analyse

Ralph Hamers, l'homme de la digitalisation d'ING, mais pas que

Actuel patron du groupe ING, Ralph Hamers prendra l'automne prochain les rênes d'UBS.

Ralph Hamers quitte ING après l'avoir dirigé pendant 6 années. Un mandat qui n'a pas été un long fleuve tranquille. Coup de projecteur sur le bilan du banquier.

Ralph Hamers (53 ans) s'apprête donc à quitter le plat pays néerlandais pour poursuivre sa carrière aux pieds des Alpes. Le 30 juin prochain, il quittera la direction d'ING pour endosser le costume de CEO d'UBS. "Ralph est le directeur général qu'il nous faut pour mener notre entreprise vers un nouveau chapitre", a déclaré Axel Weber, président du conseil d'administration d'UBS. Un chapitre que Sergio Ermotti, vu comme l'architecte de la restructuration d'UBS, ne voulait pas écrire. "Il n'y a jamais de bons moments pour se retirer de ce qui a été un job de rêve, mais même les rêves ont une fin... Le moment est venu pour la banque et pour moi-même d'ouvrir un nouveau chapitre."

Sergio Ermotti restera comme l'architecte de la restructuration d'UBS.

Le président du conseil d'ING, Hans Wijers, a loué le travail d'Hamers. Néanmoins, son mandat ne fut pas un long fleuve tranquille.

Quand en octobre 2013 Ralph Hamers prend les rênes du groupe ING, il succède à Jan Hommen qui vient de lancer un énième plan de réduction des coûts (plus de 2.300 pertes d'emplois dans le Benelux, dont 1.115 en Belgique). Le cahier des charges d'Hamers est clair: restructurer le groupe, sceller l'héritage du passé qui l'a fait basculer lors de la crise de 2008 et lui forger un avenir.

Les mains libres?

Une de ses premières réalisations sera de se libérer du remboursement des 10 milliards d'euros d'aides publiques perçues en 2008. En novembre 2014, il se montre ainsi satisfait de verser la dernière tranche de 1,2 milliard d'euros, qui porte la facture (pénalités comprises) à 13,5 milliards d'euros. Pour ING, ce versement est aussi synonyme de reprise de la politique de dividendes. "Dès cette année (2015, NDLR), ING compte restituer 40% des bénéfices annuels aux actionnaires", lança-t-il fièrement.

Les mains libérées, il affiche ses ambitions 2017: croissance bilantaire, une politique crédit plus diversifiée avec des marges d'intérêt en hausse, une amélioration des marges sur les dépôts, une gestion plus efficace des coûts, une réduction du profil de risque de la banque et... un ambitieux objectif de rendement des fonds propres (10-13%).

Mais entretemps, la donne a changé. Les taux ont plongé. La réglementation s'est renforcée. La digitalisation fait rage tout comme la concurrence. Quant à l'actionnaire, il est toujours aussi gourmand. Résultat, en octobre 2016, ING supprime 7.000 emplois. En Belgique, des agences passent à la trappe et Record Bank est absorbée.

Outre les actes, on retiendra les mots. Quelques heures avant la communication officielle, Ralph Hamers déclarait dans un mail: "Exciting things are happening, that I can tell you more about on Monday" (Des choses excitantes se produisent, dont je pourrai vous parler davantage lundi); un contraste face aux propos "trop naturels" du patron d'ING Belgique Rik Vandenberghe compte tenu des 3.500 emplois perdus et des 600 agences fermées. 

ING, la blanchisserie?

Le règne d'Hamers sera aussi égratigné par des accusations de manquements aux règles anti-blanchiment. En septembre 2018, le groupe espère clore le chapitre en s'acquittant d'une amende de 775 millions d'euros auprès des autorités publiques néerlandaises. Des têtes seront sacrifiées comme celle du CFO Koos Timmermans. 

775 millions
d'euros
En septembre 2018, Ralph Hamers espère clore le chapitre de manquements dans la lutte contre la blanchiment en s'acquittant d'une amende de 775 millions d'euros auprès des autorités publiques néerlandaises.

Rien n'y  fait. Le monde politique néerlandais s'empare du dossier et les amendes se multiplient: 30 millions en Italie, 350.000 euros en Belgique.

Salaire bridé

Ralph Hamers se voit en mars 2018 gratifié d'une hausse salariale: +50% à 3 millions d'euros. Le conseil explique que ce salaire reste bien en deçà de celui des dirigeants d'autres entreprises.

Face aux levées de boucliers, ING renoncera à la mesure, mais le problème salarial persistera. Il n'est certainement pas sans effet sur ce départ vers UBS où le CEO suisse a empoché quelque 13 millions d'euros par an.

Par ailleurs, après l'échec de Deutsche Bank, on voyait ING s'unir à Commerzbank: une belle occasion pour ING de se renforcer en Allemagne, voire d'y déplacer son siège social afin d'éviter les limites salariales imposées aux Pays-Bas.    

Qui pour succéder à Hamers? 

ING Belgique a déjà livré deux patrons au groupe: Michel Tilmant et Ralph Hamers.

Et de politique salariale, il devrait encore en être question de la succession. Nombreux observateurs s'accordent à dire que le successeur se trouvera vraisemblablement en interne. "Après la récente levée de boucliers sur une augmentation salariale du patron, il va être difficile de séduire un candidat international." Mais pourquoi pas un Belge? La filiale a déjà livré deux patrons au groupe: Michel Tilmant et Ralph Hamers. Récemment, le CFO Tanate Phutrakul a aussi été promu aux finances du groupe. 

En attendant, on gardera de Ralph Hamers, l'homme qui a plongé ING dans la numérisation. "Il a été l'un des moteurs du renouveau d'ING", souligne-t-on chez Robeco. C'est là l'atout que cherchait UBS!

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