analyse

Quand les revenus baissent, les banques s'attaquent aux coûts

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Toutes les banques doivent composer avec un environnement pas simple. L’attention qu’elles portent aux dépenses augmente à mesure que leur marge se tasse. Mais chacune a sa méthode.

Quand ce n’est pas l’une, c’est l’autre. Toutes les banques ont une nette tendance à resserrer leurs coûts de fonctionnement. Il est vrai qu’elles sont confrontées aux mêmes défis, à commencer par celui-ci: "La période prolongée de taux d’intérêt bas met de plus en plus sous pression la marge d’intermédiation, qui constitue la principale source de revenus des banques", comme le résume le gendarme du secteur financier, la Banque nationale de Belgique (BNB) dans son rapport macroprudentiel 2019.

"Nous n’allons pas pouvoir conserver tous les jobs chez KBC."
Johan Thijs
CEO de KBC

Les banques vivent de la différence entre les taux pratiqués à long terme (typiquement, ceux appliqués sur les prêts hypothécaires) et à court terme (ceux rémunérant l’épargne confiée). Les premiers sont plus élevés que les seconds et, entre les deux, il y a cette marge dite de transformation (une banque transforme les dépôts des uns en crédits aux autres).

Or, cette différence a fondu comme neige au soleil, reflétant l’évolution des taux de référence à court terme (le taux de rémunération des dépôts de la BCE est de -0,4% et devrait encore baisser d’ici peu) comme à long terme (le rendement de l’obligation d’État belge à 10 ans en est au même point).

"Les revenus des intérêts resteront sous pression dans les mois qui viennent."
Max Jadot
CEO de BNP Paribas Fortis

Conséquence de ce qui précède, les revenus sont en baisse et les banques s’inquiètent de leur rentabilité future. Elles "vont vivre deux, trois années difficiles", situait par exemple Philippe Voisin, le patron de Crelan, en début d’année.

Les banques font tout ce qu’elles peuvent pour contrer cette tendance lourde. Elles augmentent leurs tarifs (comme BNP Paribas Fortis envisage de le faire), augmentent leurs volumes (ou cherchent à grandir par acquisition, comme Crelan précisément, qui négocie en ce moment le rachat d’Axa Banque), tentent de diversifier leurs revenus pour être moins dépendantes de la marge d’intérêt et, on aurait sans doute dû commencer par là, compriment leurs coûts autant que faire se peut, en particulier en accélérant la digitalisation de leurs services. Plus le trajet du client est numérisé, moins elles ont besoin de collaborateurs administratifs et d’agences.

Chacun sa méthode

"Nous évoluons vers un scénario à la japonaise, où les banques vivent depuis 25 ans déjà avec des taux bas."
Marc Raisière
CEO de Belfius

Le tableau est le même pour tout le secteur, en revanche la méthode varie assez nettement d’une maison à l’autre.

ING est celle qui a frappé le plus fort en déclenchant en 2016 la plus grosse restructuration bancaire jamais entreprise en Belgique, marquée par la suppression de 3.500 emplois en cinq ans (soit un job sur trois) et la disparition de son second réseau commercial, Record Bank.

"Cela n’a plus de sens de maintenir le taux minimum actuel des livrets d’épargne."
Erik Van Den Eynden
CEO d’ING Belgique

C’est la plus spectaculaire mais ce n’est la seule réduction de voilure en cours. Le leader BNP Paribas Fortis a par exemple annoncé en mars dernier qu’il allait supprimer quelque 2.200 jobs (sans licenciement sec, assure la banque) et 40% de ses agences à l’horizon 2021. Au cours des six premiers mois de cette année, 464 équivalents temps plein ont déjà disparu.

Chez Belfius Banque, moins staffée, la donne est différente: 771 équivalents temps plein personnes partiront en préretraite ou retraite entre 2020 et 2025, soit 17% de l’emploi salarié. De quoi éviter un plan social, estime la banque. Quant à KBC, elle a annoncé ce mercredi supprimer 1.400 emplois en Belgique sur les trois prochaines années. 

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