par téléphone. C’est plus de 25 millions d’euros d’investissement."


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