analyse

Que se passe-t-il chez Deutsche Bank?

©REUTERS

Un CEO évincé. Une banque dans la tourmente. Deustche Bank fait face à de nombreux défis. Christian Sewing, nouvel homme fort de l'institut francfortois, saura-t-il les relever?

Exit John Cryan de la tête de la Deutsche Bank . La rumeur qui circulait depuis quelques temps a donc été confirmée dimanche soir après une réunion du conseil de surveillance de l'institut francfortois. Dès la fin de ce mois, il sera remplacé par l'un de ses adjoints, qui est l'actuel responsable de la banque de détail, Christian Sewing

Pourquoi cette éviction alors que le mandat de John Cryan courait encore jusqu'en 2020?

Cela n'est pas une révélation, la Deustche Bank est depuis plusieurs années dans la tourmente. Créée il y a 148 ans, la banque est tiraillée entre une volonté d'être dans les grands mondiaux de la banque d'investissement et d'être une grande banque sur son marché local. 

Sous l'impulsion de Josef Ackermann (CEO de 2002 à 2012), Deutsche Bank a beaucoup misé sur la banque d'investissement afin de se frotter aux géants américains, et ce au mépris de la banque de détail.  

Mais la locomotive d'hier n'est plus ce qu'elle était. Elle est à la traîne. La banque d'investissement ne s'est jamais réellement remise de la crise financière de 2007-2008 et les efforts de John Cryan n'ont pas réussi à redresser la barre. Certes, il a assaini la banque en réglant de nombreux litiges judiciaires, notamment aux États-Unis. Mais l'ardoise n'est pas totalement effacée.

Il a aussi réussi l'introduction en Bourse de la filiale de gestion d'actifs, DWS, mais ici aussi sans réel impact positif.

Le problème de la banque d'investissement reste donc entier. Première source de revenus de l'établissement, cette division veut toujours jouer dans la même ligue que les banques américaines. Mais la confiance et les clients perdus tardent à revenir. Les revenus s'effritent encore et toujours plongeant les résultats de Deutsche Bank dans le rouge depuis trois exercices consécutifs. Le premier trimestre 2018 ne s'annonce guère plus clément.   

Union Investment, un des grands actionnaires de la banque, a déjà tiré la sonnette d’alarme. "Si dans les deux ans environ les revenus ne se sont toujours pas redressés, nous pourrions assister à ce qui semble aujourd’hui inimaginable, le démantèlement de la banque et sa fusion avec d’autres grandes banques européennes", affirmait début janvier un responsable d'Union Investment.

La presse spécule depuis un certain temps sur un possible plan de sauvetage du géant allemand. La fusion entre Commerzbank - partiellement nationalisée - et Deutsche Bank est régulièrement évoquée. Mais cette spéculation a été balayée par la BaFin, le gendarme allemand bancaire. "Si je prends deux gros problèmes et que je les transforme en un très gros problème, je ne vais pas rendre la situation meilleure", avait alors expliqué le directeur de la BaFin.

Qui a mis le feu aux poudres? Une ancienne dirigeante de l'institution. "Deutsche Bank est l'entreprise la plus dysfonctionnelle", avait-elle déclaré.

Le monde politique avait embrayé en dénonçant tantôt les bonus affolants versés au personnel-cadre malgré les pertes de la société. Quant aux investisseurs, ils n'ont de cesse de sanctionner l'action qui, depuis janvier, a perdu 30% de sa valeur.  


Christian Sewing réussira-t-il à redresser la barre?

La question est posée. Au palmarès de Sewing: une profonde réduction d'emplois, sans trop de grincements de dents, dans la banque de détail. De quoi laisser entrevoir quel chemin il pourrait emprunter pour le groupe. La relance de Deutsche Bank associée au virage technologique ne pourra en effet pas se faire sans heurts sociaux. 

En termes de culture, des changements sont aussi possibles. De quoi faire plaisir aux régulateurs et aux politiciens.

Deutsche Bank va peut-être enfin mettre en veille ses ambitions mondiales si chères à Ackermann et ses successeurs Anshu Jain et Juergen Fitschen.

"Le temps presse et les attentes sont élevées de la part de nos clients, de nos investisseurs, des autorités réglementaires, des responsables politiques et des médias", écrit Christian Sewing dans une lettre au personnel publiée lundi sur le site internet de la banque.

Le nouveau CEO annonce qu'il va engager une réflexion approfondie sur la manière dont Deutsche Bank veut positionner son activité de banque d'investissement dans un environnement de marché difficile. Mais sans préciser à ce stade les mesures structurelles qu'il compte prendre. "La priorité est d'exploiter nos forces et de répartir nos investissements en conséquence. Et dans le même temps, nous allons chercher à libérer des capacités en faveur de la croissance en nous retirant des domaines où nous ne sommes pas suffisamment rentables."

L'objectif de coûts ne dépassant pas 23 milliards d'euros en 2018 n'est pas négociable, prévient-il en outre, en promettant des "décisions difficiles".

John Cryan "a dû affronter de graves problèmes mis sous le tapis par ses prédécesseurs et je doute qu’un nouveau PDG puisse réussir la transition avec succès, car Deutsche Bank semble avoir un problème de fond", indique Markus Riesselmann, analyste de l’institut Independent Research. L'avenir nous le dira.

Les analystes de Credit Suisse ont pour leur part réduit leur objectif de cours de 15 à 13 euros pour refléter les incertitudes entourant les choix stratégiques du nouveau président du directoire. Ils préviennent en outre qu'il sera difficile d'abandonner les activités les moins rentables sans provoquer de perte de valeur trop importante pour les actionnaires.

 

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